Parachat Vayigach
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A la rencontre de deux de nos ennemis

Paracha Balak


Nous allons dans la Paracha de cette semaine à la rencontre de deux de nos ennemis emblématiques. Il importe de bien les reconnaître. Car ils sont tapis au plus profond de nous, mais aussi autour de nous, avec une plus ou moins grande proximité. Ils utilisent pour parvenir à leurs fins des méthodes des plus sophistiquées. La tentative de les débusquer s’avère des plus ardues. En effet, ils sont experts dans le camouflage de leurs véritables intentions. Sans découvrir celles-ci, il deviendra particulièrement compliqué de les combattre. Depuis les temps les plus reculés, les guerres font l’objet de théories élaborées. Les pivots principaux reposent d’une part sur une bonne définition de la stratégie et, d’autre part, un déploiement de tactiques appropriées à mettre en œuvre. La stratégie exige de bien fixer les objectifs à atteindre. Sans but bien précis, rien ne peut être valablement mis en œuvre. La tactique vient combiner tous les moyens disponibles pour mener les combats, dans le cadre de la stratégie.


Comme il existe de la sainteté dans le monde, de même en opposition se trouvent des forces contraires. Israël représente un peuple auquel est confiée la sainteté. En ce sens qu’il est fortement attaché à la Emounah/la croyance dans la Volonté. Cela excite ceux qui veulent assouvir sans limites leur penchant naturel. Ils n’envisagent même pas la possibilité de dominer leur tendance. Balak, roi de Moab à ce moment, sollicite le soutien du prophète des nations de son temps, Bilaam. Il vient de Midian. Rachi nous explique: «ils étaient des ennemis héréditaires. Mais leur appréhension commune face à Israël les a incités à conclure une paix. Pour quelle raison Moab a-t-il pris conseil auprès de Midian? Lorsqu’ils ont vu Israël remporter de façon surnaturelle des victoires, ils se sont dits: “en Midian a grandi leur chef. Allons leur demander ce qu’il a de particulier!” Ils leur ont répondu: “il n’a de force que dans sa bouche.” Dans ce cas, ont-ils rétorqué, nous allons aussi les attaquer par un homme dont la force est dans sa bouche.»

Le manque de force pour s'opposer aux tentations est signifié par la notion de vieillesse. Elle ne se réduit pas à une relation avec l’âge effectif, mais représente un état. Ainsi, à tout âge, peuvent être appelés des Anciens, ceux ne parvenant plus à résister au «mauvais penchant». Ils en viennent à s’élever contre celui qui refuse d’abandonner la lutte. Au lieu de s’examiner et prendre conscience de leur propre situation, ils préfèrent fomenter la discorde, comme moyen de dissimulation. Ainsi, dans chaque génération se trouvent des Anciens. Parmi des personnalités importantes, ce sont celles qui provoquent des perturbations. Ils se sont trouvés, après la Sortie d’Égypte, derrière les «dix fois où nos ancêtres ont tenté l’Éternel dans le désert» mentionné dans le Traité des Pères (5,4).

Balak, pour attirer vers lui Bilaam, s’est servi de ce principe des Anciens. Dans son ambition destructive, il a compris la nécessité de se servir de ceux qui mettent leur confiance dans les promoteurs des sciences de la nature. Il est écrit au sujet de Moshe Rabenou (Devarim 5,27) «tiens-toi ici avec Moi», la proximité avec Hachem. Pour Bilaam, l’opposé de Moshe Rabenou dans l’impureté, il est écrit (Bamidbar 24,16) «et il a la connaissance du savoir supérieur». Bilaam correspond à ses savants qui s’en remettent uniquement à leur connaissance décrivant les forces naturelles. Le propos ici n’est pas de dénigrer quel que savant que ce soit. Mais à l’évidence, devant toutes les fantastiques découvertes présentées par ces mêmes scientifiques, une certaine retenue dans les capacités de maîtriser la nature semble devoir s’imposer! En examinant leur conduite, en recherchant à découvrir leur motivation, force est de constater que la plupart, se servent de leurs acquis intellectuels pour rejeter le joug dicté par notre Torah. Ils se veulent des modèles de conduite, en diffusant leur philosophie de la vie. Ils ont la prétention de montrer et de dicter le chemin à suivre pour les Juifs en particulier, et pour le monde en général. Dans leur argumentation, ils prétendent rechercher la vérité, comme cela ressort de leurs discours ou de leurs écrits.

La sophistication des moyens mis en œuvre pour propager leurs conceptions les conduit à utiliser aussi les enseignements de nos Maîtres. Ils se présentent comme des personnes intègres, recherchant la vérité. Par ce biais, ils instillent la nécessité de se basé sur les sciences et à la philosophie pour parfaire la connaissance. Tout cela sous le masque de l’objectivité, du réalisme, d’être en communion avec les courants acceptés de la pensée. Sans s’en rendre compte, sans prendre garde, ils parviennent à capter l’attention, puis à attirer les plus sensibles aux sirènes du conformisme, à la bien-pensance générale. Ils sont déjà imprégnés et acquis aux idées du temps, aux incitations et aux tentations des mœurs admises par la civilisation ambiante. Le slogan «il faut être de son temps» les entraîne à surfer sur les vagues du modernisme.

Nos Sages nous expliquent que Balak veut «laper/Lakok» le sang d’Israël. Cela se trouve en allusion dans le nom de Balak. Et Bilaam veut les «engloutir/Yiblaem» également en allusion dans son nom. Pour parvenir à leur fin ils vont, comme l’explique Rachi, «briser les barrières de la morale du monde. Car les peuples, à l’origine, étaient hostiles à la débauche. Et celui-là est venu les inciter à se livrer à la prostitution» (Midrash Tahnouma). Il est bien connu que tous les instincts, et plus particulièrement celui de débauche, sont provoqués par un échauffement des sangs. Cela correspond à vouloir «laper» le sang d’Israël, et rendre celui-ci impur. Tout cela présenté par eux sous le couvert de l’intelligence, du progrès, de la science. Ils utilisent tous les moyens de communication, pour inciter le plus grand nombre à suivre les chemins de la «lumière» du modernisme.

Balak savait devoir tirer sa force de la science de Bilaam. Celui-ci se présente comme le prophète des nations, sous l’apparat d’un sage. Bien qu’en vérité il s’est avéré comme étant le plus dépravé de tous. Car en cachette, il avait des relations avec son ânesse, comme nous le dévoilent nos Sages (Sanhedrin 105.) sur le verset (Bamidbar 22,30). D’où la modernité de ces allégations! Elles trouvent toutes leur réalité dans des attitudes qu’il n’est pas utile de mentionner ici. Il n’est pas non plus nécessaire de souligner combien toutes ces conduites sont absolument en contradiction avec les enseignements de la Torah et de la Emounah/croyance dans la sainteté.

La subtilité du voilement de leurs perversions rend difficile pour nombre de personnes de résister à ces débordements. Elles n’arrivent pas à découvrir la prodigieuse richesse de la Torah, les profondeurs et véritables sagesses extraordinaires, les enseignements dévoilés comme ceux cachés. La Torah nous démontre au moyen des lettres formant le nom Bilaam à quel point il représente l’opposé de Moshe Rabenou. La première lettre de ce nom: Bet, la première lettre de la Torah. Le Lamed ensuite correspond à la dernière lettre de la Torah. Le Ayin, dont la valeur numérique est soixante-dix, fait référence aux soixante-dix facettes de la Torah. Et le Mem a la valeur numérique des quarante jours relatifs au Don de la Torah. Il s’ensuit deux visions diamétralement opposées, entre celle de Moshe Rabenou et de Bilaam. Elles restent d’une brûlante actualité, en ce qu’elles impliquent un choix existentiel. L’acceptation des conceptions de Bilaam résulte d’une recherche de jouissance immédiate. Il sait parfaitement utiliser les grilles de perception pour pénétrer au plus profond de chacun. Il se sert de beaux vocables pour en définitive justifier l’assouvissement des pulsions les plus affectives. Et peu lui importe de dévoyer le sens des mots. Sous le couvert de la science, il permet à ses adeptes de se donner bonne conscience. Par exemple, la démocratie autorise non seulement toutes les libertés, mais conduit aujourd’hui vers tous les libertinages.

La conséquence dramatique pour ceux qui se laissent happer par ces courants de pensée réside, dans un premier temps, à la disparition de leur spécificité juive. Le constat évident, après une ou deux générations, confirme les effets de l’assimilation. Cela a commencé par quelques mots de dénigrement sur les apparences ou les coutumes adoptées par quelques-uns, relatives aux vêtements ou à l’alimentation. Puis viennent quelques moqueries ou sourires, sous forme d’images ou d’idées caricaturales. Montrant du doigt certains refusant la soumission au modernisme, présentés comme des retardés ignorants parasites. S’ajoute alors encore un peu de pensées diffuses de complotisme, etc. Est-il besoin de le souligner, cela sans aucun examen même superficiel, la conviction servant de justification.

D’où ce refus d’admettre et de constater, ce qui a assuré depuis tant de millénaires, la pérennité du peuple juif, au-delà de toutes les lois naturelles. Ce refus de considérer les spécificités du judaïsme, à les mépriser, au lieu de reconnaître le fondement de la personnalité de chaque Juif, et d’assumer pleinement ce formidable héritage. Là où paradoxalement sont acceptés, sans remarque, bien d’autres aspects ou coutumes des plus étranges. Balak et Bilaam se sont alliés dans leur haine commune contre nos ancêtres, bien qu’ils étaient des ennemis. Ils auraient pu rester dans l’expectative, tranquillement en silence, sans provocation anticipée. Dans de nombreuses situations, on peut ne pas être d’accord, mais pourquoi se laisser entraîner à le manifester si fortement?

Il est écrit dans notre Tefilah du matin, avant la récitation du Chema: «Il a mis en place les luminaires pour réjouir le monde qu’Il a créé. Une lumière renouvelée éclaire sur Tsion. Que nous méritions tous rapidement Sa Lumière! »

Source: Elhanan Lepek

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