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Les situations où nous ne savons pas comment agir

Paracha Vayishla'h


Nous apprenons un principe important de la conduite de notre Père Yaakov «et il partagea les gens avec lui et le bétail… en deux camps» (Ber. 32,8). Nous nous trouvons parfois confrontés à des situations où nous ne savons pas comment agir. Il nous est difficile de concevoir un conseil vraiment adéquat. Mais au moins, il est possible de se conduire en fonction d’un conseil partiel. De la sorte, on préserve pour soi quelques acquis. Quelque chose nous restera, et tout ne sera pas perdu. Pour ne pas en venir à se dire que tout est perdu et désespéré. Il est toujours donné de consentir à quelques efforts pour préserver ne serait-ce qu’un peu. 

Lorsqu’une personne constate que le «mauvais instinct» se renforce contre elle, il peut lui sembler ne pas disposer de suffisamment de force pour se maintenir contre lui comme il conviendrait. Et tout ce qu’elle conçoit comme stratagème ou conseil, elle se rend compte de son impossibilité de les mettre en pratique. Sans doute en raison du parcellement de ce conseil, de son manque de plénitude et d’intégrité. Par conséquent, l’essentiel du conseil consiste à s’en remettre à un vrai Sage. Il lui montrera le chemin à emprunter, au bout duquel il pourra trouver Hachem. En attendant, il convient de se conduire selon le principe de diviser le conseil. 

Notre Père Yaakov nous enseigne «de partager nos gens et ce qui est avec nous en deux camps… si l’un est attaqué, l’autre restera comme sauvegarde» (ibid.). Il était convaincu dans son cœur, quoiqu’il puisse se passer, malgré tout je suis fort, et je n’ai pas à reculer, à m’éloigner de Hachem. Je ne désespère jamais et je ne serai pas comme ces partisans qui se rendent. Je me maintiendrai sur mes acquis pour attraper tout ce qui sera possible. De la sorte, il restera toujours au moins un camp de sauvé.

Par exemple, lorsqu’une personne désire beaucoup étudier, prier et s’adresser avec persévérance à Hachem. Elle veut désormais être éloignée de toutes transgressions ou mauvaises pensées, etc. Mais elle se rend compte combien cela lui est difficile. Elle doit se maintenir fermement dans ses convictions. Pour ainsi parvenir à au moins attraper de toutes ses forces, durant son existence,

un peu de bien chacun de ses jours. Et si par malheur elle n’arrive pas du tout à prier comme il conviendrait. Il lui reste toujours la possibilité d’exprimer quelques paroles de supplications ou de demandes. Et si même cela elle ne peut pas le réaliser, alors elle a encore la possibilité de tenter d’étudier un peu ou beaucoup. Et si cela non plus n’est pas atteignable, il lui reste encore de fortement vouloir se rapprocher vers Hachem. Elle peut crier «Hachem, Maître du monde, sauve-moi!». 

Ou alors, si l’idée lui vient soit d’entreprendre un voyage, ou de rester chez elle, mais elle ne parvient pas à se décider. Comme elle n’arrive pas à se donner un conseil dans son esprit, à tout le moins elle doit être forte dans sa réflexion et arriver à la conclusion que si je reste chez moi, ou si je vais sur la route, j’attraperai autant de bien que cela sera possible. Et ainsi pour tout ce qui peut se passer. Tout cela se ramène au principe énoncé par Rachi «le camp restant sera sauvé». Il précise «malgré Esaw, car je me battrai contre lui» (ibid.). Yaakov était très fort dans ses convictions. 

Malgré tout ce qui pourrait se passer, assurément il lui restera un camp, un refuge. Car tout ce combat engagé contre lui est basé sur une force supérieure. Rachi nous explique «qu’il s’est préparé de trois façons pour affronter Esaw le cadeau, la prière et le combat». Le cadeau se rapporte à l’offrande, au don de soi, lorsqu’on affronte le «mauvais instinct». Concernant la prière, Rachi nous explique, il s’en remet à l’Éternel de son père Avraham, le principe de s’adresser et de crier vers Hachem. Il faut constamment crier vers Lui, pour être sauvé, grâce au mérite de nos Pères. Ceux qui sont également tous les vrais Justes. La préparation au combat permettra qu’il reste toujours au moins un camp de sauvé.

Lorsqu’on prend conscience de l’ampleur de son éloignement de la vraie sainteté, en conséquence, généralement il s’avère impossible de prier, d’ouvrir sa bouche en raison de la tristesse qui nous assaille. On est pris par le désespoir à cause de la distance ressentie nous séparant de Hachem. Pourtant, il est toujours possible de se renforcer soi-même. Même quand on sait, au fond de soi, combien nombreuses sont nos actions indésirables accomplies, tout ce qui éloigne de la divinité. Malgré tout, le bon conseil consiste à rechercher et à trouver en soi quelques bons aspects. Ainsi, on peut se réanimer et se réjouir. 

Car assurément l’homme a toujours la possibilité d’augmenter sa joie avec tous ses acquis dans la sainteté d’Israël qu’il découvre encore au fond de lui. Et alors, avec cette satisfaction, il réussit à prier, à chanter, à remercier Hachem. Cela correspond à «je chanterai vers mon Éternel tant que j’existerai» (Ps. 146,2). C’est-à-dire, précisément, grâce à ce qui reste encore en lui. Grâce à cette découverte de «encore un peu, et le méchant ne sera plus» (Ps. 37,10). Parce qu’il s’est jugé du bon côté. Et de ce côté, il n’est pas mauvais. Ainsi, il s’est élevé du côté du mérite «tu observeras sa place, il en aura disparu» (ibid.). En s’examinant au niveau de ce mérite, là il n’est plus du tout mauvais.

L’acceptation de cette possibilité de s’attacher aux aspects positifs en soi peut apparaître comme trop théorique. Il existe un profond conseil pour parvenir effectivement à atteindre cet état. «Leur cœur crie vers Hachem» (Lam. 2,18), un simple cri émanant du fond du cœur, même sans aucun son, «des profondeurs de l’abîme je T’invoque» (Ps. 130,1). Les profondeurs de son cœur correspondent aux conseils «des eaux profondes, les conseils abondent dans le cœur de l’homme, qui sait y puiser» (Prov. 20,5). Lorsque le son du cri s’avère insuffisant, en raison de la chute de la Emounah/croyance, alors il devient nécessaire de crier depuis les profondeurs du cœur, sans aucun son. Grâce à cela peuvent se dévoiler ces conseils mentionnés. Et lorsqu’ils se dévoilent dans le monde, c’est-à-dire quand on est capable de se donner un bon conseil, chacun en fonction de ce qu’il est. 

Ainsi, la Emounah grandit «de lointains conseils amènent la Emounah» (Isaïe 25,1). Cela permet de réparer ce qui est nécessaire. Un vrai conseil représente quelque chose d’étonnant, de surprenant. Ainsi s’opèrent les réparations, et l’on reçoit les soins indispensables pour guérir les blessures, car «Il conçoit des desseins merveilleux» (Isaïe 28,29), «Il fait des choses surprenantes, inouïes avec ce peuple» (Isaïe 29,14). La Tefilah/prière représente aussi cet aspect extraordinaire «Il est impressionnant par les louanges, fécond en merveilles» (Chemot 15,11). Et le mérite des pères correspond à «sous les yeux de leurs pères, Il accomplit des prodiges» (Ps. 78,12). Également «J’ai dirigé les pieds d’Ephraïm» (Osée 11,3). Cela est relatif aux conseils, comme il est écrit «tout le peuple à tes pieds» (Chemot 11,8), ils suivent tes conseils. Mais ils ne savaient pas que tu les guérissais. Car, effectivement, grâce à cela agissent les soins. Cela se rapporte à la Création du monde. Au début, il y avait l’obscurité, l’absence de conseil. «Quel est celui qui dénigre les conseils par des discours dépourvus de sens?» (Job 38,2). Par la suite, après le dévoilement du conseil «se dévoilent des profondeurs des choses obscures» (Job 12,22). Ainsi, petit à petit, apparaît de plus en plus de lumière. Le conseil repousse l’obscurité, qui était l’absence de conseil. Alors grandit la Emounah encore plus. Car l’amplification de la Emounah c’est «annoncez Ta Confiance durant les nuits» (Ps. 92,3).

Ainsi «telles des eaux profondes, les conseils abondent dans le cœur de l’homme, celui qui est avisé sait y puiser» (Prov. 20,5). Car l’absence de conseil empêche le discernement. Et en l’absence de celui-ci, le conseil disparaît. Parce que le dévoilement du conseil exige une personne possédant la qualité du discernement. Pour acquérir cette qualité, et également pour sa conduite dans la vie, le meilleur des conseils consiste à s’habituer, avec assiduité, à consacrer chaque jour un moment pour s’épancher en paroles devant Hachem. Ce conseil est d’une très grande valeur pour la vie. Il favorise beaucoup le rapprochement vers Hachem. Il s’agit d’un conseil général pour tout ce qui pourrait manquer dans son service divin. Et si l’on est éloigné, ou en dehors de tout, il existe toujours cette possibilité de demander, en s’exprimant avec la parole, comme l’on s’adresse à quelqu’un. Et même si parfois on ne parvient pas à ouvrir sa bouche, on n’arrive pas du tout à parler, nos paroles semblent bloquées, malgré tout cela, on retire un très grand profit en voulant se donner un moment pour se préparer à cela. Simplement, être prêt et disposé à se tenir devant Lui en recherchant et en désirant s’exprimer.

On trouve d’innombrables bons conseils dans tous les livres attachés à la sainteté. Ils sont tous remplis de suggestions permettant de se rapprocher vers Hachem. Malgré cela, il s’avère difficile pour la plupart des gens de se conformer à ces conseils. Aussi, l’essentiel réside dans la Tefilah/prière, les supplications et les demandes. Quoiqu’il puisse bien se passer, il reste toujours la possibilité d’exprimer avec sa bouche quelques supplications et de toujours demander à Hachem de le faire sortir de l’obscurité et de l’attirer vers la lumière, de l’attirer vers un véritable et complet repentir. Et même s’il appelle et crie vers Hachem depuis déjà très longtemps, et il est encore très éloigné, malgré cela en étant fort et persévérant dans ses Tefilot et demandes, il est certain, pour finir il lui sera répondu. Et il sera, sans aucun doute, véritablement rapproché dans Son Service. Parce que «l’homme né pour le labeur…, ses jours à vivre sont courts, et il est rassasié de troubles» (Job 5,7-14,1). 

Toutes les personnes dans le monde sont concernées, depuis le plus petit jusqu’au plus grand. Nous naissons tous, nous devons fournir des efforts, endurer des souffrances. Il n’existe aucune échappatoire ou conseil pouvant nous éviter de nous engager et de subir toutes ces exigences. La seule possibilité s’offrant à nous consiste à s’enfuir vers Hachem, et nous occuper dans la Torah (Berechit Rabah 13:). L’homme étant astreint au travail, aussi heureux est celui occupé dans la Torah. Celui qui voudra considérer cela avec intelligence et réflexion transformera et orientera toutes ses activités en occupation dans la Torah. Car en définitive c’est pour cela que nous sommes venus dans ce monde. Alors, celui qui se consacrera à la Torah sera heureux.

Source: Elhanan Mepek