Parachat Vayigach
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Secrets insondables

Paracha Houkat


Le roi David avait un fils appelé Shlomo, en français Salomon. Dans cette langue que nous utilisons, ce nom n’a aucune signification particulière. Nous sommes toujours devant de grandes difficultés lorsqu’il s’agit de traduire des mots provenant de la langue de la Torah. Là, les mots portent en eux très souvent un sens, ici celui-ci signifie plénitude. Le roi Shlomo se présente ainsi dans son livre l’Ecclésiaste (7,23-25) «Tout cela, je l'ai expérimenté avec sagacité; je disais: “Je voudrais me rendre maître de la sagesse!” Mais elle s'est tenue loin de moi. Ce qui existe est si loin et si infiniment profond! Qui pourrait y atteindre? Je m'étais appliqué de tout cœur à tout examiner et scruter, à rechercher sagesse et raison, à apprécier aussi malignité et sottise, folie et insanités.» Inutile de préciser encore qu’il s’agit d’une traduction très approximative. Déjà dans l’original il est demandé un effort pour bien comprendre l’intention de son auteur, à plus forte raison sa formulation en français ne donne qu’une assez vague idée du message. Nombreux sont les vocables utilisés qui demanderaient des explications.


Il est généralement admis que le roi Shlomo s’est interrogé ainsi au sujet de la «vache rouge» mentionnée dans notre Paracha. Il est écrit «ceci est un statut, un décret de la Torah! L’Éternel commande de le dire aux enfants d’Israël». Suivent les prescriptions détaillées permettant de rendre purs les impurs. Et les purs ayant rendu purs les impurs deviennent impurs! Désolé pour ces descriptions alambiquées, provoquant tout notre étonnement! Cela représente pour nous une énigme quant au résultat de toutes ces manipulations: les impurs peuvent devenir purs, quelle métamorphose! Et dans le même mouvement, les purs sont rendus impurs après s’être comportés avec un tel dévouement. Rachi nous enseigne d’après le Midrash Tanhouma, il s’agit d’un décret émanant de Hachem, et nous n’avons pas le droit de critiquer. Dans tout ce complexe processus, il nous est indiqué (19,6): «le Cohen prendra du bois de cèdre, de l’hysope et de l’écarlate, etc.»

Assurément, il s’agit là de secrets insondables. Nul ne peut avoir la prétention de les percer. Malgré tout, comme ils nous sont soumis, nous ne pouvons pas rester indifférents face à notre incompréhension. Chacun à son niveau peut rechercher quelle leçon tirer de ce récit. La Torah n’est pas destinée à rester un livre obscur rangé sur une étagère de la bibliothèque. La Torah s’adresse à chacun d’entre nous de façon intemporelle. Donc, que nous apprend ce verset: «ce bois de cèdre, de l’hysope, de l’écarlate, etc.»? Le cèdre nous donne l’image d’un arbre puissant parmi les plus hauts. Par contre, l’hysope nous renvoie à l’image d’un minuscule insignifiant vivace arbrisseau. Quelles allusions doivent évoquer pour nous ce contraste entre grandeur et petitesse? Que signifie ce mélange entre le plus élevé et le plus bas?

Il est possible d’avancer, le cèdre représente le Maître. Celui qui a déjà atteint les hauteurs, des compréhensions supérieures. Comme il est écrit dans les Psaumes (92,13): «Le juste fleurit comme le palmier; comme le cèdre du Liban, il est élancé.» Face à lui, celui qui commence seulement à apprendre, celui qui se trouve encore dans une position extrêmement inférieure par rapport au Maître.
Le Maître représente celui parvenu, au moyen de grands efforts, à pénétrer dans des compréhensions supérieures. Ces perceptions peuvent être saisies par d’autres seulement si le Maître réussit à les réduire dans un emboîtement de notions plus simples, saisissables par l’élève. Ainsi, si un professeur veut transmettre des concepts élaborés à ses étudiants, il doit commencer par introduire le sujet avec des préambules. Puis il devra construire son cours selon un enchaînement progressif de rudiments. Seulement une fois ces notions comprises, il lui sera possible de progresser et amener des concepts de plus en plus élaborés.

La première question qui se pose: quelle est l’enseignement original, d’où prend-il naissance? Car toute connaissance humaine s’inscrit dans une longue chaîne ininterrompue d’une succession de déductions et d’inductions. En réfléchissant profondément, nous sommes obligés d’admettre que la première déduction possible ne peut venir d’un esprit humain! En effet, d’où, pourquoi, sur quelle base, avec quels éléments fonctionne l’esprit humain? Au commencement, à la Création, intervient le «Tohu»! Il signifie selon l’explication de Rachi l’étonnement, la stupéfaction devant le néant. Il s’agit de l’irruption d’une frappe venue de nulle part. Elle est pour nous la manifestation de la divinité dans ce monde. En l’homme se trouve cette capacité infinie et indéterminée de s’interroger. (Et ce n’est pas ici l’objet de développer le sujet de l’esprit et de l’intelligence humaine.)

Deuxièmement, en quoi sur un plan personnel, sommes-nous concernés par cette relation de maître à élève au sujet de ce verset en référence dans notre Paracha? Dans l’esprit de chacun parviennent des informations, des données, des enseignements. Lorsqu'il s’agit de notions élevées, et pas toujours immédiatement assimilables, des efforts sont exigés pour les comprendre. Souvent un maître est nécessaire pour y parvenir. Mais, même après avoir saisi celles-ci par son esprit, surtout lorsqu’il s’agit d’enseignements se rapportant à la Torah et aux commandements, cela reste du domaine théorique. Alors, comment le Maître va-t-il nous conduire depuis la compréhension vers la réalisation? Comment le corps, comme réceptacle, transformera-t-il en acte la théorie, l’idée en action?

Ici intervient le secret caché dans notre verset. Le cèdre et l’hysope viennent du monde végétal. La grandeur et la petitesse restent chacune séparée et dans son domaine. En se basant sur le commentaire de Rachi, sur le verset (Vayikra 14,4) où il est également mentionné ces trois éléments, on peut expliquer l’écarlate comme étant une couleur extraite d’un ver. Donc une sorte lien, il va permettre d’unifier ces deux espèces végétales une fois réduites en poussière. Ainsi, grâce à ce liquide s’opère une unification d’éléments opposés et il sera possible d’opérer la purification. De même pour l’intelligence lorsqu’elle pénètre dans l’esprit. Par étapes successives, en passant par l’interrogation, le discernement, la comparaison, etc., les connaissances d’abord potentielles finiront par se répandre dans tout le corps et, en devenant effectives, elles permettront l’action adéquate.

Les traducteurs en français de la Bible on choisit d’utiliser le vocable sagesse dans le verset mentionné concernant le roi Shlomo. Dans le sens d’une bonne connaissance des choses, permettant d’agir avec discernement, selon une conduite réfléchie et retenue. Généralement, le mot utilisé à la place de sagesse est celui d’intelligence. Car ce mot dans la langue sainte renferme l’idée de la force de l’interrogation. Pour s’élever vers l’intelligence, chaque personne doit s’extirper de son imagination. Pour ne pas en arriver à poursuivre ses instincts imaginaires et ses envies animales. Pour seulement suivre son intelligence. Parce que l’intelligence permet de parvenir à s’éloigner entièrement de ses envies. Car celles-ci représentent le contraire de l’intelligence. Les envies existent seulement par la force de l’imagination. Elles proviennent des inclinaisons de son cœur. Et l’homme en vient à se comporter comme un animal, d’où la nécessité de briser les incitations de son cœur et de s’adapter aux indications de l’intelligence.
Même après avoir réussi à briser l’imagination, celle-ci se maintient potentiellement. De même l’intelligence reste aussi à un stade potentiel. Il devient alors nécessaire d’utiliser son intelligence correctement, en la faisant sortir du stade potentiel. Alors, grâce à son intelligence il va s’enraciner dans une vie véritable.

L’imagination se retrouve à chaque étape de progression dans la sainteté, elle est comme une écorce autour du fruit. Il est donc nécessaire à chaque fois de briser cette écorce pour se purifier. Lorsqu’ils affrontent une difficulté provenant des instincts, nombreux sont ceux qui en donnent une mauvaise interprétation. Ils leur semblent être tombés de niveau. Parce qu’un instant auparavant ils n’avaient pas ressenti de telles obstructions. Il ne s’agit pas du tout d’une chute. Au contraire, c’est la manifestation de l’exigence de s’élever depuis là où ils se situent pour atteindre un point plus important. D’où la nécessité de briser à nouveau ces imaginations. Pour parvenir à les briser, comme les perturbations l’empêchant de progresser, il convient d’utiliser son intelligence pour prendre conscience du Créateur, du dévoilement de la grandeur de la Création. Cela doit réveiller la joie dans l’accomplissement des commandements. Ainsi on mérite de ressentir Sa Proximité. De la sorte se brisent les écorces et l'on pénètre dans les portes de la sainteté.

Au moment de la naissance, chez chacun d’entre nous, l’intelligence est extrêmement limitée. En l’utilisant pour réfléchir comment servir son Créateur, alors se développe son intelligence. Mais, en laissant pénétrer en soi des concepts étrangers, cela provoque une diminution dans la sainteté de son esprit. Cela laisse la place à l’infiltration et au développement de mauvais attributs.
La réflexion se trouve à la source de toutes choses. Raison pour laquelle chacun doit bien prendre garde à protéger sa compréhension des atteintes provenant des intelligences extérieures. Parce que l’essentiel de l’intelligence dans sa plénitude réside dans la conscience de la seule vraie intelligence, celle venant de l’Éternel. Et de considérer toutes les autres formes d’intelligence comme subsidiaires.

Kupath Rabbi Meir Baal Haness
Elhanan

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