Parachat Noah'

Transplantation de la cornée

Halakhot Quotidiennes


Question: Peut-on autoriser la transplantation de la cornée des yeux d’un mort, dans l’œil d’un vivant non-voyant, ou bien y a-t-il un interdit?

Réponse: La transplantation de la cornée d’un mort dans l’œil d’un vivant non-voyant est une question très grave, et elle est liée à des principes fondamentaux de la Torah, comme nous allons essayer de l’expliquer brièvement.

Avant tout, nous devons rappeler la très grave interdiction de tirer profit du corps d’un mort. Cette interdiction prend sa source dans la Torah elle-même. Hormis l’interdiction de tirer profit d’un mort, il y a aussi l’obligation d’ensevelir le corps dans son intégralité. Or, lorsqu’on retire la cornée de l’œil du mort, on empêche l’enterrement de cette cornée.


De plus, lorsqu’on réalise la transplantation de la cornée des yeux du mort, on ampute le mort par cela, et l’interdiction d’amputer le mort est également un très grave interdit.

Concernant, le fait de procéder à l’opération d’un cadavre pour en retirer des parties pour le besoin de vivants, a déjà été soumis à l’opinion des grands de la génération il y a plus de 200 ans. En effet, à cette époque la médecine commençait à se développer de façon significative et les médecins avaient l’usage d’opérer des morts, afin d’apprendre à connaitre les propriétés des organes du corps humain, et aussi afin de vérifier l’influence des maladies fréquentes en ces temps là, dans l’espoir de pouvoir découvrir la guérison de ces maladies dont d’autres personnes souffraient.
Le fait d’opérer un mort peut donc apporter un grand bénéfice aux vivants, car ce procédé peut permettre aux médecins de découvrir des nouveaux moyens de guérison inconnus jusqu’à maintenant.

Lorsque le Gaon auteur du Noda’ Biyéhouda fut consulté sur cette question, il répondit qu’il est évident que même si l’on se montre souple vis-à-vis du fait d’opérer des morts pour les besoins de la médecine, cette souplesse n’est valable qu’en situation de danger de mort immédiat. Par exemple, à leur époque, la maladie du choléra se propageait rapidement et faisait de nombreuses victimes. Les médecins pensaient qu’en opérant les cadavres des personnes mortes par l’épidémie, ils pourraient découvrir des nouveaux moyens de guérison pour les autres malades. Dans de telles conditions, le Noda’ Biyéhouda écrit qu’il y a matière à autoriser puisque c’est lié au danger de mort, et rien ne se dresse devant le danger de mort. Par conséquent, même si le fait d’opérer un mort représente un grave interdit de la Torah, malgré tout, devant une situation de danger de mort, il est permis de le faire. Mais si le danger n’est pas encore présent, si l’épidémie n’est pas encore arrivée dans la ville, et que le danger n’est pas forcément à redouter dans un avenir proche, on ne peut absolument pas autoriser l’opération d’un mort, même dans le but de guérir les maladies qui apparaîtront à l’avenir.

En effet, si l’on va dire que chaque situation liée à un futur danger de mort repousse l’intégralité de la Torah, cela nous mènerait à autoriser aux médecins d’apprendre la médecine le Chabbat, ou bien de se déplacer en voiture pendant Chabbat pour aller apprendre la médecine auprès de professeurs experts. Nous pourrions aussi autoriser pendant Chabbat la construction de routes qui mènent aux hôpitaux, puisque cela touche des situations de danger de mort. On pourrait ainsi autoriser de nombreux principes fondamentaux de la Torah. Ceci est évidemment contraire à la conception de la Torah, car c’est uniquement lors d’un danger de mort visible qu’il est permis de transgresser les Mitsvot de la Torah. Mais pour un probable danger de mort qui peut arriver un jour ou l’autre, on ne peut autoriser le moindre interdit de la Torah.

Cependant, le Gaon auteur du ‘Arouh’ La-Ner, dans son livre Chou’t Binyan Tsion écrit que même lors d’une situation de danger de mort, on ne peut autoriser l’opération d’un cadavre qu’à la condition d’avoir l’approbation du défunt de son vivant. Il s’étend longuement sur le sujet lui aussi à travers plusieurs Téchouvot dans son livre. D’autres décisionnaires comme le H’atam Sofer ou le Maharam Chik se sont également étendus sur la question.

Venons-en à présent à notre sujet.
Il y a effectivement matière à dire que l’opération d’un cadavre pour en retirer la cornée afin de l’implanter dans les yeux d’un vivant non-voyant, représente également un besoin pour éviter un danger de mort, car la Guémara précise (Avoda Zara 28a) qu’un danger dans l’œil peut engendrer un danger pour tout le corps.
Mais on peut réfuter cet argument, car ceci ne concerne qu’une véritable maladie qui a frappé les yeux et qui peut effectivement se propager dans tout le corps. Mais un non-voyant en bonne santé n’est pas considéré comme une personne en danger qui risque de mourir à cause de sa cécité.

Mais le Gaon auteur du Séridé Eich écrit que l’on peut malgré tout considérer le non-voyant comme une personne en danger, car il peut tomber en chemin ou dans un trou, ou se heurter à un obstacle, et ces chutes peuvent entraîner la mort. Le fait de lui implanter une nouvelle cornée et lui redonner la vue le sort d’une situation de risque de danger de mort. Il cite de nombreuses preuves à ses propos.

Notre maître le Rav Ovadia YOSSEF z.ts.l fut lui aussi consulté sur la question il y a environ 50 ans par le Gaon et tsadik Rabbi Ben Tsion ABBA CHAOUL zatsal.

Notre maître lui rédigea une longue Téchouva sur le sujet, dans laquelle il traite de tous les aspects du problème. Il conclut en disant que le fait de transplanter une cornée n’est pas comparable à la transplantation d’autres organes, car le profit d’une cornée d’un mort implantée dans les yeux d’un vivant n’est interdit que par nos maîtres et non par la Torah. Il cite de nombreux autres arguments pour autoriser. Mais il termine en disant que sur le plan pratique il semble difficile d’autoriser lorsqu’il s’agit d’un cadavre juif, car nous sommes tenus de l’honorer et de ne pas l’amputer. Il cite d’autres craintes sur la question, et il nous est difficile de les détailler dans le cadre de cette rubrique.

C'est pourquoi il n’écrit pas d’autorisation sur ce point, excepté s’il s’agit d’un cadavre non juif pour lequel il n’y a pas réellement d’interdiction de profit. Mais s’il s’agit d’un cadavre juif, on ne peut pas autoriser, car il est interdit de l’amputer et il est également interdit de tirer profit de son corps, selon la Torah.

Cependant, s’il est difficile de se procurer la cornée d’un mort non juif, notre maître le Rav z.ts.l écrit que si le défunt à ordonné de son vivant de transplanter les cornées de ses yeux sur des vivants, dans ces conditions, il est permis selon le strict Din et dans un cas de force majeure de transplanter la cornée des yeux d’un défunt juif sur les yeux d’un autre juif non-voyant. (Il est évident qu’il faut veiller à ne pas amputer d’autres parties du corps excepté ce qui est strictement nécessaire pour la transplantation de la cornée). Mais s’il est possible de se procurer la cornée d’un non-juif, on ne peut absolument pas autoriser la transplantation de la cornée d’un mort juif.

En conclusion: Il est permis de procéder à la transplantation de la cornée d’un mort non-juif sur les yeux d’une personne non-voyante. De même, si l’on ne connait pas la provenance de la cornée, il est également permis de la transplanter sur les yeux d’un juif.
Cependant, on ne peut pas autoriser la transplantation de la cornée d’un juif, excepté si le défunt a ordonné explicitement de son vivant la transplantation de la cornée de ses yeux après son décès. Même sous cette condition, on ne peut autoriser que lorsqu’il est impossible de se procurer la cornée d’un non-juif, car si l’on peut se procurer la cornée d’un non-juif, on ne peut absolument pas autoriser.

Source: Halakha Yomit

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