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L'Université Bar-Ilan découvre comment prévenir les accidents cardiaques par le magnésium dans l'eau

Israël Technologies


En 1997, Israël inaugurait sa première station de dessalement à osmose inverse à Eilat. Vingt ans plus tard, plus de 70% de l’eau potable consommée en Israël provient d’usines de dessalement. Pourtant, à long terme, la facture risque d’être salée : des carences en minéraux ont été observées dans l’ensemble de la population. Enquête.

Le Prof. Yona Amitai de l’Université Bar-Ilan étudie de possibles liens entre l’eau et la prévalence de certaines maladies. Ayant déjà réalisé une étude sur le sujet en 2016, celui-ci a participé à une nouvelle étude publiée en juillet associant la consommation d’eau dessalée et des risques cardio-vasculaires en Israël. Cette étude, réalisée

avec l’aide des données du groupe Clalit sur près d’un demi-million d’Israéliens, révèle l’étendue de la carence en magnésium et son effet sur la santé. A chaque fois, la nouvelle défraye la chronique, en étant reprise par les principaux médias israéliens. Mais comment en est-on arrivé là ?

Esther Amar, directrice et fondatrice de Israël Science Info, rappelle que « de précédentes recherches effectuées à l’Université Hébraïque de Jérusalem avaient montré une forte carence en iode chez les Israéliens. Le fait de pouvoir accéder aux dossiers médicaux, de façon anonyme, pour en extraire des données significatives (big data) procure un avantage majeur aux chercheurs israéliens ».

L’eau a toujours été une préoccupation majeure en Israël, pays situé dans une région aride. S’ajoutent à cela de fortes tensions géopolitiques autour de la gestion des ressources en eau de la région. Israël a donc fait de l’eau une priorité stratégique et investi dans des solutions pour pallier ses manques. Ainsi, en 1997, la première usine de dessalement israélienne est inaugurée à Eilat. Elle est rapidement suivie de plusieurs autres et, en 2005, l’eau dessalée est autorisée à la distribution et à la consommation. Aujourd’hui, l’eau dessalée représente près de 70% de l’eau potable consommée en Israël et une importante fraction de l’eau destinée à l’irrigation.

Le système de dessalement, basé sur l’osmose inverse permet d’enlever la quasi-totalité des minéraux présents dans l’eau de mer. Ces minéraux présents en trop forte teneur, qui constituent le « sel marin », rendent l’eau de mer impropre à la consommation et leur élimination permet de pouvoir consommer l’eau dans le cadre de notre apport journalier nécessaire. Malheureusement, nous avons aussi besoin de minéraux pour vivre et être en bonne santé : l’eau que nous buvons en est une des principales sources. Or, en Israël, l’eau dessalée ne permet pas de subvenir à ces besoins et le régime alimentaire ne permet pas toujours de combler ce manque.

Quelles en sont les conséquences ? Des carences en certains minéraux, qui peuvent entraîner des problèmes de santé, parfois grave. C’est le cas du fer, du magnésium, du calcium, du potassium, du souffre, de l’iode, et de bien d’autres. Ces carences peuvent entraîner des dysfonctionnements physiologiques et/ou mentaux chez l’Homme, voir un développement anormal pour le fœtus, le nourrisson ou les enfants.

Mais revenons à Israël. Avec une majorité de la population buvant de l’eau dessalée, le risque de carence s’étend à la population entière. Comment observer alors l’effet de l’eau dessalée sur la santé des consommateurs ? Pour cela, il faut éplucher un grand nombre de dossiers médicaux à la fois dans des zones où l’eau provient principalement des usines de dessalement et dans les zones où l’apport en eau provient d’une autre source (aquifère, rivière, etc.). C’est la démarche suivie par plusieurs chercheurs de l’Université Bar-Ilan (BIU), le Prof. Yona Amitai et le Prof. Meital Shlezinger (du département de management de la santé) avec l’aide d’Amichay Akvriv et Hagit Gabay de l’Institut de recherche de Clalit, ainsi que Maya Leventer-Roberts de ce même institut et de l’école de médicine Icahn du Mont Sinai à New York.

En se fondant sur les bases de données médicales de Clalit, le plus grand groupe d’établissement de santé en Israël, les chercheurs ont pu, à partir de plusieurs millions de dossiers, en sélectionner près de 450 000 correspondant à leurs critères de recherche. Ces critères regroupent le fait d’avoir été membre de Clalit de 2008 jusqu’à 2018, être résidant de certaines régions présélectionnées et n’ayant pas déménagé, être âgé de 24 à 74 ans (en 2008) et avoir toutes les données personnelles disponibles (tabagisme, indices de masse corporelle, données démographiques).

A partir des dossiers de 450 000 résidents, 150 000 furent utilisés pour une étude plus approfondie. Les résidents furent séparés selon leur lieu de résidence. Trois catégories de lieu de résidence furent prises en compte, la première et la seconde correspondent à des zones où l’eau potable provient d’eau dessalée, et ce depuis 2005 (Be’er Sheva, Ofakim, Sderot et Qiryat Gat) ou 2007 (Holon, Bat Yam, Rishon Lezion, Rehovot, et Nes Ziona), et la troisième où l’eau potable provient d’autres sources (Nahariya, Akko, Zefat, Kiryat Shmonah, Nazareth Illit, Jérusalem et Haïfa).

Les auteurs ont ensuite appliqué des analyses statistiques pour observer des différences de prévalence des trois conditions médicales, le diabète, les cancers colorectaux et les cardiopathies ischémiques (maladies coronariennes). Ils ont ainsi montré que le risque de maladies coronariennes était plus élevé pour les zones où l’eau dessalée est utilisée. En revanche, aucun effet sur le diabète ou les cancers colorectaux ne fut observé. Néanmoins, ces conclusions sont à prendre avec des pincettes car les auteurs ajoutent que, malgré l’effet statistiquement significatif de la consommation d’eau dessalée, le risque de maladie coronarienne était déjà différent entre les populations des trois zones avant le début de la distribution d’eau dessalée.

A cela s’ajoute les facteurs liés à la conception de l’étude et à la durée de prise en compte, qui ne sont peut être pas suffisants pour observer des différences. Quoi qu’il en soit, une autre étude datant de 2016, elle aussi réalisée par Prof. Yona Amitai et Prof. Meital Shlezinger de BIU, avait démontré que le passage à l’eau dessalée et la carence en magnésium qui s’ensuivait augmentaient le risque de mortalité chez les patients atteints de maladies coronariennes.

Il est aujourd’hui démontré que la consommation quotidienne d’eau dessalée entraine une réduction du taux sanguin de certains éléments nécessaires à un bon fonctionnement du corps humain. Parmi les principaux coupables, on trouve le calcium et le magnésium. Or le calcium a été rajouté à l’eau dessalée en Israël pour justement pallier d’éventuelles carences. Il ne reste donc que le magnésium pour jouer les troubles fêtes. Les auteurs proposent donc d’enrichir l’eau en magnésium afin de réduire le risque de maladies coronariennes dues à cette carence. Néanmoins, cela a un coût. Le gouvernement israélien est donc en train d’expérimenter et d’étudier l’ajout de magnésium dans le système d’eau potable des zones les plus à risques.

Et après le magnésium ? L’iode. En effet, Israël fait partie des pays avec le plus bas taux d’iode au sein de sa population. Un autre problème que les autorités devront gérer. En attendant, si l’on vit dans une zone à risque due à l’usage d’eau dessalée, il convient d’enrichir son alimentation en magnésium et en iode. Un exemple : les algues marines dans les soupes misos et autres sushis.

Source: science info Israel