Parachat Vayigach
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La Patience et l’Ecoute

Paracha Va'era


« L’Eternel parla à Moïse et à Aaron et leur ordonna au sujet des enfants d’Israël… »(Chemot 6 : 13).

Rachi commente « L’Eternel recommanda à Moïse et à Aaron de les conduire avec beaucoup de patience et de tolérance. »
Hakadoch Baroukh Hou les prévint : « Mes enfants sont irritables et difficiles à convaincre. Soyez-en avertis ! Ils risquent de vous agresser et peut-être vous lyncheront-ils ! » (Midrach Rabba Chemot 7 : 2). 

Le devoir pour un dirigeant Juif d’être patient et bienveillant est rapporté dans la Guemara (Sanhédrin 8a) qui décrit les qualités requises pour devenir Juge (Dayan). « Jusqu’à quel degré peut-il être à l’écoute des gens et tolérer leurs turpitudes ? » demande-t-elle.

« Porte-le dans ton sein comme la nourrice porte le nourrisson » (Behaalotekha 11 : 12).

La comparaison avec la nourrice, explique la Torah Temima, situe le degré de patience qu’elle doit avoir à l’égard d’un enfant qui peut être très irritable et insupportable…

Une maman peut être exaspérée par les pleurs de son enfant et pourtant elle ne le repousse jamais avec colère… Au contraire, elle s’habitue à redoubler de patience pour l’élever, le cajoler et lui dispenser tendresse et caresses…

Lorsque nos Sages comparent un Dayan à une nourrice ce n’est pas seulement pour l’effet allégorique mais pour bien préciser que son degré de patience et de considération à l’égard de son prochain doit lui être comparable…

Un Dayan ne peut pas dire : « Ce n’est pas dans mes attributions de subir vos discours insensés et vos lamentations » car écouter est son devoir … 

Même si un plaideur a un comportement particulièrement impétueux, le Dayan se doit de rester calme et patient et l’écouter jusqu’à la fin de son plaidoyer… 

L’importance de la patience ne se limite pas au seul devoir des dayanim mais s’applique à toutes les relations humaines : Maître à élève, parent à enfant, dirigeant à subordonné…

Tout leader se doit de retenir ses impulsions; il se doit d’écouter les avis de son entourage comme un Rav se doit de comprendre les préoccupations de ses élèves, à défaut, il ne sera pas entendu.

« Le Maître irascible enseigne mal » (Pirké Avot 2 :5) parce qu’il perdra patience lorsque ses élèves se tromperont… 

De même le Meiri (Taanit 4a) écrit « Si on peut comprendre qu’un Talmid ‘Hakham puisse s’emporter lorsqu’il voit une personne se comporter d’une façon contraire aux enseignements de la Torah, il doit cependant contrôler son ressentiment, se montrer patient à son égard et lui expliquer avec douceur ce que la Torah attend de lui… ».

A défaut, il poussera son interlocuteur à s’éloigner encore plus de l’enseignement de nos Sages…
Le Roi Salomon disait « Chasse la colère de ton coeur et éloigne ainsi les souffrances de ton corps » (Kohelet 11 : 10).


Histoire:

La Guemara relate que le Rav Ada bar Ahava vit un jour une dame dans la rue qui portait une grande écharpe rouge avec beaucoup d’ostentation… Le Rav s’indigna de ce manque flagrant de réserve (tsniout) et retira promptement le châle de cette dame…

OR, la dame n’était pas juive, un procès s’ensuivit et le Rav Ada fut condamné à lui payer 400 Zouz !

Cette dame s’appelait « Matoun » et le Rav Ada dit avec un certain humour « Matoun, Matoun, cela vaut bien 400 Zouz » (Matoun veut dire faire une pause, patienter, attendre). 

Ce que le Rav Ada voulut dire c’est que s’il avait attendu un moment, s’il avait patienté, s’il avait réfléchi, il aurait pu éviter d’avoir à payer 400 Zouz… mais en fait que la leçon en valait bien le prix !

Avoir de la patience est une qualité particulièrement recommandée dans les relations familiales; c’est la meilleure façon de communiquer avec son épouse, ses enfants, ses frères et sœurs…

Le manque de retenue ne rapportera rien, au contraire, il ne fera que détruire. 


La Michna enseigne les trois sujets qu’un maître de maison se doit de vérifier la veille du Chabat : « Avez-vous prélevé la dîme ? Avez-vous fait le Erouv ? Allumez les lumières du Chabat ! » 

Rabba bar Rav Huna précise que l’on doit dire ces paroles avec calme et pondération pour que les personnes à qui elles s’adressent soient attentives et réalisent la Mitsva avec ferveur. 

De nos ancêtres, de mémoire bénie, nous apprenons la manière de procéder pour l’éducation des enfants… Le verset dit : « Itzhak appela Yaacov et le bénit, puis il lui ordonna : ne prends pas femme parmi les filles de Canaan » (Toledot 28 : 1). 

Le Hafets Haïm précise que si un parent veut influencer favorablement son enfant et l'aider véritablement à faire de bons choix, il doit conseiller son enfant dans un climat d’amour et de bénédiction.

Un enfant a, en effet, beaucoup plus de mal à suivre les conseils de ses parents quand leurs instructions sont formulées avec rigueur et autorité que lorsqu’ils sont donnés calmement et avec tendresse… 

C’est pourquoi, Itzhak commença d’abord par bénir son fils et qu’il lui ordonna par la suite de ne pas épouser une cananéenne. Fort de l’enseignement de son père, Yaacov put se sortir de toutes les situations difficiles – avec Esaü et Laban notamment – grâce à son calme et à sa patience.

Le Hazon Ich enseignait que l’habilité à influencer les autres tenait surtout à la vertu du silence… Une haute personnalité de l’Education Nationale lui demanda un jour de s’élever vivement contre une certaine politique menée dans ce domaine « Ne comprenez-vous pas ? » lui dit-il

« Les gens m’écoutent justement parce que je m’ingénie à ne jamais parler avec emportement » (Peer Hador).

Source: cyber-contact.com

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