Parachat Noah'
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L'amour de Moché pour Israël

Paracha Vayelekh


Il est aisé de décliner le verbe aimer à tous les modes et à tous les temps, mais l’amour véritable ne se reconnaît dans la réalité de la vie que dans les actes. 

Est-il nécessaire de démontrer l’intensité de l’amour de Moché pour le peuple d’Israël ? A maintes reprises cet amour s’est concrétisé jusqu’au dévouement suprême. 

Lorsque après la faute du veau d’or, l’Eternel fait connaître à Moché son intention d’effacer de la surface de la terre le peuple coupable et de faire de lui, Moché, un autre peuple, Moché refuse nettement la proposition divine, et préfère être effacé du Livre que D.ieu avait l’intention d’écrire sur le devenir de l’humanité. 

Moché se répandit alors en supplications pour obtenir le pardon pour ce peuple qu’il aimait et pour qui il n’a cessé de se dévouer.

Dernière démarche de Moché

La Torah nous raconte comment Moché s’était rendu auprès des Enfants d’Israël pour leur adresser les paroles suivantes : j’ai cent vingt ans aujourd’hui et je ne peux plus aller et venir devant vous pour vous diriger et pourvoir à vos besoins. 

Je vous recommande mon disciple Josué qui a été désigné par l’Eternel pour vous servir de guide. A présent soyez forts et courageux, n’ayez pas peur de vos ennemis, car D.ieu ne vous abandonnera pas.

Pourquoi Moché dut-il se rendre auprès du peuple et non le contraire ? La réponse qu’en donne nos Sages est émouvante. 

Le peuple savait que la mission de Moché était surtout de lui révéler la Torah d’origine divine. Seul Moché pouvait assumer cette tâche. Moché n’avait transmis que 611 commandements. 

Il restait donc deux Mitsvot à enseigner aux Enfants d’Israël. Tant que Moché n’avait pas accompli cette tâche, il ne pouvait pas être rappelé au Ciel. 

Les Enfants d’Israël, portant un grand amour à leur Maître, fuyaient le contact avec leur père spirituel. 

Moché s’est donc trouvé contraint d’aller vers eux pour ne pas retarder leur entrée dans la Terre promise, car il savait que leur rêve ne se réaliserait qu’après sa mort. Or il ne pouvait mourir sans avoir achevé cette tâche exclusive de l’enseignement des commandements divins.

Cette attitude, aussi bien celle de Moché que celle du peuple, montre que le véritable amour consiste à se préoccuper du sort et des besoins de l’être aimé, principe illustré dans la Torah à maintes reprises.

Il n’est pas étonnant que la Torah revienne sur ce principe d’amour d’autrui, car il constitue le fondement de toute la doctrine divine, comme le rappelait Hillel l’Ancien au païen venu se convertir pendant qu’il se tiendrait sur un pied.

Moché alla

Autre enseignement capital que la Torah veut nous révéler avant de fermer le grand Livre de l’histoire et du devenir de l’Humanité : la marche en avant. Moché déclare à ses interlocuteurs « j’ai cent vingt ans, je ne peux aller et venir » et pourtant on le voit courir de tribu en tribu pour porter la bonne parole. 

Cette marche de Moché est le testament spirituel que le père laisse à ses descendants. Tant que le peuple juif saura marcher, aller de l’avant, progresser dans tous les domaines de la vie et surtout dans le domaine vital de la vie spirituelle, condition indispensable à la pérennité de son identité, Israël se maintiendra contre vents et marées malgré toutes les épreuves qui peuvent fondre sur lui tout au long de son histoire mouvementée.

La marche permet à l’homme d’avancer ou de reculer. Elle est un symbole de vie et de libre-arbitre. Il n’est pas étonnant que la Loi juive ait pris le nom de Halakha. 

Dans cette marche, la liberté de choix est laissée à chaque individu. Tout dépend de la volonté de l’homme qui peut décider de ne rien faire.

Le geste de Moché est significatif : Moché alla vers les enfants d’Israël. La Torah est dynamique. Elle ne peut pas être accomplie en demeurant inerte, inactif. 

Le Chabbath est observé lorsque deux conditions sont remplies : Chamor et Zakhor. Le Chabbath exige de ne pas entreprendre de travaux interdits ce jour là. 

Ainsi, un homme, qui passerait toute la journée au lit n’a pas transgressé les interdits du Chabbath mais il ne l’a pas observé, car il manque l’autre volet, la joie du Chabbath qui est suggérée par les prières, l'étude, le repos, les belles toilettes, les excellents repas, les lumières…

« Si vous marchez selon mes instructions » Lévitique 26/3 est compris par Rachi par la peine que se donne l’individu dans l’étude de la Torah, étude qui entraîne la mise en pratique des commandements divins. 

La marche dont parle la Torah n’est donc pas uniquement physique, elle s’étend à tous les domaines de l’activité humaine, il s’agit de toute initiative que l’homme doit prendre pour conformer sa vie aux directives de la Torah, afin d’atteindre la plénitude de son être.

Grand Rabbin Jacques Ouaknin

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