Parachat Noah'
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L'amour gratuit du prochain

Paracha Matot


Avec zèle et joie

Fin de parachat Balak : une terrible épidémie décime les Bné Israël suite à leur débauche avec les filles de Moav et de Midyan. 

Début de parachat Matot : D.ieu enjoint Moché de sortir en guerre contre Midyan afin de venger l’honneur du peuple juif. 

Et de poursuivre qu’une fois cette guerre achevée, Moché rendra son âme : « L'Éternel parla ainsi à Moïse: "Exerce sur les Madianites la vengeance due aux enfants d'Israël, après quoi tu seras réuni à tes pères." » (Bamidbar, 31 : 1-2). 

Averti que sa mort dépend désormais de la guerre qu’il mènera contre Midyan, on aurait pu s’attendre à voir un Moché peu pressé à en découdre avec l’ennemi.

Et pourtant, le verset suivant montre que le leader du peuple juif s’empressa de rassembler les hommes en vue du combat : « Et Moïse parla ainsi au peuple: "Qu'un certain nombre d'entre vous s'apprêtent à combattre; ils marcheront contre Madian, pour exercer sur lui la vindicte de l'Éternel.

 Mille par tribu, mille pour chacune des tribus d'Israël, seront désignés par vous pour cette expédition." » (Bamidbar, 31 : 1-2). Rachi souligne que Moché s’empressa de réaliser l’injonction divine avec joie, bien que sa mort en dépendait. 

A l’inverse lorsque les Bné Israël en âge de combattre se sont présentés, le verset emploie l’expression « ויימסרו » - « ils ont été enrôlés » (au passif), une façon de dire que les Bné Israël n’avaient aucune envie de sortir en guerre et qu’ils se sont enrôlés contre leur gré. 

Non pas que les Hébreux avaient peur de mourir au front, mais bien parce qu’ils savaient que Moché allait les quitter au terme de la guerre. Selon Rachi, la réaction des Bné Israël vient faire l’éloge de Moché Rabbénou et montre combien ce dernier était cher aux yeux du peuple. 

Bien que les Bné Israël aient souvent malmené leur chef, (Rachi précise même qu’ils projetèrent un jour de le lapider !), lorsqu’ils réalisèrent que sa fin était proche, ils commencèrent à l’apprécier et à le vénérer.

Il faut être honorable pour être honoré
Le Ktav Sofer s’étonne néanmoins du commentaire de Rachi. Comment comprendre qu’à la veille de sa mort, les Hébreux éprouvent soudain un élan d’amour et d’estime pour leur leader alors que pendant 40 ans ils le maltraitèrent et se montrèrent ingrats ? 

D’après le Ramban, nombre de Bné Israël pensaient à tort que Moché était animé d’intérêts personnels lorsqu’il agissait. Ses actes pouvaient s’avérer justes et corrects, mais ses intentions étaient certainement intéressées. 

Le jour où Moché Rabbénou s’empressa d’accomplir un ordre divin qui le menait inéluctablement à sa mort, tous comprirent que leur chef avait toujours agi de façon désintéressée. Le Ktav Sofer renchérit l’idée du Ramban.

En effet, si Moché souhaitait sortir en guerre contre Midyan pour en retirer une gloire personnelle, le jeu n’en valait pas la chandelle puisqu’il était condamné à mourir dès son retour du combat. On peut donc en déduire que Moché était motivé par des intentions pures à chaque fois qu’il agissait. 

Ainsi, Rachi ne vient pas nous enseignait combien les Bné Israël honorèrent Moché (quand bien même ils saisirent son charisme spirituel), mais plutôt combien Moché fut tout au long de sa vie un homme honorable.

Dévoué corps et âme
Lorsqu’on accomplit un acte de bonté envers une personne, on attend souvent un petit retour ou du moins une réaction positive de sa part. Si au contraire l’individu ne fait montre d’aucune reconnaissance à notre égard et qu’il nous rend un mal pour un bien, on sera certainement peiné et on se résoudra à ne plus s’intéresser à lui. 

Durant 40 longues années, Moché Rabbénou s’investit corps et âme pour la cause du peuple juif. Il les libéra du joug égyptien, les guida dans le désert, les défendit devant D.ieu lorsqu’ils furent en faute, bref il consacra sa vie pour eux. 

Cependant, les Bné Israël ne firent pas souvent preuve de reconnaissance envers leur chef, au contraire ils le maltraitèrent à plusieurs reprises. Moché endossa donc un rôle bien ingrat tout au long de sa vie et pourtant il ne cessa jamais de se dévouer pour le peuple de D.ieu.

C'est là le deuxième éloge qu'on peut lire entre les lignes de Rachi : non seulement, Moché agit toujours de façon désintéressée, mais il n'eut de cesse de se dévouer corps et âme aux Bné Israël sans attendre un seul retour de leur part.

« Moché mon serviteur »
Le comportement de Moché Rabbénou nous laisse cependant perplexes. Comment le chef des Hébreux a-t-il réussi à s'investir autant pour le peuple juif, alors qu'un homme normalement constitué aurait jeté l'éponge depuis longtemps ? En outre, comment Moché a-t-il pu accomplir le dernier ordre divin avec joie, alors que celui-ci scellait sa condamnation à mort ?

Lorsque Moché Rabbénou quitta effectivement ce monde, D.ieu déclara : « משה עבדי מת » - « Moïse mon serviteur est mort ». Seul un véritable serviteur parvient à faire abstraction de son égo pour se tourner vers autrui et vers D.ieu. 

Moché avait certes reçu la mission de diriger tout un peuple, mais il n'en restait pas moins « le plus humble des hommes » et parvenait à mettre sa propre personne de côté afin de se dévouer aux autres et à D.ieu. 

Malgré l'attitude parfois insupportable du peuple juif, Moché n'en prit jamais ombrage personnellement et continua à diriger, guider, aider et défendre les Bné Israël. Pourquoi ? Parce qu'ils étaient les enfants de D.ieu et qu'à ce titre ils méritaient toute son attention. 

De même, Moché ne se formalisa pas à l'annonce de sa mort car sa vie était vouée à la cause divine. Moché vit dans le dernier ordre de D.ieu un nouveau défi pour satisfaire la volonté de Son créateur, il l'accomplit donc avec joie.

L'amour gratuit – le tikoun des temps modernes
La période des Ben Hamétsarim que nous traversons actuellement vient commémorer la destruction des deux Temples. Or nous savons que le Second Temple de Jérusalem a été détruit à cause de la haine gratuite qui régnait au sein du peuple juif.

Aujourd'hui et particulièrement durant les jours qui séparent le 17 Tamouz du 9 Av, nous devons nous efforcer de développer la אהבת חינם - l'amour gratuit envers notre prochain. Le Troisième Temple ne pourra être reconstruit que sur les bases d'un amour gratuit et désintéressé entre les hommes. 

Bien souvent, on s'évertue à chercher une raison pour aider l'autre, on pèse le pour et le contre de la rentabilité avant de rendre service à quelqu'un. Et pourtant on peut changer la journée d'une personne en lui donnant simplement un peu de temps, un peu de considération, un peu de joie.

Pas besoin de déployer des efforts surhumains, un simple sourire, un compliment ou un mot gentil suffit. A l'exemple de Moché Rabbénou, prenons l'habitude d'aimer l'autre gratuitement sans attendre un quelconque retour de sa part. Pourquoi ? Parce qu'il est l'enfant de D.ieu, parce qu'il est notre frère.

Rav Cohen Arazi שליט''א

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