Parachat Noah'
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Pourquoi dans une telle contrée la Torah nous a-t-elle été donnée?

Paracha Bamidbar


Dans notre imagination, le désert évoque d’immenses étendues arides et sablonneuses, vide de tout repère à l’infini. Comme il s’agit d’un lieu inhabitable, il devient un endroit de passage seulement par nécessité. Pourquoi précisément dans une telle contrée la Torah nous a-t-elle été donnée? En quoi était-il si important de nous faire savoir, avec insistance, là où les enfants d’Israël ont reçu la Torah: dans un désert – le premier mot de notre Paracha! Nous devons comprendre que le monde tout entier, sans la Torah, doit être considéré comme étant à l’abandon, comme un désert. Lieu sans limites ni propriétaire, où chacun pourrait dominer son prochain. Car en vérité, aussi bien pour le particulier ou la collectivité, tant que leur conduite n’est pas dictée par des règles précises et convenables, toute société humaine doit être considérée comme se trouvant dans la situation d’avant l’acceptation de la Torah, et de l’accomplissement des commandements.

Sans règles, l’individu est soumis à l’arbitraire du plus fort. Il est abandonné, à la merci des autres. Donc, si l’homme n’a pas d’orientation dans sa vie, s’il est perdu dans son désert, il n’existe pas de plus grand abandon. Il ne prend pas conscience de sa finalité et du but de sa vie. Et pourtant chacun sait l’absolue impossibilité d’échapper à sa disparition de ce monde physique.

Mais il existe une autre manière d’aborder ce concept d’abandon. C’est pour celui qui ne veut pas s’abandonner lui-même pour Hachem. C’est-à-dire celui qui refuse de s’engager dans les voies dictées par le Créateur. Cela représente effectivement un abandon. Parce qu’il délaisse le bien véritable et éternel. Tout cela pour un instant, pour une jouissance éphémère et illusoire de ce monde. En définitive, tous ses plaisirs sont mélangés d’amertume et avec de la colère. Parce qu’il n’existe pas d’homme poursuivant les plaisirs de ce monde qui en retire effectivement une véritable jouissance. Car cela ne fait pas disparaître ses soucis, ses inquiétudes. Personne dans ce monde n’atteint un repos durable de son esprit. Le véritable bien pour l’homme consiste à poursuivre et à trouver, selon ses capacités, sa véritable finalité. C’est son engagement constant dans les voies de la Torah. Il rejette le mal et recherche à accomplir le bien. Il s’ensuit que celui qui tourne le dos aux indications de la Torah et des commandements peut vraiment être considéré comme abandonné. Car disparaît de sur lui la Protection du Créateur. Dorénavant chacun peut s’en prendre à lui. C’est malheureusement ce que nous constatons dans l’histoire générale d’Israël. Ainsi, par nos fautes, les deux Sanctuaires ont été détruits, etc. Conformément à toutes les prophéties, le monde peut devenir abandonné. Alors dominent des forces étrangères et elles font régner la terreur. Le fait d’abandonner notre destinée dans les mains d’autres, fait de nous des abandonnés.

Précisément dans le désert la Torah nous a été donnée. Durant quarante années le Tabernacle s’est déplacé avec les enfants d’Israël. Là-bas Hachem a parlé avec Moshe Rabenou, et là-bas, par sa bouche ils ont reçu la Torah. Parce qu’avant de mériter de recevoir quelque dévoilement que ce soit dans le service divin, comme mentionné dans la Torah, il est nécessaire de surmonter des doutes, des perturbations, et de nombreux empêchements, etc. Ils proviennent de forces extérieures, elles ne veulent pas permettre à l’homme d’atteindre ses objectifs.

Chacun est fondamentalement différent des autres, et doit assumer sa spécificité. Un guide, soit une personne, soit un livre, doit impérativement être recherché. Car nous sommes insérés comme un maillon dans une chaîne. Ceux qui nous ont précédés nous ont laissé des instructions remontant jusqu’à nos Pères, jusqu’à Moshe Rabenou. Ils ont été choisis pour leur valeur propre, selon leur recherche personnelle et leur engagement. Grâce à eux nous avons sur qui nous reposer. Il nous est possible de poursuivre leur œuvre et de nous élever ainsi au-dessus de notre condition première. Mais le choix est parsemé d’embûches. Nos envies, nos instincts représentent les premiers obstacles à franchir. Ainsi devient compréhensible le sens de tout commencer en faisant le vide, en devenant un désert. Pour se «brancher» effectivement là-bas où la Torah nous a été donnée.

Le désert est par excellence un endroit inhospitalier. Rien ne doit nous y retenir, au contraire tout nous engage à vouloir le quitter. Pour cela il est exigé de suivre le guide. Dans une caravane traversant le désert, il n’est pas possible de se séparer du groupe. Mais en même temps, il revient à chacun de s’assumer lui-même. Les vrais guides, ce sont ceux qui sont parvenus à être eux-mêmes comme un désert. Et alors ils ont entrepris sa traversée avec succès. Ils ont commencé démunis de tout, pour s’enrichir tout au long de leur marche. De là-bas ils se sont construits, chacun selon son génie propre. Sur la base de leur expérience et des enseignements qu’ils nous ont transmis, nous pouvons nous aussi, à notre tour, en nous servant de leurs connaissances, nous construire pour réaliser ce que la vie attend de nous. Et nous aussi pourrons alors aider les autres. En tout premier ceux qui nous sont proches à affronter la vie avec les outils qu’ils nous ont transmis, et ceux que nous avons nous-mêmes su fabriquer.

Historiquement et géographiquement, notre situation personnelle est absolument unique. Nulle pareille n’a jamais existé et n’existera pas. Nous sommes insérés dans des tensions entre le rapprochement et l’éloignement. Car essentiellement, en nous, s’oppose une tendance matérielle contre une autre spirituelle. Cela est voulu pour le libre arbitre de l’homme. Ainsi, pour le temps, nous rencontrons le Shabat, durant lequel tout travail est interdit. Mais durant la semaine, nous devons nous atteler à notre activité productrice. C’est la nécessité de subvenir à notre subsistance corporelle. Malgré tout, nos besoins spirituels ne doivent pas être ignorés. Ainsi, le corps a ses exigences, mais également notre âme. Quel est le plus important? De là la nécessité de rechercher à nous attacher à nos racines, au sens de notre présence temporelle sur terre. Cette terre matérielle, avec tous ses besoins physiques, a pour fonction de nous éloigner de l’élément essentiel au fond de nous, les besoins spirituels. Ainsi a été créé le monde dans lequel nous nous trouvons. Nous devons apprendre pour posséder, en connaissance de cause, les éléments nécessaires nous donnant la possibilité de choisir. Pour ne pas nous laisser entraîner par tout ce qui existe autour de nous, et nous éloigne de notre objectif. Pour chacun la situation est différente, mais dans le fond identique. Il n’est pas question ici de considérer ces notions de Torah ou de commandements de façon absolue, similaire pour tous. La réalité est relative pour chaque individu. Pour certains la réalisation atteint de hauts niveaux, pour d’autres c’est un commencement. Le point essentiel réside dans la bonne volonté, dans la manière dont est envisagée notre participation devant conduire vers la finalité du monde. De là la nécessité de se sentir un rouage, dont il est attendu le vouloir et l’engagement, la vision positive. Celui qui accepte la conduite du monde sans se plaindre manifeste déjà les signes d’un grand progrès. Il est certain qu’il sera le premier à en tirer les bénéfices. Sa vie, sa vision de son futur ne pourront qu’être positives et favorables.

Nos Sages avaient une parfaite connaissance de toutes les difficultés affrontées par chaque individu tout au long de son existence sur cette terre. Mais en véritable psychologue, par leurs compréhensions et interprétations de la Torah, ils savent nous orienter. Et tous ceux qui ont eu le privilège de rencontrer, ou ne serait-ce de voir, ces Anciens, peuvent témoigner qu’il émanait toujours d’eux une profonde sérénité et un grand amour du prochain, quel qu’il soit et quel que soit sa situation et son niveau. Chacun appartenant au peuple juif possède la capacité de se déplacer à chaque instant dans un espace appelé désert, peu importe où il se trouve. Il peut alors se retrouver lui-même, s’estimer lui-même. C’est un endroit vierge, sans manifestation de l’empreinte humaine. C’est un espace vide, une étendue où peut apparaître la Présence divine. Aujourd’hui aussi, cet espace est accessible à tous ceux qui le veulent. Il permet de se dégager de toutes les formes de représentation, d’asservissement, de convention. Être dans le désert représente l’un des fondements de l’identité juive, ne pas être formaté par l’économique, l’idéologie, se retrouver. En fêtant à Shavouot le Don de la Torah, nous ne célébrons pas un événement historique vieux de plus de trois mille ans. Nous le vivons au présent. Nous renforçons et nous revivifions notre sensibilité, pour mieux ressentir tout au long de l’année, à chaque instant, l’actualité permanente de ce Don. Et cette notion de désert, où nous avons bénéficié de ce don exceptionnel, représente un conseil à utiliser tout au long de l’année. Car nous passons constamment d’un état ou d’une situation à une autre. D’où l’importance, en vue de réussir ce passage, d’avoir bien présent à l’esprit ce que représente la traversée d’un désert. Pour chacun de nous, peu importe notre niveau, nous devons affronter toutes sortes de difficultés correspondant au désert. Aussi, avant tout, il importe de prendre le temps de la réflexion, ne pas agir dans la précipitation, mais consciencieusement et avec concentration. Donnons du temps à notre esprit et commençons par l’apaiser. Ne nous laissons pas envahir par des éléments extérieurs perturbants. Ainsi, notre intime bonne volonté rejoindra normalement Sa Volonté!

Source: Elhanan Lepek

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