Parachat Noah'
Bannière
Bannière

Notre barrière de protection

Paracha Devarim


La propension à la critique favorise l’élévation d’une barricade derrière laquelle l’individu veut se protéger. Elle maintient une distance face à l’autre. Si celui-ci se rapproche davantage, monter sur la barricade constitue un moyen de défense supplémentaire. Cela transformera la critique en reproche. Dans le but de maintenir une distance, pour protéger son intégrité, l’accent sera mis sur les défauts de l’autre. Ainsi sera évitée une remise en cause personnelle. L’étape suivante de protection sera le passage du reproche à la réprimande, puis de celle-ci à la remontrance.

S’adonner à la critique représente un phénomène des plus répandus dans nos sociétés. (La plupart des médias s’en servent comme leur «fonds de commerce».) Elle touche tous les domaines. Elle s’immisce dans nos pensées, où tout finit par passer au travers du prisme de la critique. On s’en prend, au-delà des actes, également insidieusement à la personne elle-même. 

L’avantage principal consiste à nous dégager de nos propres responsabilités. Tout repose en dernier ressort sur l’autre, personne ou objet. Eux se trompent, ils ne sont pas conformes aux attentes, ils sortent de l’acceptable et des conventions, etc. Cela permet de maintenir un espace dissimulé pour ne pas être trop impliqué. Et surtout continuer à vaquer comme bon lui semble. 

Cela correspond à une protection illusoire de son Moi. Comme si en portant l’accent sur l’autre, on parvenait à se protéger. Tous les révoltés ou les révolutionnaires, chacun dans son segment d’activité, veulent tout d’abord changer le monde ou les gens. Ils démontrent ainsi leur incapacité de s’adapter à l’un ou à l’autre.

En réalité, il est exigé un «mode d’emploi» efficace de la critique, du reproche et de la remontrance. Le premier problème à régler se situe précisément dans la personnalité qui les exprime. Dans quelle mesure son implication lui permet-elle une formulation objective? Son apport est-il positif ou s’agit-il d’une recherche de satisfaction de son inconscient? 

La nécessité de la reconnaissance de l’absolue altérité de son prochain, lui laissant sa personnalité et son indépendance, est difficilement supportée. Car cela exigerait de s’extraire de l’asservissement volontaire à ses forces intérieures. Ainsi, certains seront introvertis là où d’autres sont extravertis, des généreux ou des avares, des coléreux ou des apathiques, etc. D’où la nécessité de tout d’abord parfaire ses propres traits de caractère.

Il s’agit de se connaître soi-même, mais aussi de connaître son interlocuteur et sa singularité. S’accepter soi-même, en ayant conscience de ses manques et défauts, en vue de s’améliorer. Et ensuite d’accepter l’autre comme il est, avant de se croire à un niveau suffisant pour s’autoriser à lui donner la leçon, lui montrer ses défauts, et vouloir lui exprimer des réprimandes. La question doit donc se poser, quelle est sa profonde motivation en exprimant un quelconque reproche? Se satisfaire soi-même et amener l’autre à être et à se conduire comme moi je l’estime. Ou effectivement souhaite-t-on son bien?

En pénétrant dans le champ de perception d’autrui, de ma propre initiative, quelle est ma responsabilité? Si ainsi je réponds à un besoin narcissique, je dois me demander dans quelle mesure je suis autorisé à m’imposer, en assouvissant mes pulsions. Si c’est sur la base de mes connaissances, de mon érudition, il est possible de manipuler mon vis-à-vis, et l’empêcher de s’assumer et d’agir en toute liberté. Mais il est possible de se baser sur des indications évidentes de la Torah elle-même pour se donner bonne conscience, et s’arroger le droit de s’exprimer. Nous nous situons là au socle psychologique primaire. 

Sur cette base, il faudrait ambitionner d’atteindre des niveaux spirituels supérieurs. Car en apparence, la remontrance semble une notion de grande importance. Comme il est écrit (Vayikra 19,17) «reprends avec des remontrances ton prochain». Cela semble incomber à chacun d’Israël. Malgré tout, il n’est pas donné à chaque personne la capacité de s’acquitter comme il convient de cette instruction. Rabbi Akiba a dit (Erhin 16:) «je doute s’il se trouve dans cette génération quelqu’un qui puisse réprimander!» Si Rabbi Akiba s’est prononcé ainsi dans sa génération, donc à bien plus forte raison maintenant doit-on s’interroger à ce sujet! 

Tout repose sur l’effectif mobile de celui ayant la prétention d’être capable de formuler des remontrances. En effet, il est possible que cela ne soit non seulement d’aucune utilité, mais au contraire cela peut provoquer chez celui qui entend ces remarques un profond ressentiment. Cela va réveiller chez lui des souvenirs, des comportements, des attitudes qu’il avait réussi avec le temps à maîtriser. Il pourra s’en suivre un affaiblissement, ou pire encore.

Nous devons bien comprendre qu’il ne s’agit pas ici de simples critiques ou de remontrances concernant des sujets évidents sur lesquels tout le monde est d’accord. Par exemple le respect du Shabat ou de la Casherout. Mais évidemment sur des aspects relatifs à des attitudes, à des conceptions qui pourraient déranger celui qui ressent le besoin intime de formuler ses critiques.

Il est écrit (Berechit 3,10) «j’ai entendu Ta Voix dans le Jardin, et j’ai eu peur». C’est cette voix qui, d’une certaine manière, alimente la Nechamah/l’âme. Grâce à elle, il devient possible de dominer les tendances étrangères. Cette voix, c’est celle qui peut réprimander comme il convient (Isaïe 58,1) «comme le Shofar, fais retentir ta voix! Et expose à Mon Peuple son iniquité». Parce que celui qui prétend pouvoir réprimander Israël, leur démontrer là où ils se situent, il doit posséder la maîtrise de cette voix. 

Aujourd’hui, plus que jamais, la maîtrise de cette voix doit porter non pas à mettre en évidence les défauts ou les manquements, mais surtout à élever chacun. Lui faire découvrir tout son potentiel, lui permettre de grandir, lui donner la force de sortir de l’étroitesse de son esprit. C’est la voix qui vient arroser le Jardin. Elle correspond (Berechit 2,10) «au fleuve sortant du Jardin». C’est ce que nos Sages ZL ont dit (Tamid 28) «celui qui sait formuler des remontrances à son prochain pour le Nom Lui-même, sur lui est attiré un fil de miséricorde», car (Ps. 89,3) «la bonté est éternelle».

Il faut être capable de juger son prochain en recherchant ses bons côtés, ses mérites. Peu importe qui il est. On doit rechercher et trouver en lui un tout petit peu de bien. Car dans ce bien, il n’est pas mauvais. Et grâce à cela on parvient à le juger d’après ses bons aspects. Ainsi, il sera possible de le ramener vers le repentir. Comme il est écrit (Ps. 37,10) «encore un peu, et le méchant disparaît. En observant sa place, il aura disparu». D’après ce verset, nous sommes mis en garde de toujours faire pencher, sur la base des éléments favorables, la balance du jugement du côté positif. Même si à nos yeux tout apparaît comme le contraire. 

Car, comment est-il possible qu’il ne se trouve pas, ne serait-ce quelque chose, de bien chez lui? En observant sous cet angle, tu l’élèves effectivement, et il passe du négatif vers le positif. Grâce à cela, il reviendra petit à petit vers le bon chemin. Et il ne sera plus à son niveau précédent.

De même, chaque personne doit également rechercher et trouver en elle-même ses bons côtés. Car l’homme doit toujours s’efforcer d’être dans la joie, et assidûment s’éloigner de la tristesse. Même s’il constate qu’il n’est pas parfait. Car l’incitation des mauvaises tendances veut le faire chuter. En recommençant constamment à trouver ne serait-ce qu’une bonne action, ou une retenue, il se rendra rapidement compte qu’il est rempli d’aspects positifs. 

Même si les pensées ne sont pas vraiment intègres, il est toujours possible de découvrir des aspects encourageants. Ce sont tous les petits bons points qui nous donnent de la vie et nous conduisent vers la joie. En s’accrochant à eux, les autres aspects sombres ou les négatifs disparaissent. Ainsi, on se renforce et l'on ne donne plus la possibilité à des forces étrangères de venir nous perturber.

Même à l’intérieur du mal, il est possible de découvrir des points positifs. Même si l'on est conscient de ne pas toujours s’être conduit comme il convient. Il devient maintenant possible de prier, de remercier, comme le dit le roi David (Ps. 146,2) «je veux célébrer Hachem ma vie durant, chanter Mon Éternel tant que j’existerai». En réfléchissant bien, il en viendra à ne jamais désespérer, à sans cesse se renforcer.

Les petits enfants commencent l’étude du Houmach par (Vayikra 1,1) «et Il appela vers Moshe». Cet appel s’adresse à chacun de nous. Nous aussi nous devons nous considérer comme ces petits enfants, ceux qui commencent. Peu importe qui nous sommes, où nous nous situons, sans considération avec notre niveau, nous tous pouvons entendre et réagir à cet appel. Nous tous pouvons vouloir et vouloir la vérité.

«Ce sont les paroles adressées par Moshe à tout Israël», ainsi commence notre Paracha Devarim, le dernier des cinq livres de la Torah. Rachi nous explique, ce qui va suivre est constitué par des paroles de remontrances. Mais, celles-ci sont dissimulées et citées par allusions. Pour ménager l’honneur d’Israël. Rachi met en évidence qu’ils ont péché, ils se sont rebellés, ils se sont mal comportés, ils ont injurié, médis, calomnié.

Nous devons prendre Moshe Rabenou comme exemple. C’est-à-dire travailler sur soi-même, notre caractère et nos tendances. Parvenir petit à petit à une plus grande maîtrise de nos pulsions. Voir le monde, et les gens qui nous entourent, du meilleur côté possédé par chacun. Lorsque nous nous examinons, lorsque nous nous rendons compte qu’il nous reste encore un peu d’orgueil, cela nous renvoie l’image de ce que nous sommes. 

En restant réactif, nous réalisons ne pas placer absolument notre relation avec le divin comme le centre de nos pensées et de nos motivations. Alors, nous devons bien réfléchir si nous sommes capables de formuler de quelconques critiques, reproches ou réprimandes à notre prochain, avant de nous être nous-mêmes améliorés.

Source: Elhanan Lepek

Bannière