Parachat Noah'
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Se tromper soi-même dans ce monde

Paracha Behar


Il s’agit d’une règle générale et d’un fondement pour toute la Torah : il faut être extrêmement attentif à ne pas en arriver à se tromper soi-même dans ce monde. Parce que ce monde induit fortement l’homme à l’erreur. Aussi, dans tout négoce, pour une acquisition comme pour une vente, il convient de faire très attention pour ne pas en arriver à tirer un profit injustifié, ou tomber dans l’erreur. Et cela peut se présenter devant chacun lors de son commerce dans ce monde.

L’essentiel consiste à acquérir la Torah et les commandements, en se basant sur la notion d’acquérir la vérité. Cela exige une très grande circonspection pour éviter toute déviation ou erreur. C’est-à-dire pour ne pas se laisser influencer par ses tendances personnelles pour tout ce qui concerne notre vie spirituelle ou dans l’accomplissement de ce qui nous est demandé.
À cause d’agissements défaillants, on peut en arriver à abîmer le positif se trouvant en nous. Pour se sauver vraiment de ces dommages et de ces erreurs, il est nécessaire d’étudier ces sujets, de rechercher et trouver le véritable Maître à même de nous orienter dans les vicissitudes auxquelles ce monde nous confronte. 


Il est donc indispensable de parvenir à clarifier l’imagination. Il sera alors possible de se protéger face à toutes sortes de tentations. Elles viennent précisément perturber l’imagination. D’où la nécessite d’avoir confiance en un Maître et se rapprocher de lui. Dans notre Paracha, il nous est demandé une première fois de ne pas se laisser entraîner à léser son prochain. Cela nous est présenté en relation avec des abus concernant le gain d’argent, lors d’une vente ou d’un achat. Des mesures précises nous sont par ailleurs enseignées concernant les limites acceptables de profit, soit pour l’acheteur, soit pour le vendeur. Aussi le Maître peut à chaque fois orienter vers le bien, pour rester dans les limites de la sainteté. Ainsi, son profit reste raisonnable et par conséquent acceptable par les parties. Beaucoup de sagesse est nécessaire pour trouver un juste équilibre.

Mais, certains veulent s’en remettre à eux-mêmes. Personnellement, ils recherchent le point d’équilibre selon leurs propres critères. Par conséquent, ils se situent parfois du côté de la sainteté, mais parfois le contraire. Cela représente de grands dangers, s’ils ne fournissent pas les efforts pour se rapprocher d’une personnalité, d’un enseignant, à même de leur indiquer les voies du chemin de la vérité, pour ne pas tomber dans un mal absolu. Il existe également pour certains une notion de profit équilibré. C’est-à-dire la limite entre le minimum et l’exagéré. Alors, le cas échéant, après la conclusion du négoce, il faut être disposé à rembourser le surplus. Cela correspond à ce que toute sa Torah, ses bonnes actions et son observation des commandements représentent véritablement l’essentiel de l’acquisition de l’homme. Tous ses achats ne prendront leurs authentiques valeurs qu'au moment où il rendra le surplus. 

Car il est nécessaire de procéder à des réparations, à de grandes clarifications, pour atteindre un niveau de Torah et de commandements clarifié, pour ne pas léser et se tromper. La première mention de ne pas léser son prochain se rapporte à l’argent et au profit. C’est l’aspect matériel plus facilement saisissable. Quelques versets plus loin, il est à nouveau question de ne pas léser un homme, son semblable. Mais cette fois l’interdiction porte sur l’usage de la parole. Rachi précise : ne pas irriter, ne pas lui faire une recommandation n’étant pas dans son intérêt, mais celui du conseiller. Rachi poursuit en demandant, peut-être objecteras-tu : Qui peut savoir si l’intention était mauvaise ? D’où la précision : « tu auras la crainte de ton Éternel », Celui qui connaît les pensées, Lui sait, etc.

Aujourd’hui, très nombreux sont ceux ressentant de grandes difficultés dans leur comportement tant vis-à-vis de l’argent ou de l’utilisation correcte de leur parole. Ces difficultés ont pris plus d’ampleur particulièrement après la fin de la dernière guerre mondiale. Nous sommes alors rentrés dans une ère d’abondance matérielle et de progrès scientifiques inconnus auparavant. Pour éviter la reproduction des désastres innommables de cette guerre, les nations se sont réunies et ont dans leur « sagesse » proclamé une Déclaration universelle des droits de l’homme. Celle-ci fait suite à d’autres déclarations de ce type. 

Remontant à plus de cent cinquante ans, elles mentionnaient encore des concepts pour nous étranges comme « Être suprême » ou « Dieu de la nature » ! Tout en voulant surtout s’affranchir des tyrannies auxquelles les peuples revendiquant ces déclarations étaient soumis. Dans celle élaborée après la guerre, les Nations unies proclament ces droits de l’homme comme l’idéal commun à atteindre, etc. Délibérément disparaît toute allusion avec une transcendance. Et si dans les précédentes, il y avait une forme d’équilibre entre le droit et la loi, dorénavant il est mentionné une seule fois obligations et devoirs de l’homme. Il y a là une manière de mettre en avant ce qui serait « dû » à l’homme. Et par conséquent dissimuler ses obligations. Celles-ci semblant être cachées sous l’emblème maintes fois souligné « d’égalité ».

En allant sans doute à contre-courant des idées largement véhiculées, force est de constater combien aujourd’hui ces notions, plus spécifiquement celle d’égalité, sont influentes et devenues des « idoles », une réplique moderne du « veau d’or » d’antan. Elles sont en quelque sorte devenues le « patrimoine génétique spirituel » de tout un chacun, consciemment ou inconsciemment. Et peu importe le nivellement par le bas inclus en elles, le manque d’exigences pour la réalisation du potentiel de chacun. De là peut sans doute provenir les problèmes face aux efforts, spirituels ou matériels, demandés pour l’accomplissement de la Torah et tous ses commandements.

Où se situe la source de ces conflits ? Dès l’origine, la force négative représentée par le « serpent » a infesté la conscience de l’homme au moyen de cette notion d’égalité : « vous serez comme l’Éternel connaissant le bien et mal ». C’est devenu naturel pour chacun de vouloir supprimer les hiérarchies, de rejeter toute subordination. Toutes les révoltes, de tout temps, ont usé de cet argument. On voit aujourd’hui dans l’arène publique, comme privée, l’altercation atteindre un tel manque de respect mutuel, une utilisation tellement galvaudée des mots. Combien nous sommes loin des confrontations entre Hillel et Chamay ! Dont les disciples s’appréciaient les uns les autres, au-delà des différends idéologiques, avec fraternité en se mariant entre eux. Cela se résume parfaitement par les acrostiches du nom de Moshe Rabenou, formant l’expression la « dispute de Chamay et d’Hillel ».

Le ressort de toutes les révoltes a toujours consisté à vouloir rejeter les jougs, sous quelques formes que ce soit. Et en habillant les revendications sous un beau vocable. Ainsi s’explique la volonté de n’être soumis à rien et à personne. La liberté et l’égalité sont déclarées un droit inaliénable. Même si en définitive et objectivement il s’agit d’une illusion. Là où la Torah transforme en réalité vécue ces concepts. Pour cela la Torah se refuse à réduire les relations humaines au niveau de liens horizontaux entre les individus. Ainsi subsiste une hiérarchie normale entre père et fils, maître et élève, professeur et étudiant, responsable et subalterne, etc.

Nous devons donc vraiment apprendre, auprès de véritable Maître, à ne pas nous laisser influencer, pour ne pas en arriver à léser nos semblables. Aussi bien au sujet de l’argent ou par l’utilisation de notre parole. Et surtout par rapport à tout le fabuleux héritage dont nous sommes les porteurs, par rapport à tout notre potentiel, tout ce qui est attendu de nous, et pour ne pas nous léser nous-mêmes !

Rav Elhanan Mepek

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