Parachat Vayishlah
Bannière

L’extrême force résidant dans la parole

Paracha Nasso

Grâce au commandement relatif aux vœux, il est possible de saisir et de comprendre l’extrême force résidant dans la parole. Car, aussitôt une parole est-elle émise par sa bouche, il s’impose de mettre en application ce qui est sorti d’entre ses lèvres. En vérité, ce sujet des vœux représente un concept prodigieux, d’une très grande élévation. Lorsqu’il est écrit (Bamidbar 6,2) « si une personne fait expressément vœu d’être abstème, voulant s’abstenir en l’honneur de Hachem », on se rend compte de toute la puissance du libre arbitre donnée à l’homme. Car il peut, avec la force de sa bouche, s’imposer à lui-même de nouveaux commandements, pour lesquels aucun ordre ne lui avait été donné. Par exemple, s’il s’interdit, en l’exprimant avec sa bouche, quelque chose permis, alors immédiatement cette chose permise devient un interdit de la Torah, comme tous les autres. Il s’agit d’un concept fabuleux. 

Parce que cette chose en elle-même, à sa racine, ne comporte absolument aucun interdit. Malgré tout, dès qu’il dit avec sa bouche que cela lui est interdit, même sans mention du Nom, immédiatement pour lui c’est devenu un grave interdit selon la Torah elle-même. Ainsi, il nous est donné d’appréhender toute l’importance de la puissance de l’homme qui

possède le libre arbitre. Toute cette puissance réside dans sa bouche et dans son cœur. Lorsque son cœur désire qu’il se sanctifie lui-même au moyen de quelques saintetés ou quelques séparations par exemple. Car dans le Nefesh/l’âme de chacun d’Israël, à sa racine, se trouve une partie de l’Éternel, et elle est relative à la Torah. Parce que « le Saint, béni soit-Il, la Torah et Israël forment un tout », comme il est écrit dans le saint Zohar (Aharei 73.). D’où la force dans sa bouche pour formuler un vœu et instituer pour soi-même des commandements selon son Nefesh.

L’essentiel des vœux a pour finalité de se sanctifier et de se séparer de ses instincts. C’est le principe énoncé dans le Traité des Pères (3,13) « les vœux sont un mur protecteur autour de la continence ». En effet, dans certaines circonstances, il peut s’avérer profitable de formuler de tels vœux. Raison pour laquelle ils ont dit (Nedarim 8) « une personne est autorisée à exprimer un vœu pour s’empresser elle-même, pour s’encourager à accomplir des commandements ». Ils prennent effet aussitôt exprimé par sa bouche. Au moyen de ce qu’il exprime, il parvient d’autant mieux à se renforcer et il se stimule pour la réalisation de son engagement. Ainsi, il peut plus facilement réussir à se séparer également de ce qui normalement lui aurait été permis. C’est ce que nos Sages ZL ont dit « les vœux élèvent une barrière favorisant la séparation ». Il est possible de le constater effectivement. Chacun qui désire s’habituer à quelques saintetés ou séparations peut s’aider au moyen d’un vœu ou d’un serment pour réussir dans son entreprise. Par exemple, il veut jeûner un certain jour, ou ne pas consommer quelques aliments durant une certaine période, ou donner de la Tsedakah/bienfaisance un peu plus que ses possibilités, etc.

À première vue, il y a lieu de s’étonner en regard de ces remarques. En effet, si quelqu’un possède la force pour dominer ses instincts, il devrait parvenir à se maîtriser sans avoir besoin d’exprimer un vœu ou un serment ! D’autre part, s’il craint que ses instincts se renforcent contre lui, en quoi un vœu peut-il lui être d’une quelconque utilité ? Il est possible de prendre conscience de l’extrême puissance résidant dans le vœu à sa racine. Et plus particulièrement quand il est formulé explicitement par sa bouche. Alors, grâce au vœu, il parvient à s’élever vers le principe des « prodiges de la réflexion ». Là où se situe la source même du libre arbitre. Depuis là-bas, il peut recevoir la force nécessaire, grâce à la formulation du vœu par sa bouche. Ainsi, il réussit à se renforcer sur ce qu’il veut maîtriser. Mais évidemment, également après avoir formulé son vœu existe encore la force du libre arbitre, avec toutes ses incitations, pouvant l’entraîner dans une autre direction. 

Parce que le libre arbitre possède toujours, en lui-même, une très grande puissance. Raison pour laquelle la Torah nous met fortement en garde d’éviter de prononcer légèrement des vœux, et sur l’importance de respecter et d’accomplir comme il convient ceux qui ont été énoncés (Bamidbar 30,3) « il ne peut violer sa parole : tout ce qu’a proféré sa bouche, il doit l’accomplir ». Mais essentiellement, grâce au vœu, il possède désormais beaucoup plus de force pour se maintenir et se renforcer contre ses instincts. Ainsi nous le constatons avec Boaz lorsqu’il a dit (Ruth 3,13) « s’il s’y refuse, c’est moi qui t’épouserai, etc. Reste couchée jusqu’au matin ». Nos Sages ZL ont expliqué (Ruth Rabah 6,4) « il a prêté serment par rapport à son instinct ! ». Il s’ensuit que sans ce vœu, il a craint et pensé que le mauvais instinct parviendrait à le dominer. Mais, grâce à son vœu, il a pu surmonter l’épreuve et il a dominé son instinct. Nous trouvons ainsi de nombreux Justes ou intègres qui avaient pour habitude de formuler un vœu pour la sainteté ou la séparation.

Nous commençons ainsi le Jour de Kipour par « tous les vœux, etc. ». En effet, les vœux constituent un sujet extrêmement élevé. Ils correspondent aux fondements de la Torah. Ce qu’est le principe de la Techouvah/le repentir, une notion qui se situe au-dessus de la Torah. De là découle le pardon pour les transgressions. L’essentiel est possible grâce aux véritables Justes, correspondant à Moshe Rabenou. Car tous nos importants guides spirituels reçoivent d’eux la force pour délier d’un vœu. La possibilité de se libérer d’un vœu représente une innovation particulièrement étonnante. C’est parvenir à s’élever vers là où se situe le vœu ou l’interdit de quelques jouissances. Ce qui est devenu un interdit selon la Torah. Malgré tout il existe encore une possibilité de regretter d’avoir formulé ce vœu. S’il se présente devant des Sages, ils possèdent la capacité de le défaire de son vœu. Parce que toutes les Nefashot/âmes d’Israël se trouvent inclues dans Moshe Rabenou. Ceux qui représentent le principe du Juste de la génération. Et de lui, tous les véritables guides spirituels, ou alors trois experts dans la juridiction, disposent de la force nécessaire rendant possible de libérer d’un vœu. Car toute la force pour libérer des vœux découle de celle de Moshe Rabenou. Il est le premier à nous avoir transmis la Torah. C’est à lui que Hachem a dévoilé le secret des vœux et également la possibilité de les délier, au moyen de l’expression de ses regrets devant des Sages, etc. Cela représente le secret du repentir, basé essentiellement sur le regret !

Il ressort du Midrach (Vayikra Rabah 36,2) sur le verset (Chemot 2,11) « Moshe fut témoin de leurs souffrances », il a pris à cœur la souffrance des enfants d’Israël en exil. Hachem lui a dit alors que grâce à cela il méritera le chapitre sur les vœux. Cette remarque paraît particulièrement surprenante. Quel lien peut-on bien trouver entre ce sujet des vœux et celui de l’amertume de l’exil ? Moshe Rabenou, en constatant et en prenant à cœur, comprend que l’essentiel de l’exil est causé par les transgressions d’Israël. Et l’essentiel de la réparation viendra grâce à la Techouvah/le repentir. Et la difficulté principale empêchant le repentir provient de l’influence de ceux qui fomentent des discordes contre lui. Comme il est écrit (Chemot 2,14) « ainsi la chose est connue ! ». Nos Sages ZL ont expliqué qu’il a saisi le secret de l’exil qui le tourmentait. L’exil est causé par les provocateurs. Il a compris aussi qu’il possédait une force suffisante pour amener Israël au repentir. Parce que la plupart des enfants d’Israël étaient disposés à l’écouter. Mais l’essentiel du retard a été causé par le principe de Datan et Aviram. Ils se sont à chaque fois élevés contre lui. Comme l’ont écrit nos Sages ZL (Nedarim 64:) « partout où il est mention de querelleurs, on retrouve Datan et Aviram ». Malheureusement il en va ainsi dans chaque génération.

C’est pourquoi lorsque Hachem a constaté combien Moshe Rabenou prend à cœur leurs douleurs et leurs souffrances, et combien il est difficile de les libérer, alors Hachem lui a dévoilé ce secret concernant les vœux. Ainsi, Il lui a démontré toute la force des Justes et des intègres parmi Israël, dans toutes les générations. Ce sont tous ceux qui ressentent de la jalousie pour Hachem, le principe de Pinhas. Parce que les vœux sont relatifs à la jalousie pour Hachem, au principe de la Tsedakah/la bienfaisance. C’est-à-dire, de la même façon que le vœu favorise quelques séparations. Lorsqu’il constate que ses instincts se renforcent contre lui. 

Alors, il s’engage en formulant un vœu pour s’imposer et se limiter, même pour ce qui apparaît comme autorisé. Ainsi, il acquiert plus de force pour surmonter l’épreuve. De même Pinhas, lorsqu’il a constaté l’importance des dégâts provoqués alors, et il n’y avait personne pour s’opposer contre les vingt-quatre mille révoltés, etc. Et principalement contre leur chef Zimri. Comme il est écrit (Bamidbar 25,6) « toute la communauté des enfants d’Israël pleurait au seuil de la Tente d’Assignation ». Pinhas a « ceint ses reins » (Rois II 4,29/9,1), de lui-même il a accompli ce qui ne lui était pas explicitement ordonné. Il a sauvé tout Israël. Cela lui est compté comme de la Tsedakah/bienfaisance. Comme il est écrit (Ps. 106,31) « cette action lui fut comptée comme un mérite ». De fait, l’argent se trouve déjà dans la main du riche. Il peut en faire ce que bon lui semble. Pourtant, il réussit à se renforcer, et il donne de ses biens pour la charité. Il brise la dureté de son cœur, et il la transforme en Volonté. Ainsi, il procure de très grandes satisfactions pour Hachem. C’est comme s’il Lui prêtait. Comme il est écrit (Mchlei 19,17) « donner au pauvre, c’est prêter à Hachem, qui paie à chacun son dû ».

Chabat Chalom
Kupath Rabbi Meir Baal Haness

Elhanan