Parachat Noah'
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Une guerre facultative

Paracha Ki Tetze


La Paracha de cette semaine commence «quand tu sortiras en guerre contre tes ennemis» (Dev. 21,10). Rachi précise, le texte parle ici d’une guerre facultative. Immédiatement la question se pose: pourquoi sortir et pour quelle guerre? Il y a au fond de l’homme une avidité insatiable. Nombreux sont ceux incapables de rester tranquillement chez eux, ils ne parviennent pas à assouvir leurs désirs, ils manifestent une insatisfaction. Leur convoitise innée les pousse à engager tous les combats. Quels sont donc ces véritables ennemis à affronter? Dans chaque personne, plus ou moins enfouies, se côtoient deux forces opposées. 

De bons aspects, mais également cette force que nous appelons le «penchant au mal», ou «mauvais instinct». Ces forces, inscrites dans le patrimoine génétique de chacun, sont indispensables à notre survie. Il est nécessaire de respirer, manger, boire, dormir, etc. Mais, «la maîtrise dans la crainte de l’Éternel» (Shmuel II 23,3) ne s’obtient pas sans consacrer pour cela beaucoup d’efforts. La Torah tout entière est composée de judicieux conseils et d’exemples édifiants pour parvenir à prendre sa vie dans ses mains. Alors, il n’est plus nécessaire de constamment sortir et combattre pour tout ce qui peut se présenter.


Rachi (21,11) nous explique ici que la Torah sait «tenir compte du penchant au mal» (Kidouchin 21:). Aussi, parfois, certaines conditions sont émises pour permettre ce qui originellement présente un interdit. Pour illustrer ce genre de situation, un exemple extrême nous est soumis. «Et si tu vois parmi les prisonniers une femme de belle apparence, elle te plaît, et tu veux la prendre pour épouse» (21,11). Il s’impose à nous d’essayer de comprendre quel message nous est adressé. En effet, la Torah est par définition intemporelle et universelle. Que peut donc signifier, pour nous aujourd'hui, cette situation où nous serions sensés engager une guerre, faire une prisonnière et vouloir l’épouser! Nous savons tous le grave interdit de se marier avec une femme étrangère. L’endogamie (mariage obligatoire dans le même groupe) confessionnelle représente un dogme de base dans le judaïsme. Comme très souvent dans la forme de ce genre d’enseignement, à nous de chercher à déchiffrer les codes, la sortie, la guerre, la prisonnière, qui nous sont présentement soumis. Et, qu’est-ce qui se cache derrière cet interdit ne répondant pas aux conduites habituelles dans ce type de guerre?

Les principales civilisations auxquelles nous sommes de nos jours confrontés tendent soit vers un nivellement par l’annulation de toutes les différences, de genre, de nationalités, d’origine, etc., au nom d’une égalité laïque absolue. Soit, à une soumission, non moins absolue, à des diktats religieux, conduisant à renier toutes spécificités, histoires, etc. autres que ceux proclamés. 

Ces deux typologies sont déjà parfaitement décrites dès le début de la Torah. Le judaïsme recherche, comme c’est très souvent le cas, une voie médiane. De là découlent toutes les oppositions et attaques venant de tous côtés, voulant sa destruction en tant qu’idéal et l’annihilation de ceux attachés à cette transmission de génération en génération. Dans le cas qui nous occupe, «la femme» porte en elle la continuation existentielle. D’autre part, «la femme étrangère» est le symbole des envies de toutes sortes. Les lois concernant le mariage sont l’une des caractéristiques de base de chaque civilisation. Le judaïsme établit le concept du mariage comme étant la recherche d’une unité originelle et spirituelle disparue à cause de l’intervention de forces perturbatrices. Au-delà des instincts purement physiques de copulation, le cadre du mariage a pour but de favoriser l’épanouissement tant des conjoints que de leur progéniture.

La femme de belle figure, mentionnée dans notre verset, symbolise ceux qui n’ont pas eu le mérite d’accepter et de recevoir la Torah. Elle représente la femme étrangère sous tous ses plus beaux attraits séduisants. Mais, elle est étrangère dans le sens où, pour nous, elle est incompatible pour réaliser les buts fixés à l’existence de chacun. De par leur nature, certains éléments ne peuvent se mélanger avec d’autres. Par exemple, l’eau ne se mélange pas avec l’huile, ou le feu avec l’eau. L’un parvient à détruire l’autre, l’eau éteint le feu, ou le feu consume l’eau. L’incompatibilité se retrouve dans les deux sens. De même au niveau des sentiments, la joie ne s’associe pas avec la tristesse, ou la satisfaction avec le gémissement. De chaque union, ou même de réunion, résulte des conséquences. «Avoir un fils débile est une affliction pour le père» (Prov. 17,21), «tous ses jours sont pénibles, son activité une source de chagrin» (Kohelet 2,23). 

Une vision d’un instant a le pouvoir de réveiller les instincts. Ils vont rendre aveugles. Désormais, il ne sera plus possible d’envisager raisonnablement les suites. Pour éviter de tomber dans un tel écueil, il est donné à chacun un simple conseil, applicable en tout temps. Avant tout engagement, toute appropriation, se départir de toute emprise émotionnelle. Créer une distance physique et temporelle qui permettra à sa raison d’exercer ses pleines capacités. «Elle se rasera la tête et se coupera les ongles» (21,12), tu ne seras plus attiré par son aspect physique extérieur. «Elle se dépouillera de son vêtement etc.» (21,13), ses atours ne pourront plus t’impressionner.

Chacun est appelé à fournir d’intenses efforts pour transformer sa partie matérielle en joie, et l’attirer vers la sainteté. Même pour ceux naturellement attachés à la sainteté, il est exigé des efforts pour mériter de dominer la tristesse et l’affliction, et les transformer en joie et satisfaction. Ainsi, les instincts d’union renferment un aspect physique, il est en définitive la triste expression de la satisfaction pulsionnelle d’un instant. Toute approche ou acquisition envisagées comme l’assouvissement d’une impulsion immédiate renferme tous les dangers. La suite des versets est à ce sujet des plus significatives. Rachi nous explique (21,11), le résultat de cette union mixte: «un jour viendra où il engendrera avec elle un fils indocile et libertin», en se basant sur le verset (21,18).

Tous les regroupements humains, sous la forme de peuple, véhiculent des caractéristiques particulières. Elles sont généralement antinomiques avec celles des autres peuples. Dans une certaine mesure, avec de bonnes volontés de part et d’autre, il est possible d’envisager un modus vivendi permettant une cohabitation. Elle doit être basée sur le respect mutuel des valeurs de l’autre. Cette reconnaissance va de pair avec le rejet de toute tentative de conversion forcée à ses propres idéaux, aussi valables peuvent ils être. Comme chacun estime être le dépositaire de la plénitude, celle-ci représente pour ce groupe la joie et la satisfaction. Alors que pour le groupe opposé elle est ressentie comme de la tristesse et du chagrin. Cela correspond pour toi «sa maison penche vers la mort» (Prov. 2,18). Parce qu’à première vue, il ne se trouve pas dans ta force la possibilité d’adoucir la rigueur des composants intimes de cet autre. D’où l’interdit d’envisager de former un couple avec lui.

Le transfert des valeurs d’un groupe vers l’autre s’avère quasiment impossible, et au niveau individuel extrêmement difficile. Si ce n’est lorsque se trouvent au plus profond d’une personne, par un de ses extraordinaires accidents de la nature, effectivement déjà renfermées ces valeurs. Elles n’étaient que revêtues sous des apparences étrangères. Et seulement en parvenant à briser ces écorces, certains parviennent à retrouver des étincelles de sainteté profondément enfouies. Désormais, ils manifestent un sincère désir de s’attacher désormais à la sainteté d’Israël. Ils recherchent sincèrement et vraiment la source d’eau pure de la Torah, avec ses obligations, mais aussi ses joies et satisfactions. Ils ressentent un réel lien et se considèrent descendre, au moins spirituellement, de nos Pères Avraham, Yitshak et Yaakov, avec tous leurs messages et traditions. Ils acceptent de prendre sur eux de se conformer à toutes les exigences transmises de tout temps par nos Sages ZL. 

Modifier n’importe quelle attitude, n’importe quel comportement, exige beaucoup d’acharnement. À bien plus forte raison lorsqu’il s’agit d’orienter tout son être dans une voie autre que celle dans laquelle on a été formé et éduqué, avec toutes les attaches sentimentales que cela comporte. «Elle pleurera son père et sa mère» (21,13). Avant d’envisager une nouvelle approche, il est nécessaire de prendre le deuil des anciennes dont on veut se débarrasser. Cela représente le début d’un long processus, la base pour s’engager et progresser plus avant. N’importe quel changement demande un certain temps d’adaptation. Dans notre verset, il est précisé que cela devra durer «un mois entier» (ibid.), dans le sens d’un cycle complet. Seulement au terme d’une période appropriée aux difficultés à surmonter «tu pourras t’approcher d’elle, et avoir commerce avec elle» (ibid.).

Atteindre le niveau de «fille d’Israël» c’est lorsqu’on intègre totalement le principe de la joie: «exulte et réjouis-toi fille de Sion! Car voici, J’arrive pour résider au milieu de toi, dit l’Éternel» (Zaharia 2,14). Car la racine des âmes d’Israël trouve sa source dans la joie. Cela ne peut s’acquérir seulement en rejetant les tendances négatives, la tristesse et l’affliction. Un supplément de sainteté s’avère nécessaire pour adoucir les rigueurs des jugements, pour qu’ils n’aient aucune emprise, pour qu’ils ne puissent pas se renforcer contre nous. Tout cela reste impossible tant que subsiste le principe de la «fille étrangère», la tristesse ou la plainte. D’où l’interdit d’épousailles tant qu’une telle transformation ne se réalise pas effectivement. Cela se résume dans la guerre contre ses instincts, la guerre pour accepter la Volonté supérieure. «Quand tu sortiras en guerre contre tes ennemis» (idib.), quand les événements ne se déroulent pas selon tes désirs. Alors, tu dois te changer et accepter de te remettre en question, tu dois réfléchir sur ta situation présente. Attire constamment ta pensée vers celle de Ton Créateur!

Chabat Chalom
Source: Kupath Rabbi Meir Baal Haness
Elhanan

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