Parachat Vayigach
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Pessa'h, fête de la liberté ?

Pessah'


La fête de Pessa’h, la Pâque juive, commémore la sortie miraculeuse d’Egypte des Enfants d’Israël. 

Après 210 ans d’exil, 86 ans d’une oppression la plus féroce, on peut à peine imaginer ce qu’ont ressenti nos ancêtres. Ils avaient subi pendant cette longue période des atrocités sans nom, à peine imaginables. 

La Torah relate de manière synthétique cette souffrance : Les Egyptiens nous maltraitèrent, nous opprimèrent et nous imposèrent de dures corvées (Deutéronome Ch. 26, v6).

La sortie d’Egypte apportait aux hébreux deux types de libertés, une liberté physique et une liberté spirituelle. La liberté physique est claire avec la cessation des brimades et de l’oppression psychologique permanente. 

En ce qui concerne la liberté spirituelle, il faut d’abord avoir conscience que les peuples Egyptien et Hébreu étaient tous deux idolâtres, à tel point que le Midrash nous raconte que la mer refusait de se fendre pour laisser passer les enfants d’Israël, voire plus elle souhaitait les détruire ! 

C’est à dire que l’ange de la mer (la représentation dans les sphères célestes de la mer ici bas) a accusé le peuple d’Israël : « il est vrai que les Egyptiens sont des idolâtres, mais ces hébreux ne le sont ils pas autant ? 

N’ont-ils pas atteint les 49 portes d’impureté ? il est donc juste qu’ils soient engloutis dans la mer de la même manière que les Egyptiens ! »

Le Saint, béni soit-Il, a rétorqué, « jugerais-tu de la même manière un acte volontaire et un acte non prémédité, jugerais-tu de la même manière un acte de quelqu’un qui y est contraint et un acte volontaire ? »

La renaissance spirituelle trouve son apothéose quarante neuf jours après la sortie d’Egypte avec le don de la Torah. 

Cependant, malgré cet événement grandiose pendant lequel les enfants d’Israël ont pu « toucher du doigt » la Divinité, les turpitudes des Hébreux dans le désert furent nombreuses : le veau d’or, la débauche avec les filles de Midian ou l’épisode des explorateurs en sont des exemples flagrants. 

Sans vouloir rentrer dans l’explication de chacun de ces évènements, il nous semble devoir mettre en exergue un point qui est central et a un lien étroit avec Pessa’h. 

Le Créateur afin de donner avec la plus grande bonté a conçu le monde en récompensant l’Homme selon ses actes ; seul ce comportement permet de jouir véritablement du don. Imaginons un sportif de haut niveau, s’il gagne une compétition contre des amateurs, quelle satisfaction en retirera-t-il ? 

Très faible ! Par contre s’il gagne la compétition olympique, quelle joie, quelle gloire ! Il en est de même pour nous, nous avons des difficultés à accomplir la volonté de l’Eternel et c’est cela notre gloire, malgré les difficultés, les échecs … , nous avons la capacité de nous relever et d’atteindre les sommets spirituels, nous rapprocher de l’Eternel et jouir de Sa gloire dans ce monde et dans l’autre. 

Cette « compétition » à laquelle nous sommes appelés à concourir est celle contre le Yetser Hara, le penchant au mal qui est en nous. Dès la création de l’Homme nous voyons qu’il fait partie du projet Divin :

וַיִּיצֶר ה׳ אֱלֹקִים אֶת-הָאָדָם, עָפָר מִן-הָאֲדָמָה, וַיִּפַּח בְּאַפָּיו, נִשְׁמַת חַיִּים; וַיְהִי הָאָדָם, לְנֶפֶשׁ חַיָּה.


L'Éternel-D.ieu façonna l'homme, - poussière détachée du sol, - fit pénétrer dans ses narines un souffle de vie, et l'homme devint un être vivant.

Les sages nous enseignent que le mot וַיִּיצֶר « façonna » est écrit avec deux Yod י, pour nous signifier que l’être humain a été créé avec deux penchants, celui au bien et celui au mal.

Quel rapport avec Pessa’h ? Pendant cette solennité, nous ne consommons que du pain Azyme, de la Matsa, et n’avons pas la possibilité de consommer un aliment contenant la moindre parcelle de céréale fermentée.

Les sages s’interrogent sur le sens de cet interdit de la Torah. Celle-ci nous en donne la raison avec le départ précipité et l’impossibilité de laisser reposer la pâte. 

Cependant, les Sages nous enseignent également que le levain שׂאור est une allusion à notre penchant au mal qui fait « fermenter » nos désirs, nos pulsions et trouver ainsi le prétexte à nous détourner des commandements et en conséquence de la proximité avec le Créateur.

A contrario, le sacrifice Pascal vient rappeler notre service envers l’Eternel et l’accomplissement de ses Mitsvot ; la preuve en est que lorsqu’on écrit les lettres formant le mot Pessa’h פֶּסַח : פה סמך חת, la valeur numérique est 613[1] De même le mot  מצות ainsi épelé  מם צדי ואו תיו donne également pour valeur numérique 613 (80+104+13+416=613).

Nous pouvons même aller plus loin, les sages nous enseignent que le mot [2]מצה nous suggère la querelle la lutte comme dans l’épisode de « Massa[3] et Mériva » pendant lequel les Hébreux ont cherché querelle et mis à l’épreuve l’Eternel afin d’avoir de l’eau, ou bien lors de l’intervention de Moïse dans la querelle rapportée au début du livre de l’Exode où un mot proche signifie « querelle ». 

C’est à dire que la Matsa représente aussi la lutte permanente entre la partie spirituelle et la partie matérielle qui cohabitent chez chacun d’entre nous ; entre le penchant au bien et le penchant au mal. L’interdit de toute consommation, même infime, de Hamets à Pessa’h vient donc nous suggérer que la lutte doit être sans merci.

Cependant, s’il en est ainsi, pour quelle raison ne pas en interdire sa consommation toute l’année ? En réalité, le sixième jour de la création, D.ieu considère Son œuvre et la trouve éminemment bien. 

Le midrash nous indique que l’Eternel parle en fait du penchant au mal. 

C’est à dire que le penchant au mal possède un aspect très positif, il nous pousse à questionner, à approfondir, à ne pas accepter les réponses toutes faites et donc à aller plus loin dans le Service Divin. 

Par contre, il ne faut pas lui laisser la moindre influence dans nos actes ou dans la remise en question pernicieuse de la Torah. Telle est sans doute la réelle liberté !

Tout un vaste programme ! Une invitation à l’approfondissement, certes sans concession mais avec toujours un but, se rapprocher du Créateur afin de jouir de Sa lumière en ce monde et en l’autre. 

Le ARI Zal, le célèbre Cabaliste  du seizième siècle, nous enseigne que celui qui est méticuleux et élimine toute trace de ‘Hamets sera protégé toute l’année de sombrer dans la faute. 

Nous comprenons bien ses saints propos  à travers ce court commentaire. C’est ce que nous souhaitons à tout le peuple d’Israël. Puissions nous ainsi rapprocher l’arrivée du Messie. Amen.

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