Parachat Vayigach
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Au mérite des Dames

Paracha Wayaqhel

On dit trop souvent que les femmes n'ont qu'une maigre part dans le monde juif. En effet, la majeure partie des lois concerne les hommes tandis que les femmes n'ont qu'un maigre « butin ». Cette idée trop répandue est totalement fausse.

En effet, les femmes sont là quand les hommes ne le sont plus ou ne le sont pas. Dans les situations difficiles, ce sont les femmes que l'on trouve quand les hommes sont aux abonnés absents.


Nous allons voir que D ieu Lui-même va témoigner en faveur des femmes. Nous devrions tous nous en inspirer pour les imiter le plus souvent car elles savent faire le bon choix dans les situations épineuses. Certes, le roi Salomon dira qu' « il n'a trouvé qu'un homme digne de ce nom sur mille et chez les femmes, aucune ». Ce roi, aussi important soit-il, faisait-il une généralité ou visait-il un autre objectif ?


En fait, on pourrait résumer ses propos en deux phrases :


1) Heureux l'homme qui a trouvé sa femme

2) La femme est plus amère que la mort


Ces deux phrases opposées résultent tout de même d'une réalité. Comment ? Tout d'abord, si l'union n'est pas fondée sur le mensonge d'une part, si les ententes mutuelles sont honnêtes d'autre part, et si tous deux concourent vers un même point, vers la Torah, ce couple vivra heureux.

En revanche, si c'est tout le contraire, l'épouse, toujours très rationnelle et attachée aux principes, ne supportera pas le renversement de situation.

Auquel cas, le mari n'aura jamais raison d'elle. Mais est-elle pour autant dans son tort ? Bien évidemment non ! Mais il faut admettre que tout être dans l'existence évolue. Si les deux le font en même temps, tout va pour le mieux. Dans le cas contraire, les conflits se multiplient.


On peut donc admettre qu'une femme n'est pas l'être le pire qui soit, si on est honnête envers elle, si on sait lui parler, si on veut bien se conduire convenablement envers elle et avec amour, nul doute qu'elle sera l'épouse rêvée de tous.


Lors des différents dons faits par les enfants d'Israël pour la construction du Tabernacle, les femmes voulant apporter leur contribution ont choisi de proposer leurs miroirs.


Bien avant, en remontant l'histoire, notamment à l'époque du veau d'or, quand les hommes avaient apporté tous leurs biens précieux nécessaires à la construction de cet animal façonné, les femmes s'y étaient totalement refusées et s'étaient opposées fermement à participer à ce jeu contraire à la volonté divine. Ce sont alors les hommes qui, avec brutalité, avaient arraché jusqu'aux boucles d'oreilles de leurs épouses pour arriver à leurs fins.


Cette note particulière des femmes traversera tout l'histoire juive, mais il faut admettre que certaines autres, d'un esprit complètement opposé, notamment lors de l'épisode de Samson, se serviront de leur savoir-parler à leur époux pour arriver à leurs fins, pour répondre à un engagement pris antérieurement.


Mais pourquoi ont-elles prioritairement offert leurs miroirs et à quelle fin étaient ils destinés ?


Nous savons, de toute évidence, que toute femme a grandement besoin de cet objet pour voir si un cheveu ne dépasse pas, pour se maquiller ou pour se parer. Tout cela, dans le meilleur des cas, est pour plaire à son mari. Et comme nous le savons tous, ce n'est certainement pas pour plaire aux autres hommes, tout en prétendant vouloir se plaire à elle-même uniquement autant pour ses apparats que pour ses tenues vestimentaires.


Mais, restons dans le cas de ces femmes « bien » qui mettent tout en œuvre pour que leur couple fonctionne correctement. Aussi, comment ces femmes ont-elles pu se défaire de ce moyen qui pourrait engendrer un manque d'intérêt de la part de l'époux ?

C'est que ces femmes ont compris qu'en la circonstance le meilleur de ce que l'on possède méritait d'être offert pour la construction de ce Tabernacle. Et pourtant, Moché Rabennou exécrait à accepter ces miroirs, souvent source de mauvaise conduite si on lui accorde la plus grande importance.


Il a fallu qu'HaChem intervienne pour que soit accepté ce que Moché refusait. Comment cela ?


Nous nous souvenons qu'en Égypte le pharaon avait décrété qu'au terme de leurs longues et harassantes journées, pour le moins, les hommes n'avaient pas le droit de rentrer chez eux, pour éviter que le nombre des hébreux n'augmente comme ce fut le cas jusque là.

Mais les femmes ne se sont pas laissées abattre par cette injonction cruelle. Elles ont cherché le moyen de contrer pharaon. Elles choisirent de se rendre au fleuve pour puiser de l'eau. HaChem fit alors un miracle en faisant apparaître des poissons.

Depuis le déluge, nous savons que le règne aquatique n'a jamais été source de faute. Et, là encore, ces poissons vont servir une bonne cause. Les femmes vont les vendre ou en cuisiner pour leur mari. Elles leur apportaient, hormis ces plats tout prêts, du vin et leur miroir. La nourriture pour qu'il puisse reprendre force, le vin pour les égayer, mais le miroir, pourquoi donc ?


Il était destiné à ce que hommes et femmes mariés se regardent mutuellement dans ce miroir. Soucieuses de respecter la Parole Divine, elles disaient alors à leur mari : « je suis plus belle que toi » ; et le mari de répondre : « non, c'est moi ». De cette façon, disent nos sages, ces femmes séduisaient leurs maris en toute bonne conscience, toujours conformes à l'Esprit Divin.

Et de là naquirent une multitude de nouveaux-nés. HaChem a été très sensible à cette démarche judicieuse capable de contrecarrer les plans de pharaon qui ne les soupçonnait pas d'une telle habileté d'esprit.

Aussi, pour marquer Sa reconnaissance, HaChem alla dans le sens de ces femmes en acceptant ce cadeau qui répugnait à Moché. Il est surprenant qu'un homme aussi grand que Moché n'ait pas su, tout naturellement, se remémorer et le passé et le présent pour accepter le don de ces femmes.


La crainte de Moché Rabbénou tenait à ce qu'il savait que ce même miroir pouvait avoir des fins préjudiciables. Il est le pendant de ce miroir utilisé dans le but de conduire à la perversion.


Au sujet du miroir, nos sages disent qu'un homme ne doit pas se regarder dedans, tout d'abord pour ne pas transgresser la loi : « un homme ne portera pas de vêtements féminins ». D'autre part, ceci serait une abomination pour HaChem.


Bien qu'il ne s'agisse pas à proprement parler de vêtement dans ce cas de figure, néanmoins, dès lors que le miroir est, en quelque sorte, la propriété de la femme, l'homme ne peut pas s'en servir sans risquer de tomber dans la faute.

Du reste, nous apprenons aussi que cette habitude du miroir, même pour les femmes, est calquée sur le comportement courant des Ishméélim. Enfin, le chabbath (chabbath 149), on ne peut pas se regarder dans le miroir car ce serait pour arranger ses cheveux ou sa barbe et, peut-être, arracher sans y penser un cheveu ou un poil.


Quant aux hommes, ils avaient aussi apporté des objets précieux : bracelets, anneaux, bagues et colliers. Les trois premiers types d'objet furent acceptés par Moché. En revanche, le dernier, appelé Khoumaz ou collier, était aussi refusé par Moché. Décidément, Moché semble sévère dans le choix des dons apportés.


Sans tomber dans l'indécence, il faut comprendre pourquoi Moché était opposé à ce dernier objet. Il est vrai qu'en prononçant le mot collier, il n'y a rien d'indécent. De nos jours, hommes et femmes en portent. Mais, jadis, ce collier avait une propriété tout à fait spéciale : il était en or et avait une fonction singulière. On ne voulait pas, contrairement à aujourd'hui, que les jeunes filles se livrent à des comportements déshonorants.

Aujourd'hui aussi, on ne le veut pas plus, mais la société autorise maintenant et « glorieusement » ce type de pratique. Du temps de Moché, un moyen était régulièrement pratiqué. Ce collier, à l'instar des boucles d'oreilles, nécessitait un percement. Mais en quoi le collier et les boucles d'oreilles ont-il ce côté commun ?

C'est que, dans les deux cas, on adoptait la même pratique. Une, bien évidemment pour les oreilles, et l'autre dans les parties cachées soigneusement par les jeunes filles afin qu'elles ne puissent pas être approchées par un homme. Pour cette raison, Moché avait refusé, à juste titre, cet objet.


Nos maîtres disent que l’acrostiche du mot hébraïque Khoumaz signifie « ceci est l'endroit de la débauche ». Il fallait en passer par là pour s'assurer du respect des jeunes filles.


On peut noter, nous disent les sages, que lorsqu'on avait mis au feu, pour des raisons particulières, les bracelets, les anneaux, les bagues, les colliers et les miroirs, seuls les miroirs sont restés intacts. Pourquoi donc ?


C'est que ces miroirs n'avaient été utilisés qu'à des fins heureuses pour sanctifier le Nom Divin. C'est pourquoi HaChem les avait acceptés avec satisfaction. Mais à quoi allaient servir ces miroirs ? Ils devaient recouvrir la cuve nécessaire à la sanctification des prêtres.

Nous avons donc, d'une part, la sanctification du Nom de D ieu par les enfants qui sont nés grâce aux miroirs et, d'autre part, la sanctification des mains et des pieds des Cohanim avant le service grâce à l'eau de la cuve elle-même revêtue des miroirs. Retenons que cette même eau était aussi utilisée, mais bien plus tard, pour rendre coupable ou innocente une femme soupçonnée d'adultère par son mari jaloux.


Mais nous ne sommes pas, loin s'en faut, dans cette dernière hypothèse. C'est justement pour cette raison que ces miroirs avaient une telle valeur, apparemment incomprise de Moché Rabbénou. Cela semble évidemment étonnant que notre Maître ne l'est pas déduit sans qu'HaChem n'intervienne. Mais Moché est probablement le premier pédagogue dans la Bible à montrer qu'en toutes choses il convient d'être circonspect. Moché nous le montre.


Selon Rabbi H'aïm Paltiel : pour être certain que ces miroirs n'avaient été que partiellement utilisés pour le Kior (cuve), il relève une légère différence dans le préfixe du mot hébreu miroir qui se dit Mar'ha. Dans un cas, nous avons la lettre Beth devant ce mot : « bamar'hot », tandis que dans un autre cas nous avons un Mêm. Mimar'hot.


Bamar'hot signifie : avec des miroirs

Mimar'hot signifie : les miroirs.


Dans le cas qui nous occupe, nous avons Bamar'hot, c'est-à-dire : un certain nombre de miroirs, donc on peut penser que tous les miroirs n'ont pas été utilisés puisqu'il fallait que la cuve soit faite d'airain.


En revanche, si nous avions Mimar'hot, nous aurions été obligés d'admettre qu'il ne s'agissait que de miroirs. Pourquoi cette distinction ?


C'est que par cette cuve, le cohen pouvait voir, grâce aux miroirs, une femme qui s'approchait de lui pour un sacrifice sans avoir à la regarder, nous dit Recnati. D'autre part, les femmes pouvaient aussi, en cas de nécessité, se regarder dans les miroirs de la cuve.


En revanche, pour ce qui concerne le Khoumaz (collier ou parure de femme), il était incompatible avec le Sacré. Dans ce cas, pourquoi l'offrait-on ? C'est pour montrer que, par le travail de Moché et de ceux qui l'accompagnaient, les filles n'avaient en quelque sorte plus besoin de ça pour rester pures.


Il reste le mot : Tsovehot. Au premier sens, Tsava veut dire : armée. Toutefois ce terme d' armée n'est venu dans la langue que bien plus tard. Au sens premier, il signifie : rassemblement. Rassemblement de qui ? Pourquoi ?


Il s'agit du rassemblement de tous les hommes d'un seul cœur pour faire leurs dons pour la construction du Michkan et de toutes les femmes d'un seul cœur pour, entre autres, offrir leurs miroirs dont elles se débarrassaient définitivement pour servir D ieu en pleine harmonie. Elles devaient prier pour que leur sacrifice soit accepté, pour que leurs demandes personnelles le soient aussi, un peu comme H'anna qui voulait à tout prix un enfant.


Concernant le miroir, nous dit le Maguid de Mezeritch, il sert aussi d'une façon générale et non spécifiquement pour la cuve à ce que chacun voit son prochain comme dans un miroir. De même que le miroir reflète aussi les défauts, ainsi dans les défauts du prochain on doit reconnaître chacun les siens pour apprendre à s'en débarrasser.


Dans les maximes des Pères (Pirké Avot) il est stipulé qu'on doit apprendre de tout homme. On ne peut le faire que si l'on veut bien admettre qu'en soi il y a des défauts à corriger.


Ainsi, puisque aussi bien le grand prêtre que les autres prêtres devaient se laver les mains et les pieds dans l'eau de la cuve destinée aux Cohanim, nous pouvons déduire la leçon que le grand prêtre ne pouvait pas se prévaloir d'une quelconque supériorité sur les autres. De même, dans la vie courante, tous les hommes grands ou moins grands sont égaux devant HaChem. Seules, les bonnes actions et l'étude la Torah vont différencier les uns des autres.


Tout cela nous l'apprenons de cette cuve qui, pour être construite avec l'Agrément Divin, a du être fabriquée non seulement grâce aux dons des hommes mais aussi, et surtout, par le mérite de ces femmes qui sont allées jusqu'à offrir leurs miroirs, objets précieux, pour servir la cause de D ieu dans la construction de ce Tabernacle.


On peut donc admettre, pour appuyer ce que nous disions au début, que les femmes sont bel et bien concernées par la Torah au même titre que les hommes, même si parfois les apparences sont trompeuses. Elles doivent autant que les hommes s'investir dans l'étude, même les plus difficiles, surtout dans le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui, particulièrement voué à une dégénérescence certaine.


Aujourd'hui, les agressions extérieures sont bien trop nombreuses pour que nous considérions comme un luxe d'offrir à nos épouses et à nos filles le loisir de choisir la Torah, plutôt que de se livrer à tout type de conduite contraire à l'Esprit Divin.


Hommes, femmes et enfants, mettons-nous à l'étude de la Torah en profondeur pour, d'une part, nous enrichir intellectuellement, nous prémunir contre le mal qui nous guette, et, d'autre part, pour être en bonne harmonie à l'intérieur du couple et de la famille.

Là, chacun aura une place de choix et, de cette façon, on pourra composer intelligemment sans préjuger de la valeur de l'un ou de l'autre. HaChem en est le Témoin concernant les femmes dans ce récit qui nous présente cet objet important qu'est la cuve sacerdotale habillée par le miroir des femmes.


Ces femmes ont su renoncer durablement et de plein cœur à ce qu'elles ont de très précieux pour servir la cause divine en toute piété, en toute sincérité et d'un cœur uni toutes entre elles.


Apprenons à les imiter et, probablement que nous nous grandirions si nous voulions bien accepter de leur ressembler.


En décidant de le faire, ce sont elles qui, sans retenue, nous inciteront à nous livrer davantage et toujours plus à l'étude de la Torah, source vive de notre corps et de notre âme.

Rav Emmanuel Bitan
06 20 58 71 78
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