Parachat Noah'
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A Pessah, tu t'ennuies toi ? Pas moi!

Paracha Metzora

Pessah' est la fête de la liberté. Ça doit donc être joyeux, puisqu'enfin nous retrouvons notre pleine liberté. Cette liberté peut être soit de ne pas en jouir en restant à la merci de ses habitudes ou, au contraire, d'en jouir pleinement chacun à sa façon. Pour les uns, le non-faire prédominera ; pour les autres le faire absolu prendra le pas.

Que l'on choisisse la première ou la seconde proposition, c'est la joie qui devra prédominer. En effet, on fête ce moment que l'on attend tous dans notre existence, mais que l'on atteint rarement. Être joyeux peut signifier se réjouir d'un événement heureux, ou bien profiter d'un événement heureux pour être joyeux.

A Pessah' trop souvent on est serein, un peu guindé, mais pas débordant de satisfaction. Bien évidemment, cette façon de voir ne concerne pas les initiés en matière de judaïsme. Mais ces initiés sont aujourd'hui tellement peu nombreux que, pour une fois, je préfère m'adresser aux autres, à ceux qui aiment la fête, qui aiment la famille, qui aiment les réunions familiales, amicales... Ceux-là aussi doivent trouver leur bonheur, il le faut.

Sans eux, une bonne partie du monde juif risque de s'évanouir pour ne laisser place, d'une part, qu'aux juifs très pratiquants et, d'autre part, à ceux qui auront tout renié pour jouir d'une liberté totalement contraire à celle que revendique la Torah.

Avant d'aller plus avant dans la résolution de ce genre de comportement, voyons un peu pourquoi nous fêtons Pessah'.
Pessah', ce n'est pas seulement une histoire ancienne qui n'a plus de sens, ou qui serait dépassée. Ce n'est pas non plus une légende ou un récit quelconque que l'on rapporte bon an mal an.

Ce récit, puisqu'il faut l'appeler ainsi, représente le fondement essentiel de la formation du peuple juif. Je me demande si nous aurions pu endurer tout le dur labeur de nos ancêtres pour obtenir cette liberté. Déjà, leur seule nourriture était la matsah, appelée communément pain azyme.

Du reste, même ceux qui ne pratiquent pas notre loi pour n'en être pas concerné, aiment manger ce pain azyme. Mais en Égypte, cette matsah avait pour objet de nourrir facilement les hébreux et à bon compte.

Vous voyez que la matsah ne date pas seulement de la « sortie d’Égypte » qui avait été faite avec précipitation. La matsah rassasie assez facilement et ne coûte pas très cher. Pour les responsables égyptiens, c'était donc tout à fait indiqué. Là, nous parlons de la matsah absorbée dans la douleur.

Mais il y a celle aussi consommée avec joie ; celle de nos ancêtres qui étaient sortis précipitamment d’Égypte, enfin libres. Aussi, pourrions-nous ne nous souvenir que de l'une des deux situations où l'on consommait cette matsah.

La deuxième est donc infiniment plus heureuse. C'est celle-là qui doit nous rendre heureux à Pessah'.

Toutefois, on doit marquer la différence avec les fêtes autour de nous, souvent célébrés dans la beuverie. Nous, nous buvons aussi : quatre coupes de vin, effectivement, mais c'est pour exprimer notre satisfaction, notre joie de ne plus être asservis par des oppresseurs.

Mais, ne nous oppressons pas nous-mêmes en mettant de côté la vie de nos ancêtres qui nous permet aujourd'hui de vivre sans contrainte extérieure. Le plus souvent, l'homme libre se définit par son pouvoir de choisir même ce qui est contraire à la volonté divine.

En fait, D ieu nous délivre et, pour seule reconnaissance envers le Créateur, nous lui désobéissons. Nous préférons une pratique très allégée, sans devoirs, sans contrainte, sans exprimer à D ieu le moindre merci de nous avoir sortis des mains d'un dictateur qui n'attendait de nous que de pouvoir satisfaire ses volontés.

Au fond, quand on est contraint et forcé, on obéit. Mais dès qu'on peut choisir d'obéir au Maître suprême, on préfère Lui désobéir. Alors, effectivement, on attend impatiemment la fin du récit débité le plus vite possible pour enfin jouir de ces bons repas festifs.

Ne vous est-il jamais arrivé de faire la fête après d'énormes efforts fournis. La fête prend alors tout son sens. On peut être véritablement heureux, un peu comme l'étudiant qui, toute l'année, n'a cessé de s'investir dans ses études pour se reposer au terme de tant d'efforts.

Alors, oui, il faut se réjouir, mais doit-on pour autant oublier pourquoi nous nous réjouissons ? Ne pas s'en souvenir, c'est aussi oublier toute la souffrance de nos ancêtres pour nous permettre, à nous, d'être libres.

Il est vrai qu'à l'occasion de Pessah' la maîtresse de maison choisit la plus belle nappe blanche, garnit un beau plateau destiné à la fête, sachant que chacun des éléments a pour objet de nous rappeler les événements passés. Pour ne faire que la fête, il suffirait de retirer la nappe blanche et ce plateau rempli d'éléments révélateurs.

En revanche, on peut aussi laisser cette belle nappe qui attire les regards des enfants, des invités, se demandant également : mais, que sont tous ces aliments dans ce plateau, que signifient-ils ? Va-t-on les laisser dans leurs interrogations, alors que ces aliments choisis ont pour objet de nous intriguer.

C'est grâce aux réponses que nous serons capables de fournir que les enfants écarquilleront leurs yeux, que les adultes seront béats devant ces réponses finement réfléchies.

Aussi, chaleur humaine, amour, famille sont indispensables. C'est par ces biais que l'on aura plaisir à échanger, pourquoi pas à faire quelques plaisanteries de bon goût ? Bien évidemment, manger convenablement. Mais, devons-nous, pour satisfaire notre corps et nos envies, oublier l'essentiel, le pourquoi nous nous sommes réunis ?

Imaginez un mariage, une bar Mitsvah, un anniversaire. Pourrait-on s'agglutiner autour des plats en méprisant, si l'on peut dire, les mariés, le bar mitsvah ou autre, tout cela uniquement pour passer à table ? Vous me direz : « ben, non, évidemment ! » bien que le « évidemment » sera dit du bout des lèvres. En effet, nous réjouissons-nous véritablement pour les mariés ou pour le bar mitsvah, etc.. ?

Ne venons-nous pas le plus souvent pour chanter, danser et bien manger ? Mais, dans ces derniers cas, il ne serait pas possible de ne pas mettre les mariés ou le bar mitsvah à l'honneur.

Mais quand il s'agit de D ieu qui nous permet de célébrer cette fête de la liberté, on est parfois prêt à totalement oublier l'Invité d'honneur : D ieu. On sait qu'il y a bien longtemps, Il a permis à nos ancêtres de sortir d’Égypte. Mais, ça fait très longtemps ! Alors on se dira : c'est la fête ou c'est pas la fête ? D ieu n'a rien à voir dans cette affaire, ou si peu !!

Cette fête est si importante que, tout au long de l'année, si un malheureux petit mélange s'est fait dans la nourriture, tout à fait accidentellement et non voulu délibérément, en pourcentage de un soixantième, la plupart des fois, le mets restera consommable en ôtant toutefois ce pourcentage de un soixantième que l'on jettera.

En revanche, à Pessah', cette tolérance n'est plus acceptable. On pourrait dire que c'est la tolérance zéro qui l'emporte. C'est pour cette raison qu'on ne peut presque rien acheter dans les grandes surfaces, exceptés l'eau et les fruits et légumes, et encore pas toutes les eaux.

Pour vraiment vivre cette liberté, il nous faut pendant un temps oublier notre liberté acquise pour se souvenir de l'état dans lequel étaient nos ancêtres. C'est pourquoi nous avons : les herbes amères qui, parfois sont délicieuses ; le H'arrosset qui rappelle le mortier mais qui a ce goût succulent. Nous avons des contraires : on se rappelle de l'herbe amère, mais on aime ce goût... sans aimer pour autant l'amertume. On aime ce H'arrosset, si suave, mais on ne veut pas reproduire la vie passée de nos ancêtres dans le mortier.

Finalement, le souvenir premier de nos ancêtres nous conduit nécessairement vers le souvenir qu'auront nos enfants de la maison nettoyée de fond en comble, de cette belle table recouverte d'une si belle nappe, de ces aliments tout à fait spéciaux que l'on attend d'année en année, de ces explications qu'on aura su mettre à la portée des enfants dont ils se souviendront toujours.

C'est ça Pessah'. Il arrive qu'un enfant, tout à fait innocemment, boive en cachette du papa le grand verre de vin et tout enivré, il rit, il saute, il est un peu comme nous le sommes en de rares cas, par exemple à Pourim, en cas de beuverie.

On peut donc dire que, lors de cette fête, on tire leçon du passé. On se souvient du piège dans lequel étaient tombés nos ancêtres lorsque, voulant rendre service à Pharaon, ils se sont mis de tout leur être dans le travail, donnant le meilleur d'eux-mêmes.

Et c'est ensuite que, par traîtrise, le Pharaon leur avait alors imposé ce même rendement, sans pour autant apporter son concours comme au début. Tout Pessah' c'est ça. Savoir que l'ennemi n'attend que nos moments de faiblesse pour abuser de nous. En nous remémorant tout ça, on se prémunit contre tous ces types d'abus.

Et si D ieu nous a fait sortir d’Égypte, c'est pour ne plus être l'esclave des hommes, mais au service de D ieu qui n’œuvre que pour notre bien tout le temps et partout. Vous voyez, tout cela fait que je ne m'ennuie pas à Pessah'.

Je me rappelle du passé duquel j'essaie de tirer des leçons d'année en année, au travers de la Hagadah qui est ce livre rempli d'informations sur les manières de faire de Pharaon. Comme certains disent : « trop, c'est trop ». Mais je ne manque pas non plus de me délecter avec les bons mets spécifiques à la fête de Pessah'.

Pensez-vous maintenant que vous allez encore vous ennuyer lors des deux sédarim des deux soirées de fête et des deux jours pleins de fête, en essayant au mieux de comprendre ce que vous n'avez encore jamais essayé de faire ou en allant à la synagogue le matin chanter ces beaux chants de fête et en prenant à chacun de tous ces repas des mets, toujours bien apprêtés, bien présentés, dans la joie, dans la chaleur humaine, dans l'amour, dans de bonnes plaisanteries saines et dans la prière. Essayez cette année de le faire et vous verrez que vous ne pourrez plus vous en passer.

Pessah' cacher vé saméah à toutes et à tous.


RAV BITAN
www.rabbinbitan.fr
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Spécialiste dans la préparation à la conversion.
Agréé par le Consistoire
Rabbin psychologue.

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