Parachat Vayigach
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La Emouna et la réflexion

Paracha Va'era


Si les Béné Israël ne m’écoutent pas, comment Pharaon m’écoutera-t-il ?... (Shemot 6–12, extrait de notre Parasha)

Moshé Rabbenou se plaint à Hashem en lui disant que sa mission ne peut pas réussir, car les Béné Israël eux-mêmes refusent d’entendre sa parole. Comment aura-t-il donc plus de succès auprès de Pharaon ?!

Rashi commente :
Nos maîtres disent que ce raisonnement fait partie des 10 raisonnements qualifiés de « KAL VA’HOMER » ou raisonnements « à fortiori », que contient la Torah.

Question
Le raisonnement de Moshé Rabbenou est très étonnant. Nous savons en effet que si le Béné Israël ont refusé d’entendre la Parole Divine apportée par Moshé Rabbenou, c’est uniquement à cause de la diminution de leur esprit (Kotser Roua’h), et de la dureté de l’esclavage (‘Avoda Kasha), comme le texte le précise lui-même quelques versets plus hauts (verset 9) : « Ils n’écoutèrent pas Moshé, du fait de la diminution de leur esprit, et du fait de la dureté du travail ».


Mais ce n’était pas le cas de Pharaon ! Il pouvait lui, écouté Moshé. Quel est donc ce raisonnement que tient Moshé Rabbenou ?! 

Qui plus est, sur quoi repose l’argument de Moshé Rabbenou selon lequel, les Béné Israël ne l’écoutent pas et refusent de croire en sa parole, alors qu’il est écrit plus haut (dans la Parasha de la semaine dernière) : « Le peuple a cru… » ?

Réponse
Le Rav ‘HASMANN z.ts.l répond à cette question dans son livre OR YAHEL (tome 3), de la façon suivante : Il existe chez l’être humain, 2 forces opposées. 

D’une part, « Le peuple a cru… », et d’autre part, « Ils n’écoutèrent pas Moshé… ». Ils croient et ils ne croient pas, et cela, en parfaite cohabitation. 

 Le roi Salomon écrit dans son livre Mishlé (chap.25) : « Aussi hauts que soient les cieux, et aussi profonde que soit la terre, ainsi est le cœur des rois, sans aucune limite ». 

La taille du cœur humain est relativement petite. Et malgré cela, ce cœur possède en lui une capacité de contenance aussi importante que la hauteur des cieux et la profondeur de la terre. 

Et que contient-il ? D’innombrables chemins. Certains sont bons, d’autres mauvais. Il est donc compréhensible qu’il y ait dans un seul et même cœur, de la place pour diverses conceptions ou diverses sensibilités, même si elles sont cachées les unes à côté des autres, et même si elles se contredisent les unes et les autres.

Le Sforno explique que « la diminution d’esprit » des Béné Israël correspond au fait que leur cœur ne réfléchissait plus. 

Ce qui veut dire que leur réflexion était diminuée, et de ce fait, ils n’écoutèrent pas Moshé Rabbenou. Leur cœur ne les laissait plus réfléchir et écouter ce qui leur était dit. C’est la maladie spirituelle qui frappe la plupart des individus à toutes les générations.

Pharaon lui aussi était victime de ce phénomène de refus de la réflexion. En effet, nos maîtres nous disent dans le Midrash que chaque matin, Pharaon se rendait au Nil pour y soulager ses besoins naturels, car il prétendait être une divinité. 

Or, pour ne pas faire démasquer sa supercherie, il s’y rendait tôt chaque matin. Ensuite, il revenait à son palais, s’asseyait sur son trône et proclamait : « Le Nil m’appartient et c’est moi qui l’ai créer ! » 

Il est évident qu’aucune personne sensée ne porterait de crédit à ses propos, malgré tout, c’est ce qu’il faisait chaque jour. 

Pharaon était à la fois convaincu qu’il n’était qu’un être humain et non un dieu, puisqu’il se rendait au Nil chaque matin pour y soulager ses besoins naturels, mais cela ne l’empêchait pas de se convaincre du contraire. 

Pharaon n’est pas le seul dirigeant de l’histoire, qui se trompait à lui-même sans le moindre complexe, puisque nos maîtres nous indiquent de nombreux cas de Resha’im qui avaient une très grande perception d’Hashem, et qui malgré cela, possédaient la force de se rebeller contre Lui. 

D’où peut donc provenir une telle quantité de force et d’insolence envers Hashem, alors qu’on est totalement convaincu de Son Existence ?! D’une seule cause : Le manque de réflexion (Kotser Roua’h)

Tout homme, et même le plus grand - puisqu’il n’est qu’un homme, et qu’il a été crée à partir de la terre - est exposé à cette maladie grave que l’on appelle KOTSER ROUA’H ou le manque de réflexion.
Il existe des gens dotés d’une très grande Emouna en Hashem et la Torah, mais qui commettent pourtant de très graves fautes, et de façon consciente. 

Mais puisqu’ils ne réfléchissent pas, ils se sont convaincus avec le temps que leur comportement est juste.
Combien de gens vénèrent profondément (et très sincèrement) des Tsaddikim, et portent pourtant des vêtements dont l’indécence contredit parfaitement la Torah. Ou encore, profanent le Shabbat ou des règles de la Casherout ?!

Avoir une foi profonde dans les valeurs de la Torah, ne suffit pas pour être immunisé contre la faute. Pour cela, il est nécessaire de s’imposer de la réflexion sur ces valeurs dans lesquels on a foi.
Pharaon a pleinement conscience qu’il n’est qu’un être humain, mais parce qu’il ne s’impose pas la réflexion, il tombe dans l’absurdité de croire que « Le Nil lui appartient et c’est lui qui l’a créé ! ». Il ne peut donc concevoir l’existence d’un autre D., et il n’écoutera donc pas Moshé Rabbenou !!

Le raisonnement de Moshé Rabbenou est donc maintenant parfaitement clair :
Si déjà les Bné Israël – la sainte descendance d’Avraham, Its’hak et Ya’akov – si eux ne m’écoutent pas, c'est-à-dire, s’ils sont contaminés par la maladie de KOTSER ROUA’H, s’ils se sont arrêtés de réfléchir, à fortiori Pharaon qui lui, s’est arrêté de réfléchir depuis bien longtemps, depuis le jour où il s’est convaincu qu’il était une divinité.

Chabbat Chalom Dvar Torah 

rédigé par le Rav David A. PITOUN

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