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Confrontation avec le libre arbitre

Paracha Le'h Le'ha

L’origine du Nefech/l’âme de chaque Juif se situe à des niveaux spirituels extrêmement élevés. Elle est transférée et implantée dans ce monde terrestre et matériel pour être confrontée au libre arbitre. Précisément grâce à cela elle pourra retourner vers sa source première avec une plénitude supplémentaire. Raison pour laquelle chaque homme ici-bas, du plus grand au plus petit, doit obligatoirement affronter toutes sortes de difficultés et d’obstacles. Ce sont toutes les épreuves sans fin conduisant soit à des élévations ou au contraire à des régressions. Aussi, il est indispensable d’avoir conscience que toute l’Intention de Hachem est toujours pour notre bien. 


Toute Son Intention a pour but qu’ainsi l’homme parvienne à s’élever depuis tous les endroits où il aurait pu descendre. Que l’homme les éclaire et procède à une clarification, jusqu’à ce qu’il retourne à l’endroit de son repos, vers la source de sa Nechamah/l’âme supérieure. Dans ce combat de la vie, il importe de parvenir à une maîtrise dans les lois de la progression ou de la régression, de l’élévation ou de la chute. Cela consiste principalement à acquérir la connaissance que même dans le Sheol/le tréfonds, également là-bas Il se trouve. Il n’existe pas d’endroits où Il puisse être absent. Lorsqu’on mérite de supporter et de surmonter les épreuves, les déceptions, les chutes, etc., cela correspond à détruire et à vaincre dans la guerre nous opposant au principe d’Amalek, les aspects les plus bas, les plus abjectes.

C’est cela que Hachem dit à notre Père Avraham: «va pour toi» (Ber. 12,1). Il s’agit d’une allusion adressée à chaque personne dans ce monde: va pour toi. C’est la mise en garde énoncée pour chaque homme d’aller vers soi, vers son essence propre, ce qui s’appelle son «moi». Cela signifie aller seulement vers sa Nechamah. Car l’essentiel de l’être humain réside dans la sainte Nechamah en lui. Lorsqu’on appelle une personne, lorsqu’on s’adresse à quelqu’un, on recherche ce qui constitue fondamentalement sa personne, ce qu’est sa Nechamah. Car le corps de chair et de sang représente seulement son apparence extérieure, sa partie visible. 

Et cette notion de Nechamah d’Israël commence historiquement avec notre Père Avraham. Sa descendance se réclame et s’attache à la vérité qu’il a dévoilée et dont il était le porteur. Cette nécessité d’aller vers l’essence de la vérité enracinée au fond de soi, elle seule représente le «moi» quand l’homme s’adresse à lui-même. Aussi, lorsqu’on s’adresse à lui en disant «tu» ou «toi», c’est vers ce point intérieur auquel on est censé s’adresser. Et la progression demandée ici concerne la racine de sa Nechamah. Tous les chemins à emprunter, représentés pour toutes les épreuves et toutes les difficultés rencontrées dans ce monde, doivent conduire et mener effectivement vers l’essence même de la personne. Il faut donc constamment rechercher la véritable vérité pour ne pas se tromper soi-même.

Et «de ton pays» (ibid.), se rapporte à l’aspect matériel et terrestre de son environnement. Là où il est descendu et là où il se trouve. D’où il semble difficile de s’extirper en raison de la pesanteur et des attractions physiques. Malgré tout, tu dois fournir tous les efforts nécessaires, précisément depuis tout ce qui est symbolisé par ton pays et aller pour toi, pour ta Nechamah, etc. Également «de ton lieu natal» (ibid.), représente tous les liens venant de ta naissance, du milieu qui t’a formé, là où tu es né, où tu as été élevé et éduqué. Ce sont toutes les conventions sociales, les différentes formes de politesse. Il existe une notion connue: l’écorce précède le fruit. Car tout cela constitue également de grandes obstructions. Comme le dit le roi David «j’ai été enfanté dans l’iniquité» (Ps. 51,7). Nous nous trouvons dans l’obligation d’abandonner tout cela. De quitter la demeure paternelle, familiale, le voisinage, les proches parmi lesquels nous avons grandi. Car de tout cela découlent toutes sortes de différents empêchements, pour pouvoir nous consacrer, autant que possible, à tout ce qui a trait au service divin. Parfois, des aspects matériels, d’autres fois leurs idées ou leurs conceptions, s’avèrent contraires à la vérité recherchée. De tout cela, il est nécessaire de se séparer pour parvenir à progresser. Tu dois être convaincu et être confiant que le Saint, béni soit-Il, ne vient pas avec des reproches face à Ses Créatures (Avoda Zara 3). 

Chacun possède toutes les capacités nécessaires pour abandonner ce qui peut représenter un obstacle à la réussite de sa progression. Parce que jamais ne sont envoyés à l’homme des obstacles qu’il ne peut pas surmonter. Et «va vers le pays que Je t’indiquerai» (ibid.). Il s’agit du pays d’Israël. Il représente la sainteté. Car là-bas se trouve le Sanctuaire, la source de toutes les Nechamot. C’est aller vers sa génialité, s’ouvrir à l’infini. Voilà la raison pour laquelle Il a éveillé son intention et Il l’a encouragé à aller pour Sa Nechamah. Rachi nous explique: «Il ne lui a pas immédiatement dévoilé de quel pays il s’agit, pour le rendre encore plus précieux à ses yeux, et lui faire bénéficier d’une gratification pour chaque parole ou mouvement en vue d’atteindre ce but». Il s’agit de l’essentiel de l’épreuve d’un homme, lorsqu’il ne sait pas immédiatement, au moment où il est éprouvé, quel mérite il retirera s’il réussit à surmonter ses doutes, ses angoisses, ses tentations. Il est évident, si chaque personne voyait dans ce monde ce qui l’attend lorsqu’il parvient à briser ses instincts, ses envies, assurément cela ne représenterait pas du tout pour lui une épreuve ou une difficulté. Car qui serait tellement stupide et idiot de rejeter des délices éternelles, de telles lumières, pour de telles inepties d’un très court instant!

Et Avram alla selon les indications transmises par Hachem. Lot, son neveu, alla également avec lui. Avram se conduisit conformément à la parole divine, pour attirer la racine de sa Nechamah vers le pays d’Israël. Malgré cela, Lot, qui représente le «mauvais instinct», alla partout et tout le temps avec lui. Lot ne voulait pas le quitter. Tout cela pour nous montrer l’épreuve à surmonter et la force du libre arbitre à laquelle nous sommes soumis. Car parfois les forces de nuisance attachées à l’homme peuvent se révéler aussi fortes que le «mauvais instinct». Aussi, celui qui désire vraiment la vérité doit constamment s’attirer vers l’essence de ce qui le constitue effectivement. Celui qui réfléchit comme il convient doit considérer et agir en fonction de sa personnalité. Il ne doit pas regarder ou prendre en considération ce qui concerne l’autre. Il devient possible de clarifier les étincelles de sainteté extrêmement élevées se trouvant dans les plus profondes écorces. Précisément ainsi Avram parvint à distinguer même en Lot la Nechamah du Mashiah.

Alors «il y eut une famine dans le pays, et Avram descendit vers l’Égypte» (Ber. 12,10). Nos Sages ZL et Rachi l’expliquent, cela représenta une très impressionnante épreuve. Il avait auparavant été mis en garde de monter vers le pays d’Israël. Maintenant, il se voit contraint de le quitter. Cela correspond à ce qui a été souligné plus haut, l’absolue nécessité d’acquérir une expertise aussi bien lors d’une élévation ou d’une régression. Et ne pas en arriver à perdre son esprit à cause de cela. Donc, à plus forte raison, ne pas en venir à s’interroger sur la conduite de Hachem. Il faut seulement avoir confiance dans la justesse de Hachem, que ses Décrets sont droits, et toute son Intention est toujours pour le bien. Lorsque Avram est arrivé dans le pays d’Israël, précisément là-bas à ce moment sévit une famine. Au point où il a été obligé d’abandonner le pays, et de se rendre en Égypte. 

Cela correspond à la régression mentionnée. Malgré tout, il s’est soumis, sans se révolter contre Hachem. Ainsi, il a surmonté cette épreuve, jusqu’à mériter de monter depuis là-bas avec de grandes richesses. Elles correspondent à toutes les étincelles de sainteté qu’il est parvenu à éclairer là-bas. Cela se passe ainsi également avec chaque personne. Toutes les chutes ou toutes les élévations de l’homme se trouvent résumées dans ces versets «Avram descendit en Égypte» (Ber. 12,10), et «Avram remonta d’Égypte» (Ber. 13,1). «Il repassa par ses pérégrinations jusqu’à l’endroit où avait été sa tente au début» (Ber. 13,3). Il s’agit de «l’Autel qu’il avait érigé précédemment. Depuis là-bas, il invoqua le Nom de Hachem» (Ber. 13,4). Rachi nous explique qu’également «maintenant» il invoqua le Nom de Hachem. Cela correspond au renforcement malgré toutes les chutes, jusqu’à revenir vers sa première place et de toujours invoquer le Nom de Hachem, comme au début. Car il n’est pas tombé de son niveau à cause de tout ce qu’il a dû subir. À chaque fois, il revient vers son véritable cheminement pour appeler vers Hachem.

Il a été confronté à la famine, fait allusion à ce que chaque individu doit affronter. La plupart de nos sorties vers des lieux publics représentent une descente risquée. C’est se confronter avec des éléments étrangers, en général à la recherche du revenu, l’idée de «il y eut une famine dans le pays» (ibid.). À cause de cela Avram a estimé être contraint de descendre en Égypte. Ce sont tous les engagements à assumer dans le négoce, et tous les dangers de l’envie d’argent. Tout cela peut conduire aux différentes formes d’idolâtrie. Cela est représenté et se trouve dans la notion d’Égypte. Même pour une personnalité comme Avraham, qui symbolise le Juif, et qui était expert dans les situations de progression ou de régression, cela constitua une épreuve. Également à l’intérieur de tout ce qui est représenté par l’Égypte, lors de toutes les tentations, de toutes les vicissitudes de la vie, il réussit à ne pas se laisser piéger. Il se renforce pour ne pas être happé ou trop s’investir, au point d’en arriver à oublier Hachem, et sa destinée dans ce monde. Alors précisément là-bas, il capte de nombreuses étincelles de sainteté. Et avec elles, il s’élève et monte depuis là-bas. Cela correspond à «Avram remonta d’Égypte» (ibid.).

Dorénavant, nous n’avons qu’à suivre son exemple, et celui de tous ceux qui après lui se sont engagés sur ses voies. Rien, comme ils nous ont donné l’exemple, ne peut s’opposer à notre décision et notre volonté de nous élever et de nous rapprocher des idéaux de nos Pères.

Source:
Kupath Rabbi Meir Baal Haness​
Elhanan