Parachat Noah'
Bannière
Bannière

Pourquoi l’homme a l’entière liberté de se tromper lui-même?

Paracha Shla'h lekha


En quoi suis-je aujourd’hui personnellement concerné par le récit d’un événement qui s’est déroulé il y a plus de trois millénaires? Notre Paracha interroge: pourquoi est-il donné à l’homme l’entière liberté de se tromper lui-même? Cela concerne aussi bien nos actes, les plus importants ou les plus insignifiants, ou nos pensées. Voilà encore un exemple de la sublime pédagogie de notre Torah. Celle-ci s’adresse à chacun en particulier. Le comportement de la société ne peut lui servir d’excuse ou de justification pour l’absoudre de sa propre responsabilité. L’homme peut être induit en erreur, mais en dernier ressort il restera toujours responsable. Car il est impossible de supprimer ses capacités d’opposition ou de résistance, sans son consentement. La meilleure des bonnes intentions ne pourra jamais justifier le manque de préparation et d’examen en vue d’accomplir ce qui est attendu de nous. L’énigme insoluble du libre arbitre!


Dans toute la Torah, l’envoyé d’un homme est considéré comme cet homme lui-même. Mais, il n’existe pas de principe d’envoyé lorsqu’il s’agit de transgression. Dans notre Paracha il est écrit: «envoie pour toi des personnes explorer le pays de Canaan». Rachi nous explique, il ne s’agit pas d’un commandement de Hachem. Pour bien nous signifier combien cela répondait à une préoccupation à laquelle le peuple avait soumis Moshe Rabenou. Ce sont ces gens d’Israël venus lui demander d’envoyer des explorateurs devant eux. Moshe devant l’incompréhension de leur exigence s’en est référé à Hachem pour savoir quelle conduite adopter. Il lui a répondu: «J’ai déjà dit qu’il s’agit d’un bon pays». Comme il est écrit (Chemot 3,17): «Je vous ferai monter du pays d’Égypte, vers un pays ruisselant de miel et de lait… Aussi, s’ils veulent, qu’ils envoient des gens. Parce qu’ils ne tiennent pas compte de ces propos. Alors, Je leur donne la possibilité de se tromper, et de croire dans les paroles mensongères des explorateurs, etc.». La possibilité d’opposition est inhérente à la Création. Nous pouvons comprendre jusqu’à où il est donné à l’homme la possibilité de se tromper lui-même. L’opposition porte en elle le mensonge en raison de l’éloignement de l’Unicité propre à avant la Création.

L’essentiel de leur faute découle de leur désir d’envoyer des explorateurs. Il s’agissait de personnages ayant atteint un niveau spirituel extrêmement élevé. Cette extraordinaire et exceptionnelle génération a vu de ses propres yeux la manifestation de prodigieux miracles, la Sortie d’Égypte, l’ouverture de la mer de Jonc, elle a vu la fin de ses oppresseurs égyptiens engloutis dans les flots, elle a reçu la Torah. Mais, s’ils sont sortis d’Égypte physiquement, qu’en est-il de l’aspect mental? C’est pourquoi malgré tout ils ont voulu s’en remettre aux lois de la nature. Mais, le pays d’Israël est absolument au-dessus des règles applicables à la nature. Parce que là-bas sa Présence est permanente. Donc, en voulant envoyer des explorateurs, ils ont porté atteinte contre cette surveillance divine. La grande difficulté à laquelle ils étaient confrontés, dans un même mouvement il leur était demandé de ne pas se soumettre aux lois de la nature en envoyant des explorateurs, et d’entrer sur une terre où ils devront précisément s’accorder avec la nature pour en profiter. Ils ont préféré se conduire conformément aux habitudes normatives, envoyer des espions s’enquérir de l’état des lieux, avant toute tentative de conquête. Ils n’ont pas eu confiance que grâce à sa Surveillance particulière sur le pays, ils pourront monter là-bas.

Leur atteinte contre la surveillance découle d’une mauvaise compréhension du principe de l’envoyé. Un émissaire doit agir selon les indications reçues par celui qui l’a envoyé en mission. Ainsi la nature, selon ce principe de l’émissaire, est soumise à son Créateur en tant que son Envoyé. Les explorateurs n’ont pas su interpréter correctement le sens de la mission dévolue au pays d’Israël. Il n’existe rien d’absolument évident! Car nous percevons à travers nos sens, principalement les yeux ou les oreilles. Donc à travers le prisme d’intermédiaires. Nous ne saisissons jamais directement en essence. D’où résulte l’obligatoire interprétation par notre esprit. Il n’existe aucune garantie, personne ne peut nous offrir des assurances suffisantes, toujours existera cette possibilité de tomber dans l’erreur. Le voilement de la présence de Hachem permet toutes les libertés, et par conséquent aussi tous les égarements. Ainsi à cause de leur mauvaise interprétation, ils ont provoqué des pleurs pour les générations.

La clé permettant de comprendre cette possibilité de se tromper soi-même réside dans l’imagination. C’est avoir un regard conditionné par l’idéologie. C’est savoir avant de voir. C’est l’incapacité de regarder le monde tel qu’il est, mais selon des filtres idéologiques déjà installés. Toute nouvelle acquisition intellectuelle passe obligatoirement par les phases du Tohu et Bohu, en référence au tout début de la Création. Ce sont les étapes essentielles conduisant à l’acquisition de connaissances ou d’informations. Tohu représente l’étonnement, d’abord voir sans préjugé. Bohu, perturbation, confusion, ce n’est pas comme je pensais. Penser vraiment consiste à répéter ces étapes. Il faut parvenir à la conscience de la possibilité de l’irruption de la nouveauté absolue. Si l'on ferme toutes les possibilités, au-delà des capacités de perception, on détruit la vie. Le refus de remise en cause confirme le fanatisme. À cause de la force de l’imagination, l’homme n’est plus relié à lui-même. Il en vient à satisfaire non plus ses besoins essentiels, mais ceux de ses sens excités par des éléments extérieurs. L’homme doit apprendre à utiliser son intelligence pour penser le plus correctement possible. Et ne pas se satisfaire de l’apparente réponse à des besoins pas toujours réels ou vitaux. Il convient de distinguer le réel et ce qui est la représentation du réel. D’où la liberté et donc la responsabilité.

Cher lecteur, veuillez bien méditer cette phrase, très simpliste en apparence. Vous étendrez son principe à toutes vos activités, ou à vos besoins corporels: pour étancher votre soif, de l’eau suffit! Cette phrase peut se comprendre dans son sens premier. L’eau faisant ici allusion à la Torah. Cela signifie, une fois un diagnostic établi, attachez-vous, sans ajout ou diminution, à répondre seulement à ce qui est attendu de vous. Aujourd’hui, on ne se contente plus d’eau pure, même si en apparence on prétend vouloir étancher sa soif. Tous les fabricants des différents biens de consommation savent parfaitement bien détourner à leur profit vos intentions. De nombreuses maladies, de l’esprit ou du corps, grâce à la mise en application de cette phrase peuvent être évitées. De même, des économies de temps et d’argent en découlent. Notre recherche d’argent ne se limite plus vraiment à subvenir à nos besoins. Nous sommes entraînés à assouvir, trop souvent, d’illusoires ou vaines envies. Tout le superflu comporte pour l’homme un danger. Cela le conduit à un éloignement de l’Un. Car la vérité est unique, mais le mensonge est multiple. Par exemple, un objet en argent, il n’est pas possible de prétendre que c’est de l’or. Mais en mentant, on peut le désigner comme étant du bronze, de l’étain ou toute autre dénomination. Aussi, ces quelques mots soulignés représentent un objectif à atteindre. Avec le temps libéré, en vous attachant à les mettre en pratique, vous pourrez apprendre dans nos saints Livres comment se rapprocher encore plus de cet objectif. À mieux vous fixer sur l’essentiel, à vous renforcer pour persévérer sur cette voie. Vous éviterez les embûches, en ne vous laissant pas tromper par d’autres, en ne vous trompant pas vous-mêmes.

Maintenant, nous pouvons revenir à notre interrogation du début. Comment Celui qui a tout créé nous laisse-t-Il à tel point nous détourner de ses Intentions dans la Création du monde? Malgré nos profondes connaissances, force nous est d’arriver à cette conclusion: la finalité du savoir consiste précisément à admettre qu’en définitive nous ne savons pas! Notre savoir ne peut être ni absolu ni définitif dans ce monde-ci. On se plaint parce qu’on ne parvient pas à voir tout ce dont on bénéficie déjà. Il y a frustration par tout ce que la publicité nous donne envie d’avoir, sur le manque, sur ce qui est inatteignable. Chaque création, action ou objet, porte en elle la signature de son auteur. La signature correspond à l’intention mise dans cette création. Le manque de respect des intentions de l’auteur constitue une trahison. Le monde entier, avec tout ce qu’il renferme, est soumis à un déterminisme, selon un déterminisme immuable, sauf pour l’homme. Car ici-bas, il ne nous est pas donné d’étancher notre soif, si ce n’est seulement sur une certaine durée limitée de temps. Raison pour laquelle s’impose à nous un constant renouvellement. Cette connaissance renferme le secret de toutes les possibilités de progression.

Source: Elhanan Lepek

Bannière