Parachat Vayigach
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on ne juge pas durant la nuit, seulement durant le jour

Paracha Shoftim


Nos Sages ZL ont dit (Sanhedrin 32.) «on ne juge pas durant la nuit, mais seulement durant le jour». Le jour représente la notion de Emet/vérité, et la nuit celle de Emounah/croyance. Les deux premières lettres de ces mots Emet et Emounah sont la première et celle du milieu de l’alphabet. La dernière lettre du mot Emet est la dernière de l’alphabet. Cela revient à considérer la notion de Emet/vérité comme une «totalité», la plénitude depuis le début jusqu’à la fin et en incluant le milieu. L’évidence rendue visible par l’intelligence ou le raisonnement. Mais, il n’est pas donné de tout comprendre et de voir. Le passage vers ce qui dépasse l’entendement correspond au passage vers le domaine de la Emounah. Un risque alors se présente, le Sheker/mensonge. Comme cela est connu, le mot Sheker s’écrit avec les trois avant dernières lettres de l’alphabet. Et contrairement aux lettres du mot Emet, qui reposent sur «deux pieds», celles du mot Sheker sont en difficile équilibre sur un «seul pied», confinées vers les extrêmes. Le Sheker ou les forces étrangères manifestent leur emprise essentiellement dans le concept de la nuit ou de la Emounah.

Elle se rapporte à la Tefilah/prière, comme il est écrit (Chemot 17,12) «et ses mains étaient Emounah», la traduction précise: ce sont les miracles, au-delà de la nature. Car la nature suit des règles immuables, alors la Tefilah permet de changer la nature. Cela revient à croire dans le renouvellement infini et que Hachem peut tout changer selon Sa Volonté.

Grâce à la Tefilah on parvient à «c’est la porte des cieux» (Ber. 28,17). La croyance apparaît moins évidente dans l’obscurité. Elle grandit à la lumière du jour. La Emounah se répare principalement au moyen de la vérité. C’est la raison pour laquelle le jugement doit s’établir durant le jour, il correspond à la vérité. 

Ainsi, il devient possible de réparer la Emounah. Il s’opère une unification entre la vérité et la croyance, bien qu’il s’agisse de notions relatives soit au jour et soit à la nuit. Il convient ici de bien saisir le sens du mot Emounah/croyance dans la perspective du judaïsme. Car il ne s’agit pas du tout du concept de «foi» généralement admis. Le Baal HaTanya nous enseigne (Likoutei Amarime 42) «ce terme indique “l’entraînement” par lequel se crée l’habitude, comme un homme de métier exerce ses mains, etc.». Il y a l’idée d’un apprentissage et d’une dynamique de progression.

Il est écrit dans la Torah, dans le récit du début de la Création, «l’Éternel appela la lumière jour, et les ténèbres, Il les appela nuit. Il fut soir, il fut matin, un jour» (Ber. 1,5). Cela est rendu possible grâce à un jugement véridique. Il est écrit (Chemot 18,14) «tout le peuple se tient autour de toi depuis le matin jusqu’au soir» pour entendre le jugement de Moshe Rabenou. L’essentiel du jugement et de la loi consiste à réparer la Emounah, l’ouvrage d’une vie. Parce que la confiance a été atteinte ou perdue, par exemple, entre les parties en conflit juridique. Il est évident que l’une des deux parties n’a pas pratiqué son négoce selon la confiance requise. Aussi, grâce à un véritable jugement équitable, il devient possible de relever et de rétablir cette confiance. C’est le principe de relier l’attribut de justice avec celui de vérité pour instituer la Emounah. Cela représente l’unification entre le jour et la nuit, donc la vérité avec la Emounah. 

L’essentiel du jugement est durant le jour, comme il est écrit «rendez bonne justice dès la première heure du jour, sauvez celui qui a été spolié de la main de l'oppresseur: sans cela, Ma Colère éclatera comme un incendie et brûlera inextinguible, à cause de la perversité de vos œuvres» (Yermiyah 21,12). Ainsi la vérité éclaire, et grâce à cela se répare et se dévoile la Emounah, selon le principe «les Bontés de Hachem se renouvellent chaque matin, infinie est Ta Bienveillance» (Eiha 3,23). Ce renouvellement renferme l’idée essentielle de la constante nécessité de la remise en cause. Pour éviter tous les dangers inhérents aux habitudes. Ainsi, tous nos jours sont une succession infinie de matins et de soirs. 

Précisément dans l’habitude il faut parvenir à découvrir les aspects de nouveautés qu’elle renferme. Tout notre univers bouge dans un mouvement perpétuel. L’instant écoulé est déjà du passé. Vivre avec son temps consiste donc à envisager chaque situation comme une nouveauté absolue, et avoir une vision neuve sur elle. Envisager l’innovation, dans toutes les circonstances de notre existence, nous ouvre toutes les perspectives. Le passé doit être considéré comme un tremplin nous projetant plus avant, pour nous améliorer. Ce qui se trouve derrière nous ne doit en aucune façon devenir un boulet entravant notre progression.

Il est écrit dans notre Paracha Shoftim (Dev. 16,18) «les juges devront juger le peuple selon la justice». C’est la recherche pour établir la vérité. À Hachem revient le jugement, alors celui-ci est juste et il rejoint la Emounah. «Les jugements de l’Éternel sont vérité» (Ps. 19,10). Toute la tâche des juges consiste principalement dans le rétablissement de la confiance, grâce à la vérité. Cela s’obtient en reliant la justice avec le jugement, la vérité avec la Emounah. Il est écrit dans la suite de cette Paracha (16,20) «la justice seule tu dois rechercher». Rachi insiste en précisant que «tu ne feras pas pencher le jugement» (16,19) doit être pris dans son sens littéral. Et il renvoie pour la suite de ce verset, concernant la corruption «elle fausse la parole des justes», à son commentaire (Chemot 23,8) «les paroles forment le fondement d’une justice authentique, Onquelos traduit: des paroles droites». D’où la nécessité de porter une attention particulière dans la manière dont on s’exprime. Surtout, en prenant garde à n’exprimer aucune parole de médisance, de calomnie, de dénigrement, etc.

Chaque jour l’homme est jugé, raison pour laquelle chacun devrait commencer sa journée par se juger lui-même. Ainsi, il peut «adoucir» ou annuler le jugement dans les sphères supérieures. En procédant de la sorte, il adoucit ou même annule la colère. Parce que l’essentiel de celle-ci découle du renforcement des rigueurs du jugement. Lorsqu’un des attributs du caractère, formant une personne, submerge les autres, l’équilibre et la tension normale sont perturbés. Alors surgit la colère! Mais, s’il mérite de rétablir son équilibre, à annuler les jugements, en se jugeant, en s’examinant lui-même en son for intérieur, grâce à cela il parvient à se maîtriser et à supprimer la colère. Il brûle le mal. Le mal s’identifie dans la colère. Il est écrit «chasse la colère de ton cœur, et éloigne le mal de ton corps» (Kohelet 11,10). L’essentiel du jugement est fonction de la façon dont on s’examine chaque jour pour tout ce qui a été entrepris, matériellement ou spirituellement. C’est la conscience de savoir «devant Qui tu devras à l’avenir rendre des comptes» (Avot 3,1). Celui qui veut se sauver lui-même du jugement d’en-haut, il doit se juger lui-même, examiner ses actions ici-bas, chaque jour. Grâce à ce principe du jugement, le cœur s’enthousiasme. Cela brûle le mal, et détruit la colère.

L’essentiel de la perte des jours de l’homme durant son existence est consécutif aux envies d’argent et de richesses, aux poursuites après son revenu. Comme chacun peut effectivement le constater. Bien qu’il soit écrit «tous les jours de ta vie tu te nourriras de poussière» (Ber. 3,14). Au moment où le mauvais penchant incite l’homme à s’emporter, il convient de se rappeler combien à cause de cela il va perdre, spirituellement et matériellement. 

Emporté par sa colère, il va perdre la richesse dans la sainteté. Elle est attachée à sa personne, à son essence. Raison pour laquelle il est plus facile de se débarrasser de tous les autres instincts, alors que le mal s’incruste plus particulièrement dans ce désir de posséder de l’argent. Le sentiment du manque de revenu, et l’amertume découlant de son engagement dans cette recherche, provoquent chez lui la colère. C’est la conséquence de la faute du premier Homme. Il a porté atteinte en consommant de l’arbre de la connaissance du bien et mal. Alors, il a été décrété pour l’humanité «à la sueur de ta face tu mangeras ton pain» (Ber. 3,19). Donc, celui qui parvient à supprimer sa colère, il mérite la véritable richesse: être constamment satisfait avec sa part. Mais, celui qui ne brise pas sa colère «quand la faim le presse, il s’emporte» (Isaïe 8,21).

De même, s’il possède des richesses «tous ses jours sont pénibles et son activité source de colère» (Kohelet 2,23). Parce que chaque fois il lui manque encore plus. Car «s’il te manque du savoir, qu’as-tu acquis?» (Midrach Tanhouma-Vayikra). Le manque de savoir provoque la colère. L’intelligence disparaît chez celui qui s’emporte. À quoi peuvent donc bien ressembler de telles acquisitions? Elles proviennent de ses vanités, et elles renferment ce qui lui manque. Jamais il ne parviendra à les compléter grâce à la probité du jugement. Les livres de morales nous enseignent: il se soucie surtout de ne pas perdre son argent, et il ne se soucie pas de la perte de ses jours. En supprimant la colère, on mérite la richesse dans la sainteté, et d’être vraiment satisfait avec ce que l’on possède. On ne se concentre plus sur ce qui nous manque, mais on apprécie chaque moment et tout ce qu’on a déjà eu le mérite de recevoir. Cela constitue la véritable richesse. Alors, nos jours ne sont plus considérés comme perdus. Ils sont intègres, sans vaines poursuites après d’illusoires biens matériels. Chaque nouveau jour est désormais consacré à réparer le jugement, à acquérir encore plus de Emounah. On parvient ainsi à se rapprocher vers la sainteté pour recevoir et appliquer effectivement la Torah.

Source: Kupath Rabbi Meir Baal Haness - Elhanan

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