Parachat Noah'
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L’essentiel du désir est provoqué par l’empêchement de le réaliser

Paracha Kora'h


Pourquoi, la veille du jour de Kipour, avons-nous l’obligation de manger? Parce que l’essentiel du désir est provoqué par l’empêchement de le réaliser. D’autant plus nous sommes empêchés d’atteindre ce que nous désirons, ainsi grandit l’envie de l’obtenir. Cet empêchement a pour fonction essentielle de mettre en valeur ce que nous désirons. Donc, les deux, le désir et l’empêchement, sont nécessaires. Mais il convient de recevoir cela avec mesure. Si l’on reçoit trop d’un coup, cela provoque la totale disparition de cette aspiration. Selon le principe, l’excédent d’huile conduit à l’extinction de la flamme. Il est impossible de recevoir dans un éclat éblouissant la lumière. Il s’ensuivrait, pour celui qui veut réparer, des dommages. C’est-à-dire, lorsqu’on veut réaliser concrètement un potentiel, attirer une sainteté existante ici-bas, un dépassement des limites, en exagérant, en se précipitant, on provoquera des dégâts.

Nous sommes confrontés à des empêchements pour ne pas recevoir trop brusquement, sans évolution progressive. Cela correspond à la notion: on vient en aide à celui qui veut se purifier, et on lui dit de patienter! Cela augmente son désir. Alors il languit et veut encore plus. L’intensité de son désir devient proportionnée aux empêchements pour l’acquérir.

Grâce aux obstacles et aux difficultés se forme le récipient pour recevoir en lui par étapes la lumière. C’est-à-dire, par la suite, il recevra ce qu’il désirait avec beaucoup de satisfaction, en fonction des empêchements. Car il aura brisé ces obstacles, et il aura mérité de recevoir ce qu’il espérait tellement dans un récipient adapté.

Toutes les souffrances, toutes les difficultés rencontrées en commençant à se rapprocher vers Hachem, tout forme un récipient pour recevoir ensuite à l’intérieur la sainteté d’Israël. Par conséquent, ces empêchements représentent un grand bien! Ceux-ci sont favorables à l’homme, pour qu’il se réalise, pour recevoir la lumière selon un récipient adapté. Car en ce saint jour, nous devons beaucoup désirer atteindre une élévation. Mais, pour recevoir graduellement cette lumière à l’intérieur d’un récipient, cela doit s’effectuer par un mouvement mesuré d’avancement et de retrait. Raison pour laquelle il nous est ordonné de manger la veille du jour de Kipour. Cette consommation, à ce moment-là, correspond à l’empêchement par rapport à la sainteté du jeûne de Kipour. Car à l’approche de l’extrême sainteté de ce jour, des attentes et des désirs de sainteté, à l’évidence la plupart des individus dans Israël auraient d’eux-mêmes rajouté de la sainteté. Ils n’auraient pas eu alors envie de manger, de boire, etc. Mais Hachem a empêché cela. Il a précisément décrété de manger à ce moment. Comme une préparation au moyen de la patience. Alors, le jour de Kipour, nous pouvons recevoir cette grande lumière grâce à la force de nos désirs, et des empêchements surmontés.

À l’extrême opposé de manger se situe le jeûne. Comme l’opposition entre la vie et la mort. Grâce à la consommation, le Nefesh (l’âme physiologique) reste attaché au corps. Grâce aux aliments le Nefesh subsiste dans le corps. Ils sont unis ensemble, c’est l’essentiel de la vie. Lorsque le Nefesh se sépare du corps, c’est la mort. Ainsi, la première instruction donnée au premier Homme était-elle relative à sa nourriture. Notre obligation de consentir des efforts, pour nous assurer un revenu, est tout d’abord dans le but de subvenir à notre alimentation. Pourtant à la Création l’idéal voulait que le premier Homme soit nourri seulement par l’illumination de la Volonté provenant de l’océan de l’intelligence. Là se situe l’essentiel de la racine du revenu et de la subsistance dans la sainteté. La leçon de cette introduction se révèle indispensable pour ne pas tomber dans le piège de Korah.

Souvent se retrouvent dans l’histoire des individus très doués. Nos dernières générations ont encore connu ce genre de grands tribuns. Certains ont mené des révolutions, d’autres des guerres, par la force de leur bouche. Ils ont réussi à entraîner des foules, avec leur paranoïa, dans des changements extrêmement brusques et rapides, contraires à la nature humaine. Précisément en raison de leurs qualités particulières, ils vont devenir la proie du «mauvais penchant». Celui-ci renforce leur sentiment d’importance. Alors, ils ressentent un manque: l’honneur. Ce besoin va devenir le moteur de toutes leurs actions.

Korah représente un personnage impressionnant, très riche, charismatique, orateur doué et convaincant, avec une illustre ascendance, mais imbu de sa personne. Un personnage comme il en a toujours existé, à tous les niveaux de la société, et jusqu’à nos jours. Korah, en raison de l’image qu’il s’est faite de lui-même, considérera qu’il lui revient de dévoiler l’Honneur de Hachem dans le monde. La vision de sa prestigieuse descendance lui donne l’illusion de sa propre importance. Assurément l’Honneur doit être dévoilé de génération en génération. C’est la raison pour laquelle nous devons laisser après nous des enfants ou des élèves. Ils prouveront la validité de l’éducation donnée. Korah a considéré, si de lui descendent de saintes générations, de grands Justes comme le Prophète Samuel, il est évident qu’à lui reviennent les honneurs et la préséance. 

Car la racine de la Torah réside dans la sainteté de l’Honneur. Ainsi, nous lisons dans Samuel (I 2,30) justement à son sujet: «Car J'honore qui M'honore, et qui M'outrage...». Korah estime être assigné à dévoiler l’Honneur de Hachem. Il attend en retour d’être honoré, d’être reconnu par tous et posséder le pouvoir. Il a l’ambition de diriger le monde, de conduire Israël dans la voie de la sainteté, d’éclairer partout le saint savoir. Il met en doute l’origine divine de la mission de Moshe Rabenou. Il porte atteinte au caractère sacré de l’idéal dont Moshe Rabenou était le porte-parole. Il s’est élevé contre Moshe Rabenou et la Torah. La traduction du Targoum sur le premier verset de notre Paracha explique que «Korah s’est séparé». Il a provoqué une scission entre les notions d’étudiant et de Maître. Par démagogie, il a donné le sentiment à l’élève d’être au même niveau que le Maître. Il est devenu le précurseur de l’égalitarisme. Il a proclamé: «car toute l’assemblée est composée de saints». Il s’est basé, pour prétendre cela, que tous avaient entendu au Sinaï la Parole prononcer: «Je suis Hachem, ton Eloqim» (Chemoth 20,2). Comme si tous étaient égaux. En réalité tous étaient présents, toutes les Nechamot (âmes), même celles à venir, au moment du Don de la Torah. Mais il est évident, chacun ne possède pas le même niveau de compréhension ni les mêmes capacités de sa mise en application.

Korah, à cause de son orgueil, s’est glorifié de son intelligence. Grâce à ses dons intellectuels et ses raisonnements, il devint idéologue. Puis, grâce à son éloquence, il a voulu diffuser ses idées, il est donc devenu propagandiste. Tout cela pour cacher ses profondes motivations sous des présentations fallacieuses, pour s’affranchir des obligations et des commandements, pour se permettre d’assouvir les tendances de son cœur. Nous voyons, par exemple, de nombreux psy, à commencer par les fondateurs de cette discipline, comme à leur suite ses praticiens, se donner bonne conscience, sous le couvert de la science. Souvent en empruntant beaucoup de concepts au judaïsme, mais totalement détournés de leur intention première. Dans les générations précédentes, les jouissances recherchées étaient surtout spirituelles. Parce qu’il n’y avait pas ou peu de biens de consommation. 

Aujourd’hui, nous constatons le contraire, la recherche de jouissance immédiate. Korah a réussi à élever ses acolytes à un très haut niveau de recherche de jouissance. Ceux-ci n’ont par la suite plus eu la liberté de pensée, la liberté de se détacher de lui. En véritable démagogue, Korah a ainsi soulevé les masses par ses calomnies, en jetant des soupçons. Pour certains de nos commentateurs, cet épisode s’est déroulé après l’échec des explorateurs. L’annonce du grave décret prononcé contre cette génération a rendu le peuple désespéré. Korah profita de ces moments de souffrance, de malheur et de privations pour susciter la rébellion. Il a flatté leurs instincts et présenté des arguments fondés sur des exigences en apparences normales et justifiées.

Dans des périodes troublées, il devient plus facile pour des personnes ambitieuses de s’imposer. Korah se veut le défenseur des causes les plus populaires. Rien n’est plus évident, chacun a droit à l’égalité, à manifester pour la liberté d’expression. Tout à fait normalement, il convient de s’élever contre les tyrans, les dictateurs en tout genre. Rien ne doit s’opposer aux droits démocratiques. L’égalité mérite d’être revendiquée. Et celui qui l’exige doit être considéré comme le défenseur du bien public, du bien de tous.

Pourtant, la véritable satisfaction intérieure, l’apaisement et le bonheur s’obtiennent au moyen d’une lutte avec soi-même. La solution des problèmes auxquels l’homme est confronté, durant toute son existence, se situe dans son engagement. S’il est disposé à engager un vrai combat contre ce qui au fond de lui le dérange, l’empêche d’évoluer, d’affronter ses difficultés, ses instincts, ses illusions, ses rêves, etc.. Ainsi, se résolvent effectivement ses problèmes, pour être prêts à de nouveaux combats pour s’élever encore plus. Car ici-bas rien n’est vraiment définitif!

En conclusion, l’enseignement profond de l’obligation de manger la veille du jour de Kipour, pour augmenter le désir de sainteté, nous apprend à bien comprendre le sens réel des difficultés, des oppositions rencontrées à tout instant. Il a manqué à Korah précisément d’accepter ces notions. Aussi il nous incite constamment à nous détourner de notre finalité. À nous de bien comprendre cette leçon!

Source: Elhanan Lepek

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