Parachat Vayigach
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La puissance incroyable de la parole

Paracha Nasso


La parole possède une puissance extraordinaire. Nous l’apprenons du commandement relatif aux vœux. Dès que nos lèvres expriment quelque chose, il nous incombe de réaliser ce qui est sorti de notre bouche. Ce sujet des vœux renferme des notions prodigieuses.

Nous lisons dans notre Paracha: «si un homme ou une femme fait expressément vœu d'être abstème (qui ne boit pas de vin), voulant s'abstenir en l'honneur de l'Éternel». De là nous constatons la grandeur de l’homme. Il possède le libre arbitre et la liberté de penser. Il peut avec la force de sa bouche s’imposer à lui-même de nouveaux commandements, qui ne lui avaient pas été ordonnés. Par exemple, lorsqu’il s’interdit par sa parole une chose autorisée. Alors immédiatement, cette chose devient pour lui un interdit de la Torah! Cela doit être considéré comme prodigieux. Car en vérité, à sa racine, cette chose ne renferme aucun interdit. Malgré tout, dès que sa bouche formule un interdit, même sans mentionner le Nom de Hachem, cela devient pour lui aussitôt un grave interdit selon la Torah.



En fait, le Nefesh (l’âme) d’Israël dans sa racine est une part de l’Éternel, de ce qui correspond à la Torah. Selon le principe: le Saint béni soit-Il, Sa Torah et Israël forment un tout. Comme cela est écrit dans le saint Zohar. C’est la raison pour laquelle le Juif possède dans sa bouche la force de formuler un vœu, et d’établir pour lui-même des commandements.

L’essentiel du vœu a pour but de sanctifier l’homme qui l’a prononcé, pour le séparer de ses envies. Les jouissances de ce monde paraissent séduisantes, et sont souvent difficiles à repousser. Comme il est écrit dans le Traité des Pères «les vœux élèvent une barrière protectrice». Pourtant, les Écrits nous mettent en garde contre les vœux. En général, il n’est pas dans l’esprit de la Torah d’interdire une chose permise. Et il est préférable de s’abstenir de prendre une telle résolution. Mais parfois, grâce à son vœu, l’homme parvient à mieux se renforcer, pour se séparer lui-même de quelque chose d’autoriser. 

Par exemple, s’il veut jeûner un certain jour, ou se priver de quelques nourritures. Cela à première vue paraît étonnant! Soit il a la capacité de dominer ses envies, alors il peut y parvenir sans vœu. Ou s’il craint ne pas être capable de maîtriser ses envies, en quoi le vœu peut-il l’aider?

Mais précisément ainsi on saisit la grande force du vœu à sa racine. Car alors en exprimant sa résolution, l’homme s’élève vers des sphères supérieures de l’intelligence. Là où se situe la racine du libre arbitre. Et depuis là-bas, il reçoit la force pour réussir à surmonter les obstacles, grâce à ce que sa bouche a prononcé. Mais, même après subsiste le libre arbitre avec toute sa force. Et il continue à le tromper, parce que cette influence est persistante. C’est la raison pour laquelle la Torah nous met fortement en garde de bien respecter et d’accomplir tout ce qui est prononcé par notre bouche. Mais essentiellement lors de l’expression d’un vœu.

Les vœux sont un moyen de parvenir à placer notre confiance dans nos Sages. Nombreuses sont les personnes éloignées pour lesquelles il est difficile d’accepter ces notions. Cela en raison des explications scientifiques concernant ce monde. D’autant plus que chacun se considère comme capable de comprendre. Mais, si l’on veut bien se donner le temps de la réflexion, force est de constater que même au moyen de toutes les découvertes modernes, il n’est pas possible grâce à elles de se rapprocher vers sa finalité éternelle.

Pour nous, l’essentiel de la véritable intelligence doit résider dans ce que nous transmettent les grands Sages. Ils ont mérité effectivement de réfléchir sur l’ultime finalité, c’est l’essentiel de l’intelligence. Selon le principe de la sentence: «qui est considéré comme étant un Sage, celui à même d’appréhender les conséquences». D’où la nécessité pour chacun de bien réfléchir sur sa conduite, les conséquences de ses actions face à la fin dernière. Cela n'est atteignable par aucune forme d’intelligence dans ce monde. Mais seulement au moyen de la profonde compréhension de véritables Sages.

Ces Sages sont parvenus à se séparer entièrement des attractions de ce monde. Ils ont brisé à l’extrême tous leurs instincts. Il ne subsiste en eux pas le moindre goût pour quelque envie que ce soit de ce monde. Aussi, seulement de tels Sages sont à même de pouvoir réparer le monde, et ramener vers le bien tous ceux disposés à s’attacher à eux. Car chaque homme devrait tendre à atteindre la séparation amenant à la véritable sainteté. 

Il s’agit de son ultime finalité. Mais, ce n’est pas donné à chaque personne. Peu nombreux sont ceux qui parviennent à saisir cette vérité pleinement. C’est pourquoi l’essentiel de la réparation pour la plupart des personnes consiste à se rapprocher vers de véritables Sages, ou vers leurs élèves. Parce que le Sage véritable possède la force nécessaire pour améliorer et soigner chacun dans ce monde. Peu importe la gravité des blessures dans son Nefesh. Le Sage sait expliquer et clarifier la Torah dans toutes ses voies, pour que chacun puisse recevoir les soins de toutes sortes de maladies de l’âme ou du corps.

Comment savoir où trouver de tels Sages? Comment est-il possible d’avoir confiance en eux, et se rapprocher effectivement d’eux? Le conseil face à cette interrogation réside dans le vœu. En formulant un vœu et en l’accomplissant immédiatement. Ainsi, en créant une distance entre soi-même et quelques envies, on parvient à se rapprocher vers Hachem. Par exemple, le vœu de donner de la charité représente une séparation. Parce qu’avec son argent il aurait pu s’acheter un bien et jouir de lui. Mais il a brisé son envie en donnant de son argent pour la bienfaisance.

Grâce à cette action, il s’élève et se rattache vers les vrais Sages qui ont mérité d’atteindre véritablement une totale séparation. Alors, il acquiert une confiance en eux et il se rapproche d’eux. Car des cieux on constate qu’il s’est engagé lui-même dans leurs voies, et il a pris sur lui de suivre les chemins de la séparation. Cela correspond à se singulariser au moyen d’un vœu. Ainsi, on mérite une compréhension, grâce à laquelle on peut se distancer des vanités de ce monde. Nous sommes engagés dans la guerre. Une grande force est exigée pour mener à bien les combats. 

Il convient d’exprimer ses prières et ses demandes en vue de dominer la puissance de l’ennemi, et reconquérir les terrains qu’elle a déjà conquis. Lors de la Sortie d’Égypte, grâce à la force de Moshe et de Aharon, Pharaon et les Égyptiens ont été contraints de laisser partir les enfants d’Israël, ils les ont expulsés de l’Égypte. Malgré tout, immédiatement après, ils se sont repris et ils se sont engagés à notre poursuite. 

Il en va ainsi de la conduite de nos ennemis. Même si l’on parvient à les dominer, à chaque fois ils se réveillent et reviennent contre nous. C’est une évidence, il est impossible de les dominer et de les annihiler. D’où l’importance vitale de bien saisir ce concept de la pérennité de ces forces hostiles: elles constituent une nécessité pour le monde! Car il en va ainsi de la conduite du monde depuis son origine. Certains ne parviennent pas à accepter cette réalité. Ils veulent, devant les difficultés, retourner en Égypte et son esclavage. Ils veulent revenir en arrière et rejeter leurs acquis. Ils sont disposés à se rendre à leurs ennemis. Ils abandonnent et permettent au venin du serpent de les dominer. Ils ne se montrent pas disposés à affronter les difficultés, à surmonter les obstacles présents dans la vie.

Il importe donc de bien savoir, Pharaon, Amalek ou tous leurs adeptes jusqu’à aujourd’hui, seront toujours à notre poursuite dans ce monde, physiquement ou mentalement. Seulement en apprenant à utiliser à bon escient la force de notre parole il est possible de leur échapper. Il n’y a aucune honte à apprendre, à rechercher, à interroger, à demander. La parole suit toujours l’homme, pour le bien ou le mal, partout où il va. Même dans les endroits les plus éloignés. S’il le veut, elle lui rappelle constamment qu’il peut se relier avec Hachem. C’est une arme formidable pour celui qui recherche la vérité, et s’il ne veut pas perdre son monde. D’où la nécessité de protéger, comme il se doit, sa parole. 

Et ne prononcer aucune mauvaise parole, et plus particulièrement de médisance. Car parler sur son prochain, c’est le juger. Il faut être très attentif à cela. Et bien s’examiner soi-même, s’il est convenable de juger son prochain. Parce que le jugement appartient à l’Éternel. Comme l’ont dit nos Sages : ne juge pas ton prochain, tant que tu n’as pas atteint sa place. Et qui peut prétendre savoir et parvenir à la place de son prochain, seulement Hachem. En suivant les conseils et indications de nos Sages, en recherchant notre attachement auprès d’eux, le seul véritable lieu de refuge pour nous: la Torah, la Tefilah, les demandes, les supplications, les louanges, les chants, les remerciements pour toutes les bontés dont Il nous a gratifiés jusqu’à ce jour. Accepter le monde tel qu’il est sans opposer de vaines résistances, sans se plaindre.

Sources: Elhanan Lepek

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