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Sortir d’Égypte

Paracha Chemot


Israël n’a pas pu sortir d’Égypte tant qu’ils n’avaient pas demandé aux Égyptiens de leur donner des ustensiles en argent ou en or, etc. (Chemot 11,2). Il a été demandé à Moshe Rabenou de s’adresser ainsi aux enfants d’Israël «parle, Je t’en prie, aux oreilles du Peuple, etc.» (ibid.). Parce que Pharaon et l’Égypte illustrent le concept d’imagination. L’essentiel de l’exil en général réside dans la force propre à l’imagination. Là se retrouvent toutes les envies, toutes les perturbations. Elles se renforcent contre Israël qui représente l’intelligence. Tout le principe de la servitude en Égypte, c’est lorsque les enfants d’Israël sont réduits en esclavage. 

«La surcharge de travail s’appesantit sur eux» (Chemot 5,9). Leur vie est rendue amère par la soumission à la matérialité. L’essentiel de la souffrance, ou de la peine de la plupart des gens, découle de leur poursuite après l’argent. Ils se rendent eux-mêmes esclaves et asservis par des duretés qu’ils s’imposent à eux-mêmes.

Toutes les difficultés du labeur «des travaux pénibles sur l'argile et la brique» (Chemot 1,14). Lorsqu’ils s’élèvent pour eux-mêmes de grandioses constructions. Comme «Pithom et Ramses» (Chemot 1,11). Ils s’imposent à eux-mêmes toutes sortes de pénibles déplacements, même vers des endroits éloignés, pour s’enrichir. Tout cela par la force de l’imagination, correspondant à l’exil égyptien, à l’intérieur de chaque personne, en tout temps. Les illusions perturbent et trompent l’homme au moyen des envies et du superflu.

Il importe donc d’être très attentif pour protéger au mieux la mémoire, de sorte à ne pas tomber dans l’oubli. C’est-à-dire, de toujours se souvenir du monde à venir, et ne pas l’oublier. Pour ne pas en venir à concevoir qu’existe seulement la réalité de ce monde-ci. Ainsi doit être la préoccupation première d’un homme d’Israël. Immédiatement le matin, à son réveil, aussitôt les yeux ouverts, avant d’entreprendre quoi que ce soit, il convient de se remémorer la notion du monde à venir. Il représente la mémoire globale. Ensuite, il est nécessaire d’attirer la mémoire vers les détails. Cela consiste à agrandir son savoir par toutes les réflexions, paroles ou actions. En s’efforçant d’observer et d’examiner, pour tout ce qui se présente, quelle en est la cause et quel sujet nous est ainsi soumis par Hachem à chaque instant. 

Car, chaque jour, à chaque instant, se présentent à nous des pensées ou des paroles différentes de l’instant précédent. Il importe de savoir que Hachem «contracte» Son Éternité depuis le Sans-Fin jusque vers le point central de ce monde matériel, là où l’homme se trouve à ce moment précis. Et sont proposées à chaque personne des pensées, des paroles ou des actions en fonction précisément de ce moment et de cet endroit. Elles revêtent en elles des allusions en vue de le rapprocher vers Son Service. Ainsi, il importe d’observer tout ce qui peut permettre d’agrandir son esprit, sa réflexion et sa compréhension grâce aux allusions qui se présentent à lui. Et ainsi, à chaque fois, il peut se rapprocher encore plus, peu importe là où il se situe. Car, dans toutes les circonstances, dans toutes les actions, dans chaque négoce, dans toutes les choses dans le monde, tout ce qui est soumis à l’homme par Hachem, dans absolument tout, se trouvent renfermées des allusions particulières. D’où la nécessité d’agrandir son esprit et de regarder correctement pour saisir et déchiffrer les allusions de Hachem.

Mais, la prudence s’impose pour ne pas trop concentrer son esprit en pénétrant exagérément dans ces sujets. Pour ne pas en venir à sortir au-delà des limites de la sainteté. Ses pensées peuvent se disperser au point de pénétrer dans d’inutiles et vaines recherches, et en être affectées. Il doit rester dans les limites propres aux capacités de sa personne. Ainsi, il sera possible d’agrandir son esprit et sa réflexion. Et de la sorte il n’ira pas examiner vers ce qui dépasse son niveau de compréhension.

Même celui qui connaît et comprend les allusions, même dans des domaines profanes, malgré tout il ne lui est pas permis d’être occupé seulement dans ces sujets profanes. Il doit acquérir une retenue et se suffire uniquement de ce qui est indispensable et nécessaire pour lui. Car, ceux qui ne possèdent pas cette qualité de retenue, ils en viennent à conduire leur maison et leur destinée précisément de façon grandiose. Comme malheureusement on rencontre trop ces conduites de nos jours chez beaucoup de personnes. À leur propos il est écrit «la malédiction de Hachem repose sur la maison du méchant» (Michlei 3,33). 

Parce que le monde est rempli de manque! Comme il est écrit par la suite là-bas «mais le ventre des méchants n'en a jamais assez» (id. 13,25). Les Justes, ce sont ceux qui savent se contenter, se satisfaire de ce que Hachem leur propose. Comme il est écrit «le juste mange pour apaiser son Nefesh/âme» (ibid.). Ce sont les individus chez qui la lumière reste entière, l’abondance coule pour eux. Et dans la mesure de cette suffisance, en prélevant la dîme pour la Tsedakah/bienfaisance s’opère l’unification entre le Juste et l’Assemblée d’Israël.

Pour la plupart des personnes qui ne possèdent pas les capacités nécessaires pour comprendre ces allusions, chez elles cela s’opère de façon naturelle au moyen du sommeil, des Tsitsit, des Tefilin, de la Torah, par la récitation du Chema, la prière ou même lors du négoce. Le sommeil correspond à attacher sa pensée dans le monde à venir. Car durant les heures de sommeil, la Nechamah/l’âme s’élève vers des mondes supérieurs. Les Tefilin correspondent à l’ouverture de l’esprit pour comprendre les allusions. Les Tsitsit représentent les contractions. Grâce au commandement des Tsitsit, on attire cette réparation de ne pas laisser s’échapper sa pensée au-delà des limites, lorsqu’on agrandit sa réflexion pour comprendre les allusions. Raison pour laquelle l’on s’enveloppe avec les Tsitsit avant d’attacher les Tefilin. La nécessité de faire précéder la réparation de l’esprit. Pour ne pas sortir au-delà de ce qui nous dépasse.

Ensuite, il devient possible d’agrandir son esprit pour saisir les allusions présentées par Hachem, ce qui correspond aux Tefilin. La Torah fait référence à ce principe de retenue, de suffisance. Parce que la Torah représente l’arbre de vie apportant sa réelle subsistance à chacun. Mais, également dans l’étude elle-même, il est important de s’attacher à ce principe de suffisance. En effet, parfois l’homme peut être perturbé lorsqu’il en vient à étudier au-delà de ses limites. Lorsqu’il constate tout ce qu’il y a encore à apprendre et il veut tout savoir en se tenant sur un pied. À cause de cela, il en vient à ressentir de grandes perturbations. Il peut en arriver à une complète annulation. Parce qu’également dans la Torah la retenue et la mesure sont indispensables. Nos Sages ZL ont dit à ce sujet «tu n’es pas tenu de terminer le travail, mais tu n’es pas libre de t’en dispenser» (Avot 2,16).

D’où la nécessité d’être extrêmement attentif à la façon dont on observe. Car, dans le regard s’attache toute la force de l’imagination. Même celui qui est attaché à observer avec un œil positif, il doit se protéger lui-même de cette force. Nous constatons combien de personnes attentives sur ce point peuvent être, malgré tout, entraînées dans l’erreur. En regardant de loin, elles peuvent en venir à s’imaginer le contraire de ce qui est la réalité. Elles en viennent à développer des arguments, à élaborer des conceptions pour se convaincre elles-mêmes. Il est donc indispensable d’être extrêmement prudent dans l’utilisation de son regard. La force de l’imagination s’insinue au travers de la médisance. Cette force possède quelque chose de bestial. Les animaux également disposent de l’imagination. En exprimant de mauvaises paroles, on tombe dans la bestialité. Avec pour conséquence, le renforcement sur soi de cette force d’illusion, de son autojustification. Il se trouve une forme d’idiotie lorsqu’on en vient à exprimer des paroles contre une personne «le sot débite des calomnies» (Michlei 10,18). Lorsque la compréhension disparaît d’une personne, elle perd l’amour de Hachem, et elle tombe dans l’amour bestial. «Tu as dédaigné l'intelligence» (Osée 4,6), ainsi se renforce contre la personne la force de l’imagination, «Mon peuple périt faute d'intelligence» (ibid.).

Parfois, il devient possible de s’imaginer que son prochain dévie de la vérité. Nos Sages ZL donnent comme exemple (Bamidbar Rabah 18,8) Korah qui était intelligent et avisé. Quelle ineptie a-t-il envisagé qui l’a conduit dans son erreur? Et ainsi pour les erreurs de Nabat ou d’autres grands. Comment ont-ils pu concevoir qu’ils agissaient correctement? Alors, dans le cœur se réveillent quelques rancunes ou disputes. Il lui semble s’en prendre à son prochain pour l’honneur des cieux. Mais en vérité, tout a été provoqué par l’erreur provenant de la force de l’imagination. Il en vient à concevoir des idées mensongères contre son prochain. Cela peut prendre toutes sortes d’aspects lorsque les visions de l’esprit dévient de la vérité, à cause des déformations provoquées par la force de l’imagination. Elle peut induire en erreur même ceux qui normalement regardent positivement. Raison pour laquelle une protection supplémentaire est exigée pour celui qui veut se protéger des erreurs provoquées par la force de l’imagination. Il est possible de se protéger soi-même en évitant toute médisance. Car celle-ci renforce l’imagination, mais également la tristesse. Elle porte atteinte contre la mémoire, d’où découle l’oubli.

C’est toute l’importance d’être dans la joie. Grâce à cela on parvient à l’essentiel de la maîtrise de l’imagination. On mérite alors de se souvenir du monde à venir. L’écoute de mélodies venant de personnes intègres favorise grandement la véritable joie. Avec pour conséquence la domination de l’imagination. Raison pour laquelle il est tellement important d’être toujours dans la joie. Alors, il est possible de rechercher et de trouver en soi de bons aspects. Cela conduit vers un véritable repentir. Il consiste à soumettre ses mauvaises pensées, à clarifier et à distinguer en elles tout ce qui se trouve de bien. Dorénavant, son cœur peut s’épancher devant Son Créateur. Alors, l’imagination, dans son aspect positif, permet le rapprochement vers des situations et des expressions qui ouvrent l’esprit. Et l’on pense à sa finalité ultime, vers le monde à venir. On mérite de voir dans tout ce que Hachem nous présente, que tout est allusion, à chaque instant, pour nous rapprocher de Lui. C’est tout l’apaisement véritable et essentiel de l’esprit, tout le sens de notre existence durant nos jours comptés dans ce monde-ci. Tout ce qui se passe avec nous est uniquement pour cette fin.

Source: Elhanan Mepek