Parachat Vayigach
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Éternelles Supplications

Paracha Va'et'hanan


Moshe Rabenou a beaucoup insisté pour pouvoir venir dans le pays d’Israël. Il voulait attirer le principe de la mémoire sur tout Israël. Car l’essentiel du concept de mémoire se situe dans le pays d’Israël, là où se trouve le Saint Sanctuaire. Pour cela «il a supplié/Vaethanan» (Devarim 3,23). Il a invoqué, en les associant, les Noms: Hachem et l’Éternel. L’un représente l’attribut de miséricorde et l’autre celui de rigueur. Cela correspond à la plénitude de la mémoire dans le monde à venir. Ces notions opposées et contradictoires, dans le monde où nous sommes, le monde de la séparation, avec toutes les limites le caractérisant, nous rend impossibles de les concevoir dans leur Unicité. Comme elles existent dans les mondes supérieurs. Cela est possible seulement au moyen de la Emounah/croyance. En poursuivant sa plaidoirie, il précise qu’en tant que Son serviteur fidèle, Il l’a rendu témoin, pour faire connaître «Sa grandeur et la force de Son bras», présents dans toutes les choses dans ce monde.


L’Infini, le Sans-Fin, ne peut être perçu dans des limites, par définition le contraire de l’infini, qui caractérise tout notre environnement. Seulement au moyen de «Ses Contractions», il nous est donné la possibilité d’appréhender une infime partie de ce qui en essence dépasse absolument notre entendement. Cette idée se retrouve par l’association dans son plaidoyer des mots traduits par «la grandeur et la force». Ils sont relatifs à la vigueur de la sainteté et à la puissance dans la main. Moshe Rabenou poursuit en précisant qu’il n’existe rien de semblable dans les cieux ou sur la terre. Cela est du ressort du Supérieur ou de l’Inférieur, d’en haut ou d’en bas. 

Depuis le sans finitude jusqu’à l’extrême limité. Il conclut son préambule sous la forme d’une interrogation qui est aussi une affirmation: «qui pourrait imiter Tes œuvres et Tes merveilles?!» C’est-à-dire que dans Son extraordinaire miséricorde, si l’on peut s’exprimer ainsi, Il s’est contracté Lui-même depuis l’au-delà de toutes les extrêmes de toutes les hauteurs de tous les niveaux, jusqu’au point extrême du plus infinitésimal. Cela pour susciter, provoquer, éveiller, soulever, présenter des allusions spécifiques destinées à tout un chacun.

Alors, Moshe Rabenou supplie pour qu’il lui soit donné la possibilité de traverser, d’aller de l’autre côté. Il veut «voir cet heureux pays, qui se trouve au-delà du Jourdain, et cette belle montagne». Rachi nous explique (Devarim 3,25): «Cette bonne montagne, il s’agit de Jérusalem (Berakhoth 48b), et le Levanon, il s’agit du Temple (Yoma 39b)». Pourquoi? Parce que là-bas, dans le pays d’Israël, se situe l’essentiel de la mémoire. Si nous avions mérité que Moshe Rabenou vienne dans le pays d’Israël, alors il aurait attiré là-bas la mémoire du monde à venir pour tout Israël. Ainsi, ils n’auraient pas fauté. Et la délivrance aurait été éternelle, sans aucune destruction par la suite. Mais, à cause de nos nombreuses fautes, nous n’avons pas mérité cela.

En effet, il n’était pas possible, à ce moment, pour Moshe Rabenou de venir lui-même dans le pays d’Israël, pour immédiatement tout réparer. Malgré tout, il a été autorisé à monter sur la montagne et observer de loin toute l’étendue du pays d’Israël. De là-bas, il a pu au moyen de sa prière, et grâce à son regard, dominer le «mauvais œil». Également avec cette force il va «ordonner Yehoshoua, l’exhorter au courage et à la résolution, etc.» (Devarim 3,28). Le «mauvais œil» n’avait pas la possibilité de se maintenir contre Moshe Rabenou. Grâce à l’immense sainteté dans son regard, lorsque ses saints yeux ont vu tout le pays d’Israël. Ainsi, en restreignant le «mauvais œil», il a attiré de la sainteté sur tout le pays d’Israël. Il s’agit de la sainteté de la mémoire.

De quelle mémoire s’agit-il, pour qu’il faille tellement la préserver? Tout d’abord, il s’agit de ne pas tomber dans l’oubli – la défaillance de la mémoire. L’oubli représente une mort du cœur, l’apathie, le désintérêt. Donc, l’essentiel consiste à ne jamais perdre la mémoire concernant le «monde à venir». Ce monde à venir représente, peut-être, le monde futur, mais il est certainement pour nous l’instant à venir. Comment vais-je l’aborder? L’intelligence s’occupe uniquement du présent. Au moyen de ma volonté j’ai la possibilité de me relier à Celle de Mon Créateur, cela représente mon monde à venir. Si je reste dans une relation de cause à effet, ce ne peut pas être le monde qui vient, mais la conséquence du passé. Au lieu de subir et de devoir endurer ce que je me suis moi-même imposé, je peux me «brancher» vers un devenir où je trouverai mon Oneg/ma véritable satisfaction. Existe-t-il de plus grandes satisfactions que celle d’accomplir ce qui m’est personnellement proposé d’accomplir! Ainsi, nous ouvrons les portes de l’abondance. Elles attendaient notre implication pour s’ouvrir. Et ne pas en venir à considérer la seule existence de ce monde-ci!

En attachant sa pensée vers le monde à venir, on procède à l’unification de Hachem et de l’Éternel, de la miséricorde et de la rigueur. Et cette notion de constamment se souvenir du monde à venir, c’est-à-dire d’attacher là-bas sa pensée, se situe aux niveaux général et particulier. Car ainsi doit être la conduite de ceux ayant la crainte de Hachem, immédiatement dès le réveil le matin, avant d’entreprendre quoi que ce soit. Il convient de se souvenir du monde à venir. Et par la suite considérer cet aspect dans le détail. Parce que tout ce monde représente la sainteté revêtue dans les niveaux inférieurs. Cela correspond (Isaïe 66,1) «la terre est Mon marchepied». 

Bien qu’également les niveaux supérieurs de la sainteté sont dévoilés dans le monde. Mais, il ne s’agit pas de leur essence. Seulement d’un éclairage qui correspond aux «pieds». La sainteté propose à chaque personne, à chaque moment, des pensées, des paroles et des actions sous forme d’allusions. Elles ont pour objectif de le rapprocher vers elle. Raison pour laquelle il est nécessaire de s’investir dans ses pensées, d’agrandir son discernement, pour saisir dans le détail ces allusions. Elles s’invitent dans toutes les actions, toutes les entreprises, dans le négoce, etc. Toutefois, il faut être sensible pour ne pas dépasser les limites de la sainteté en pénétrant trop profondément dans ses pensées. Il importe de se maintenir dans le cadre supporté par son intelligence, à son niveau. «Ne va pas examiner ce qui te dépasse» (Haguiga 13).

Depuis le début de ce cinquième livre de la Torah, à plusieurs reprises revient ce mot de deux lettres «Rav». Il prend dans sa traduction le sens de nombreux, supérieur, fort. Dans notre Paracha, à ce verset (3,26), il a le sens de «assez!», n’insiste plus. C’est ce que dit l’Éternel à Moche. Une des explications sur ce verset par Rachi: «beaucoup pour toi! Il t’est réservé bien plus que cela, grand/Rav est le bonheur qui t’est destiné (Sifri)». Nous voyons ici l’idée de suffisance. C’est-à-dire, au-delà de la compréhension des allusions proposées depuis en haut dans toutes les choses. Elles ne doivent pas être utilisées seulement pour les occupations dans ce monde-ci. Au contraire, cela doit être utile pour se suffire de ce dont on a vraiment besoin. Car le plus qui lui est possible d’acquérir renferme un piège. Ce sont les «forces étrangères» attachées aux superflus. C’est pourquoi il convient de se contenter du nécessaire, sans plus. Il existe dorénavant des sujets bien plus élevés auxquels il est plus profitable de s’attacher. Il faut développer la capacité de définir, puis de se concentrer, sur l’essentiel. Cela se résume dans le choix entre (Prov. 13,25) «Le juste mange pour apaiser sa faim» et «le ventre des méchants n'en a jamais assez», la différence entre la plénitude et le manque.

Très nombreuses sont les personnes qui ne possèdent pas les capacités d’approfondir la compréhension de ces allusions. Chez elles tout cela s’effectue de soi-même, grâce au sommeil, aux Talit, aux Tefilin, à la Torah, à la Tefilah et au négoce. Lors du sommeil la pensée s’attache dans le monde à venir. Les Tefilin correspondent à agrandir l’intelligence pour comprendre les allusions. Le Talit empêche de sortir au-delà des limites, lorsque grandit son esprit pour comprendre les allusions. Pour cela on s’enveloppe dans le Talit avant de mettre les Tefilin, pour se maintenir dans les limites. La Torah correspond à la suffisance, elle est l’arbre de vie qui subvient à tout. Mais, également dans l’étude, il est nécessaire de savoir se suffire. Car il est possible que dans l’étude l’homme soit perturbé. Car il veut toute la Torah trop rapidement, avec précipitation. Nos Sages ZL nous ont mis en garde (Avot 2,16) «Tu n’es pas tenu de terminer la tâche». La Tefilah représente la sainteté revêtue dans ce monde.

Le négoce représente l’unification des enseignements avec leur mise en application. Ce sont les marchandises passant d’une personne à l’autre. Là où tout doit être basé sur la Emounah/confiance. Tout est en fonction des étincelles à l’intérieur des objets à ce moment. Raison pour laquelle il ne faut jamais remettre à un autre moment ce qui se présente à nous. Parce qu’il existe un moment pour chaque chose. Et grâce au négoce exercé dans la confiance, on répare et dévoile les étincelles. Ainsi se complète l’éclairage pour une vision adéquate rattachant l’étude à la pratique. D’où la nécessité de bien protéger la mémoire, pour ne pas tomber dans l’oubli de sa finalité éternelle. La constante prise de conscience du monde à venir permet d’apprendre à saisir ce merveilleux appel: «assez/beaucoup»!

Source : Elhanan Lepek

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