Parachat Vayigach
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La force de la prière

Paracha Haye Sarah


"Yitzhaq était sorti dans les champs pour prier, à l’approche du soir" (Berechith 24,63) N’avait-il pas une maison ou un autre endroit où prier ? 

En fait, il s'agit du champ qu’Abraham avait acquis près du caveau de Makhpela. Yitzhaq y respirait comme un parfum de paradis et y percevait la proximité de la Chekhina (Présence divine). 

Selon Rabbi Schim’on, ce fut donc vers le tombeau de sa mère que Yitzhaq alla pour se recueillir avant de prendre la plus importante décision de sa vie, celle de prendre femme.

Nos patriarches avaient spontanément découvert la nécessité et la puissance de la prière, dans les moments heureux comme au milieu des épreuves. 

Se basant sur la signification particulière des mots employés dans la Torah à propos des Patriarches, nos Sages en déduisent que les trois prières quotidiennes ont été instituées dès cette époque. 

Ainsi, la prière du matin, Chaharith, fut instituée par Abraham ainsi qu’il est dit (ib.22,3) : Et Abraham se leva de bon matin : sous-entendu, pour prier comme il avait l'habitude de le faire.

Yitzhaq institua la prière de Min'ha, comme le suggère le texte cité ci-dessus (ib.24,63). Quant à Yaakov, c’est le mot "il heurta l'endroit" expression de prière, qui fait de lui le père de la prière du soir, Maariv ou Arvith...
Rabbi Yéhouda Halévy considère que l’heure de la prière constitue pour l'homme pieux le noyau et le fruit de son temps, les autres moments de la journée n’étant que les chemins qui l’y conduisent. 

Le temps de la prière quotidienne est le fruit du jour et de la nuit, à l’image du Chabbath, fruit de la semaine. 

Cette disposition est à l'âme ce que le système nutritif est au corps : la bénédiction émanant de la prière se prolonge jusqu'au moment de la prière suivante, de même que les effets du repas de midi se prolongent jusqu’au repas du soir (Kouzari). 

La prière est une nécessité comme nourriture de l'âme, mais elle est aussi le canal par lequel l’âme se rattache à sa source. La prière conduit donc l'homme par degrés vers le lieu où se trouve la bénédiction. 

Nous avons la ferme conviction que l'homme n'est rien sans le soutien du souffle divin et de la protection divine. L'Eternel se délecte de la prière des justes, bien qu’il connaisse par avance les besoins de l'homme avant même qu'ils ne soient exprimés.

Toute la Bible est traversée par la prière, prière de reconnaissance, d'actions de grâces, de mortification, d'appel au secours du milieu de la détresse. 

La prière est libération de l'âme, explosion de joie, épanchement du cœur. A travers les mots exprimés, la prière est toujours une projection de soi vers l'extérieur. 

C'est pourquoi il est affirmé à juste titre, que les hommes de notre siècle ne savent plus prier, car ils sont incapables de libérer leur âme de la résignation paralysante du quotidien, de la lourde charge des soucis et du charme funeste du rationalisme et du progrès matérialiste. 

La prière est représentée par l'image de l'échelle de Jacob qui relie Terre au Ciel, avec tout ce que cette symbolique représente pour l'esprit humain.

Efficacité de la prière
Comment la prière peut-elle changer une situation, et faire passer de l'angoisse vers l'espérance ? Les exemples peuvent être cités à l'infini : des situations dramatiques, inextricables débouchent sur un ciel serein où l'homme retrouve espérance et joie de vivre. 

Jonas, dans le ventre du poisson, voit sa prière exaucée. Il est aussitôt rejeté sur la terre ferme. Hanna n'a pas d'enfants. Dans une prière poignante, elle demande un fils. Sa prière est entendue. 

Nos ancêtres en Egypte élèvent leur clameur vers le ciel du milieu de leur dure servitude. L'Eternel entend, se souvient de sa promesse et leur dépêche un libérateur.

Le mécanisme de la prière n'est pas simple. Il ne suffit pas de prier pour voir ses désirs réalisés. Parfois, les gens sont déçus de l'échec de leur prière, de son inanité à atteindre le but. 

On pense surtout aux malades. Leur prière ou celle de leurs proches leur apparaît vaine, puisqu'elle ne débouche pas toujours sur une guérison. Et quand l'issue est fatale, alors se manifeste un sentiment de révolte: à quoi notre prière a-t-elle servi ?

En fait, une prière est toujours utile. Dite du fond du cœur, elle engage tout son être et atteint toujours son but, celui que l'Eternel juge le meilleur pour nous.

Abraham a compris ainsi le sens de la prière. Rabbi Nahum Gamzou disait : "Tout ce qui nous arrive est pour le bien" Cette affirmation est à comprendre ainsi: "toute réponse de la part de l'Eternel, même si nous n'en saisissons pas le sens, est pour notre bien". 

Si Abraham a triomphé de toutes les épreuves, c'est parce qu'il avait une foi inconditionnelle en la bonté de l'Eternel. La prière part également de ce principe. 

Elle porte devant l'Eternel notre problème, notre interrogation, et notre angoisse ou alors notre joie et notre satisfaction. A l'image de l'échelle de Jacob sur laquelle montaient et descendaient des anges, nos paroles de prières relient la terre au ciel, portent nos préoccupations devant D. et nous rapportent la réponse divine. 

D'après les noms qu’elle porte, la prière exprime l'idée d’une remise en question, d'un dialogue ou d'une rencontre avec l'Eternel (Lassouah, vayifga) ou encore d'une tension, d'une aspiration profonde et urgente (vayachkem).

La prière est en définitive un exercice difficile. Les anciens Hassidims se préparaient longuement à la prière, avant d'épancher leur cœur devant le Saint béni soit-Il. 

En tout cas, la prière véritable est celle dont on sort transformé. La prière élève l’âme et confère la sérénité au cœur. L'homme après la prière authentique n'est plus le même qu'auparavant.

Grand Rabbin Jacques Ouaknin

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